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ORGANISATION DU PERSONNEL DES MINES DE MORRA

modo et instructif : banquettes disposées sur plusieurs rangs pour les écoliers, cartes géographiques et ardoises suspendues aux murs, tablettes garnies de livres les plus nécessaires. Comme la majorité des ouvriers est composée d'Italiens et de Maltais, leurs enfants sont particulièrement tenus à l'étude du français. Les écoliers arabes figurent pour une part minime, bien que le maître d'école nous ait positivement exprimé l'opinion très favorable qu'il avait de leur intelligence et de la facilité avec laquelle ils se prêtent à l'instruction. Malheureusement, les parents arabes éprouvent encore une certaine répugnance à livrer leurs enfants aux écoles chrétiennes, et ils préfèrent les envoyer à leurs misérables gourbis, où ces pauvres créatures ne sont destinées qu'à une existence purement animale.

Enfin une jolie église est en voie de construction, comme aussi une maison commode pour l'habitation du directeur, car, ce qui fait honneur aux principes libéraux de la Société, c'est de ne s'être occupée des conforts domestiques de leur directeur qu'après avoir assuré ceux du nombreux personnel voué à de pénibles travaux. En un mot, il est impossible de ne pas rendre hommage à la philanthropie éclairée et généreuse avec laquelle la Société traite ce personnel, surtout en considérant les conditions hygiéniques souvent peu favorables de la contrée où se trouve aggloméré un nombre aussi considérable d'hommes, et exigeant les soins les plus vigilants ; car, comme je l'ai déjà fait observer, Mokra est exposé aux fièvres paludéennes, particulièrement en été, lorsque la température très élevée fait monter le thermomètre à 45 degrés à l'ombre. Les environs de Mokra sont assez giboyeux, et même on a vu plus d'un chasseur trouver que le gibier qu'il rencontre quelquefois est trop gros pour sa carnassière, car, ici encore, malgré la campagne ouverte et nullement solitaire, le lion n'est pas très rare, et M. Passebois nous apprit que, peu de temps avant notre arrivée, on en avait tué un de taille considérable entre Mokra et Bone; un jour, en outre, la diligence faisant le service entre Philip— peville et Bone dut faire un détour, parce que au beau milieu

de la route une lionne était couchée à côté de ses lionceaux, sans avoir nullement l'air de vouloir se déranger pour faire place*

M. Passeboiseut la bonté de nous accompagner, en montant avec nous dans le wagon du chemin de fer de la Société devant nous transporter à Bone.

Au sortir de Mokra, on voit se déployer la large nappe du lac Fezzara, dont les eaux limoneuses et saumâtres, agitées par un vent assez frais, ondoyaient comme les vagues d'une petite mer. Le lac fut bientôt masqué par les taillis d'eucalyptus qui, grâce à la Société, revêtent toute la plaine étendue le long du bord septentrional du lac. Cette plaine est limitée au nord par la série des hauteurs boisées, continuation de celles de Mokra, aussi sont-elles composées de la même roche ; c'est toujours du micaschiste, seulement les couches plongent tantôt au sud-ouest et tantôt au sud-est. De même, les gîtes métallifères de Mokra s'y reproduisent sur plusieurs points. À 22 kilomètres de Mokra, nous vimes sur les hauteurs à notre droite la mine appelée Karesas, appartenant également à la Société et où l'exploitation du minerai de fer occupe 200 ouvriers. En se rapprochant de Bone, notamment à 30 kilomètres de Mokra, les plaines et les montagnes sont revêtues de toufFes de palmiers nains, que je n'avais presque pas vus depuis que j'avais quitté Alger. Dans la proximité de Bone, ils font place à de beaux taillis d'oliviers, à travers lesquels scintillent les eaux de la Seybouse, plus copieuses et occupant un lit plus large que la plupart des rivières de l'Algérie. A côté de la Seybouse, on voit déboucher dans la mer le Boudjema, presque aussi considérable que celte dernière.

Bone se présente d'une manière fort pittoresque, mais plutôt comme ville européenne, aussi de prime abord, on croit entrer dans une élégante ville maritime du midi de la France.

Les deux vastes bassins qui constituent les ports de Bone, parfaitement abrités par deux jetées d'une extension considérable, sont assez profonds pour permettre aux bâtiments de toute dimension de mouiller le long du quai, et de communi-

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