BONE
quer ainsi directement avec la .ville sans l'aide de chaloupes, ce qui donne beaucoup d'animation à cette partie basse de la ville. D ailleurs, le port se rattache à une belle avenue, détendant tout le long de la mer, presque jusqu'au cap de Garde, qui termine à l'ouest le golfe sinueux de Bone. Cette avenue constitue pour les habitants une promenade d'autant plus délicieuse qu'on y jouit d'une température fort agréable, non seulement à cause des brises de la mer, mais aussi parce qu'on se trouve abrité contre le soleil, d'un côté par une bordure d'arbres, et de l'autre par les pittoresques rochers dont le mur crénelé de la ville parcourt hardiment les flancs abruptes, en en suivant toutes les anfractuosités. L'avenue communique avec la ville à l'aide d'un escalier commode quoique un peu escarpé, élevé à travers les rochers jusqu'à l'endroit où le mur est percé par la porte de la Kasba; celle-ci conduit dans la partie supérieure de la ville. Eu pénétrant par cette porte, on voit une autre avenue longeant l'enceinte intérieure du mur parallèlement à l'allée extérieure, et venant aboutir à l'extrémité occidentale de la ville, où le mur qui la termine de ce côté est percé par la porte des Carroubiers. C'est ainsi qu'on peut longer la muraille à deux niveaux différents, en dedans et en dehors de cette dernière, jouissant toujours d'un magniûque coup d'oeil sur les deux ports ainsi que sur la nappe azurée du golfe, car, même dans l'avenue supérieure, la muraille ne masque pas partout la vue de la mer. Enûn, Bone intérieure est traversée parla belle rue nommée le Cours-National, s' étendant de la cathédrale au port extérieur, et qui, bordée des deux côtés par d'élégantes maisons, respire réellement un air de grande ville. La partie supérieure de la ville est bâtie sur des collines qu'on monte et descend par des rues mal pavées ; ces quartiers seuls rappellent l'Orient, tandis que les autres pourraient parfaitement figurer au milieu de nos plus belles villes d'Europe, et celles-ci ne désavoueraient point les maisons de service public, les cafés, les restaurants, les boutiques, etc., qui animent les rues, comme aussi le bel hôtel d'Orient, où l'étranger trouve tous les conforts de la vie civilisée.
Un seul trait seulement rappelle dans ces maisons un souvenir de l'Orient, mais un souvenir pittoresque, c'est la vue des cigognes juchées sur les toits, oiseaux que je n'ai observés nulle part en Algérie aussi fréquemment qu'ici. Mais si à Bone la cigogne rappelle l'Orient, on regrette d'y voir la race canine privée de l'heureuse immunité dont elle jouit dans les mêmes contrées où elle n'est point sujette à l'hydrophobie, tandis que cette terrible affection paraît s'être introduite depuis l'occupation française, non seulement à Bone, mais encore sur tout le littoral algérien. Les journaux de Bone attestent le fait et eu signalent même les progrès alarmants1. Ainsi que je crois l'avoir prouvé2, l'hydrophobie était inconnue aux anciens. Constantinople (du moins lorsque j'y étais il y a douze ans) jouit encore de ce privilège, dont il pourra bien être prochainement dépouillé par les progrès de la civilisation européenne.
La rapidité avec laquelle Bone s'agrandit et s'embellit est prodigieuse : il y a peu d'années, la ville n'avait que 45 000 habitants, elle en compte 26000 aujourd'hui. Sans doute, Bone est appelée à jouer un rôle très important comme ville maritime et commerciale. Lorsque Tunis se trouvera entre les mains d'une puissance européenne (et cette puissance ne peut être que la France), Bone sera l'un des points commerciaux les plus considérables du bassin méditerranéen. Aujourd'hui l'élément italien s'y développe de plus en plus et tend à devenir dominant,
La mer, le long du littoral de Bone, est très riche en poissons, et, de plus, la Seybouse, ainsi que l'Oued-Cherif et le Bou-Hamadan, dont la jonction constitue cette rivière, est habitée, selon le colonel Playfair, par une espèce lacustre (Syiignatas algeriensis) exclusivement propre à ces cours d'eau et qui ne se trouve nulle part ailleurs. Les crustacés et les mollusques comestibles abondent également tout le long du littoral de Bone. Parmi les premiers, les crevettes sont presque