FORT GÉNOIS. — CARRIÈRES DE MARBRE
puis plus de deux mois, taudis qu'ici il était en pleine floraison (18 mai); le Scolymus grandifloi^us était également très abondant.
M'étant arrêté plusieurs fois eu route pour observer la végétation et la constitution géologique de la contrée, il était déjà un peu tard lorsque nous arrivâmes près du fort Génois, et comme il fallait faire à pied la montée et la descente pour visiter le phare situé à environ 3 kilomètres du fort, nous craignîmes que cette excursion ne nous exposât à être surpris par la nuit avant de rentrer à Bone; en conséquence, nous renonçâmes à monter jusqu'au phare et nous nous bornâmes à visiter les grottes ainsi que les carrières de marbre situées sur le versant sud-est de l'isthme du cap de Gardes, mais à une altitude beaucoup moins considérable que le phare.
La charpente solide de la contrée que nous avions parcourue depuis Bone jusqu'aux parages du fort Génois, se manifeste partout par des dénudations aussi nombreuses qu'étendues. Aussitôt que, après avoir quitté Bone, on commence à longer la côte, on voit percer des micaschistes blanchâtres, soit fibreux, soit feuilletés, à mica noir formant des filets et des veines, et à quartz blanc. Ils sont stratifiés en couches plus ou moins puissantes, plongeant au sud 10° est, bien que quelquefois (surtout dans les variétés feuilletées) la roche préseute de légères discordances stratigraphiques. Puis, le long du versant sud-est de l'isthme du cap de Garde, affleure un calcaire blanc grenu, souvent coloré en rouge par l'oxyde de fer, ou bien se détachant en rognons imprégnés de substances ferrugineuses; calcaire semblant indiquer qu'ici encore on se trouve dans l'horizon des gîtes métallifères, développés sur une si grande échelle à Mokra, où ils sont également accompagnés par les micaschistes et les calcaires. À mesure que nous nous élevions, les calcaires prenaient de plus en plus une texture cristalline ou saccharoïde; ils dominent dans toute la partie supérieure de l'isthme, et c'est dans ces roches que se trouvent les carrières, de même que les grottes.
Les carrières situées à 2 kilomètres au sud-ouest du phare,
à une altitude d'environ 150 mètres au-dessus du niveau de la mer, ont généralement de 20 à 30 mètres de profondeur; elles ne sont plus exploitées, quoiqu'elles l'aient été probablement du temps des Romains, et même de nos jours par les Français ; mais, tout en étant susceptible d'un beau polissage, ce marbre, traversé par de nombreuses veines foncées, est très inférieur aux belles qualités recherchées par l'art statuaire. Quant aux grottes naturelles situées à une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, elles sont creusées dans le môme marbre blanc, stratifié en couches puissantes qui plongent au sud-est sous des angles de 60 à 70 degrés ; elles font toutes face à la mer dont la nappe azurée borde les contours diversement dentelés de la côte. Le bruit cadencé des vagues qui viennent expirer aux pieds des falaises interrompt seul le silence de ces lieux solitaires, éminemment pittoresques. Celles des grottes que nous visitâmes sont très aisément accessibles; ce sont des excavations peu profondes dans lesquelles on entre de plainpied ; je n'y ai aperçu aucun vestige d'habitation ni les traces de la présence de l'homme ; en revanche, les rochers sont revêtus de nombreuses plantes, parmi lesquelles beaucoup de formes rares. Je ne mentionnerai que les espèces suivantes1 :
r. Polycarpon alsinœfolium D C.
— parnassiœfolium J. Gay.
Munby indique les deux espèces seulement à la Galle.
Polycarpon tetraptyllum.
r. Brassica cretica.
r. Biscutella frutescens Coss. La première est signalée par Munby seulement dans les environs de Bon*, et la deuxième dans la province d'Oran.
r. Ononis ramosissima Desf.
r. Trifolium isthmocarpum Brot. Selon Munby seulement dans la province d'Oran.
r. Anthémis maritima, L. Indiquée par Munby seulement à Bone.
Senecio Uucanthemifolius.
Hyoseris radiata.
r.Echium rosmarinœfolium Vahl. non Schrank.
Erythrœa centaurium, var.
Carum mauritanicum Boisa, et R.
Campanula rapunculus.
V aillant ia muralis.
r. Sedum cwruleum. r. Teucrium frutescent.
r. Irisjuncea Desf.
r. Aira capillaris Ho st., var. Tenorii. Signalée par Munby seulement à la Calle.
| Dactylis glomerata.
Nous descendîmes par des sentiers assez raboteux vers la grande route où nous avions laissé nos voitures et retournâmes
1. Les plantes marquée* de r sont plus ou moins rares en Algérie.