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CONTRÉE ENTRE BONE ET LE MONT EDOUGH

assez tard à Bone, charmés de la délicieuse excursion que le général Ritter et sa femme avaient eu la bienveillance de nous faire faire.

Afin de ne pas perdre un seul moment, nous nous empressâmes le lendemain même (20 mai) d'aller visiter le magnifique massif montagneux de l'Edough qui, il y a peu de temps encore, ne pouvait être parcouru qu'à cheval, tandis que maintenant une belle route a été tracée à travers une bonne partie de la montagne, depuis Bone jusqu'à Takouch, sur une longueur d'environ 45 kilomètres. Il est vrai, sur certains points elle est assez escarpée et abrupte pour les voitures, mais on la franchit aisément en ayant soin de louer à Bone un de ces véhicules solides et en môme temps légers, attelés de quatre vigoureux chevaux, capables de tours de force, que nos chevaux européens n'oseraient pas toujours tenter. D'ailleurs, comme dans les autres parties de l'Algérie que nous avions parcourues, les autorités locales s'étaient constamment empressées de nous offrir toutes les facilités et de prévenir tous nos désirs, de même, dans notre excursion au mont Edough, tout avait été obligeamment préparé d'avance pour nous la rendre aussi agréable et aussi instructive que possible. Entre autres, il était convenu que, arrivés à la partie centrale de la montagne, nous descendrions à la maison de campagne de M. de Loupiac où celui-ci aurait la bonté de tenir à notre disposition des chevaux de selle, pour parcourir, sous sa bienveillante direction, l'intérieur de l' Edough.

Ainsi armés de toutes pièces, nous nous mîmes en route par une belle et fraîche matinée. Nous traversâmes pendant un quart d'heure une longue avenue bordée de nombreuses villas, puis nous commençâmes à monter légèrement au milieu de hauteurs revêtues d'oliviers, laissant fréquemment percer un gneiss très micacé, plongeant au sud-ouest, quelquefois au sud-est ou est-sud-est. Après une heure et demie environ de montée, nous entrâmes (à une altitude de 400 mètres) dans la zone des chênes-lièges, associés à des poussées de bruyère arborescente (Erica arborea) et formant de belles forêts que

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nous parcourions sur une excellente route, comme à travers un parc splendidc, dont les éclaircies laissaient voir de temps en temps la surface azurée de la mer, ou la plaine verdoyante de Bone. D'ailleurs ce parc avait aussi son gibier, bien autrement aristocratique que celui de nos parcs, car il y est représenté par le lion et la panthère; cette dernière était même assez commune, et Ton nous indiqua l'endroit où, il y avait cinq jours, on en avait tué une de taille énorme ; tandis que, deux mois auparavant, le Moniteur de ï Algérie du 19 février avait signalé dans les contreforts de l'Edough, aux environs du quartier appelé TOued-Zied, l'apparition d'un lion à crinière noire (animal probablement très vieux). Le journal nous apprend que, lorsque cet animal fut tué, le fourrier, en le dépouillant, trouva dans son corps quatorze projectiles dont un était une balle de chassepot logée dans la joue droite.

A l'altitude de 500 mètres, nous aperçûmes pour la première fois, au milieu des chênes-lièges, quelques individus isolés de la belle espèce du chêne, qui constitue une forme exclusivement propre au mont Edough et a été nommée chêne de Mirbeck [Quercus Mirbeckiî) en honneur du général portant ce nom. Mais ce ne fut qu'après avoir traversé le joli village de Bugeaud, dont l'altitude est de 900 mètres, que nous vîmes cette rare et curieuse essence former des forêts entières.

Le chêne de Mirbeck a déjà été transplanté dans le midi de la France, où il prospère parfaitement, et où, selon l'observation de M. Naudin *, il est peut-être appelé à rendre de grands services à la sériciculture. Le fait est que l'élevage des espèces de vers nommées Atlacus Yama-mai etA.Pemyi, qui se nourrissent de feuilles de chêne, a toujours eu à lutter avec la difficulté de se procurer des feuilles au moment de l'éclosion de ces vers, parce que tous les chênes indigènes sont en retard sous ce rapport. Or, le Quercus Mirbeckii est précisément remarquable par la précocité de sa feuillaison, qui, même dans les individus élevés en France, commence à se développer dès

1. Bull. Soc. d'acclimatation, an. 1879, 3* sér., t. VI, p. 251.

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