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BELLE VÉGÉTATION FORESTIÈRE DU MONT EDOUGH

le mois de mars, et est, par conséquent, d'un bon mois en avance sur tous les chênes français. C'est là une qualité précieuse pouvant donner un nouvel essor à l'élevage des espèces de vers qui se nourrissent de feuilles de chêne.

Il ne serait pas impossible que la précocité caractéristique du chêne de Mirbeck tînt, en partie du moins, à l'âge géologique de cette essence, dont les premiers restes fossiles se présentent déjà à l'époque tertiaire qui, comme on le sait, jouissait d'une température supérieure à notre température actuelle, en sorte que cette Cupulifère a précédé la plupart de ses congénères croissant aujourd'hui en Europe. En effet, les marnes à tripoli de Ceyssac (Haute-Loire), appartenant à l'âge pliocène, sont riches en formes de chêne comparables soit au Q. Mirbeckii de l'Algérie, soit au Q. lusitanien de l'Espagne, soit enfin au Q. infectoria de l'Asie Mineure. Or, ces formes n'y sont point associées à aucune espèce de nos chênes les plus répandus aujourd'hui en Europe, telles que Q. sessili/lora, pedunculata, pubescens, etc., dont les représentants fossiles n'apparaissent que beaucoup plus tard, notamment dans les dépôts quaternaires1.

Nous descendîmes du village Bugeaud dans celui de Sainte- Croix de PEdough, qui n'est qu'une annexe du premier, et près duquel se trouve la maison de campagne de M. de Loupiac, ou nous parvînmes au bout de trois heures et demie de marche (de Bone), à travers une contrée montagneuse et très pittoresque.

Après nous être reposés quelques moments sous ce toit hospitalier, nous montâmes à cheval, et, accompagnés de M. de Loupiac, nous allâmes visiter les localités les plus remarquables de l'Edough, situées en dehors de la grande route qui le traverse, et parmi lesquelles figure au premier rang le mont Bou- Zizi, point culminant de l'Edough. D'ailleurs, comme le Bou- Zizi est à six kilomètres du village Sainte-Croix, on a, en y

1. SaporU, Le monde des plantes avant l'apparition de l'homme, p. 345-

allant, l'avantage de parcourir la région la plus pittoresque de cette belle chaîne montagneuse.

A trois kilomètres du village de Sainte-Croix de l'Edough, nous passâmes (à une altitude de 854 mètres) près d'un aqueduc romain, jeté par-dessus uue vallée étroite et destiné à conduire à Hippone l'eau du ruisseau Ouetba qui, sortant de la fissure d'un rocher, débouchait jadis, à l'aide d'un tuyau, dans le conduit de l'aqueduc, tandis que maintenant la communication entre ce dernier et le ruisseau étant interrompue, celui-ci filtre le long des rochers pour venir s'épancher dans la vallée, où il coule au-dessous des arcs de l'aqueduc. Revêtu de lierres et de mousses, ce vénérable monument se dresse pittoresquement comme un double témoignage, d'une paît, de l'habileté des anciens dans l'art de découvrir les sources et d'en transporter les eaux par la voie la plus droite à un point donné, et, d'autre part, de leur ignorance des procédés modernes qui simplifient et perfectionnent ce transport. En effet, si les sources de l'Edough qui abreuvaient jadis l'antique Hippone, sont encore les mêmes que celles qui desservent actuellement la moderne Bone, l'écoulement de leurs eaux n'exige plus des constructions dispendieuses et encombrantes, telles que les aqueducs, puisque aujourd'hui ces eaux cheminent mystérieusement sous la surface du sol. A 1 kilomètre environ de l'aqueduc romain se trouve une autre source située également dans un endroit fort pittoresque; elle jaillit au pied d'un rocher et porte le nom de source des Princes, nom qui n'a aucune valeur historique et rappelle simplement une halte du prince d'Aumale, lors de son voyage dans celte contrée.

Jusqu'à la source des Princes, nous avions parcouru l'Edough par un très bon chemin, au milieu de forêts de chênes-lièges et de chênes de Mirbeck, bien que la première essence ne fût représentée généralement que par des individus plus ou moins jeunes, la majorité des vieux arbres ayant été détruits par les désastreux incendies qu'allument les Arabes, et qui constituent l'un des fléaux de l'Algérie. La source des Princes est située sur le tlanc du vaste plateau servant de base au Bou-Zizi;

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