POINT CULMINANT DU MONT EDOUGH
aussi ce ne sont plus que des sentiers, souvent un peu escarpés, mais toujours parfaitement praticables, qui conduisent sur le plateau. Celui-ci est presque complètement déboisé, mais revêtu d'une herbe touffue. Le Bou-Zizi, qui ne s'élève qu'à une centaine de mètres au-dessus du plateau, a une forme conique et se termine par des rochers déchiquetés de gneiss. Comme il se faisait déjà un peu tard, M. de Loupiac, qui avait été précédemment sur le sommet, me conseilla de ne point le gravir, en m'assurant qu'il est complètement nu et que la vue dont on y jouit n'est guère beaucoup plus étendue que celle de la station où nous étions. Eu conséquence, je me dispensai de faire cette petite ascension comme n'étant pas suffisamment rémunératrice, et nous parcourûmes en sens divers la vaste surface verdoyante çà et là un peu marécageuse du plateau. L'horizon qu'on y embrasse est fort étendu : le littoral de Bone se dessine assez distinctement du côté de l'ouest jusqu'au cap de Fer, et du côté de l'est jusqu'à la Calle, indiquée, à la vérité, par une petite tache blanche vaporçuse; or, comme le cap de Fer est en ligne droite à environ 45 kilomètres et la Calle à environ 70 kilomètres de notre station, l'étendue de la côte qu'on embrasse n'a donc pas moins de 115 kilomètres de développement. On voit sur le plateau deux à trois enclos en pierre, dans l'enceinte intérieure desquels se trouvent de petits bassins où, pendant l'hiver, on recueille une certaine quantité de neige qu'on laisse congeler et qu'on recouvre ensuite de briques : ces sortes de glacières fournissent la glace à Bone.
Sur plusieurs points, le plateau est revêtu de belles prairies où je vis en grande quantité le BartsiaversicolorVevs. (Trixago apula Stev.) que je n'avais pas remarqué à cette altitude (1200 mètres); cette Scrophularinée était associée à YOrchispapilionacea L. (0. rubra Jaq.), à YAceras anlhropophora R. Br. (rare en Algérie), et à un Gladiohis probablement nouveau, car un échantillon envoyé à M. Reboud n'a pu être identifié par cet excellent connaisseur de la flore de ces contrées, avec aucune espèce connue. Parmi les autres plantes observées tant sur le plateau que sur les hauteurs franchies entre ce dernier
et la source des Princes, je ne mentionnerai que les suivantes :
Silène gallicayDianthns #£wr;wcw$Bartl., var. Androsœmum officinale AU. (les deux dernières espèces indiquées parMunby seulement dans la province de Constantine et à Blidah), Margatia gummifera ( non en fleur, Ombellifère que Munby ne mentionne point) , Dauctis Reboudii Coss. ( non en fleur, espèce nouvelle inédite), Campanula alata Desf. (espèce très rare, indiquée par Munby seulement à Bone et à Blidah), Linum angustifolium Huds. (rare en Algérie), Trifolium Stellato, Anthericum bicolorDesf. (indiquée parMunby seulement dans la province d'Alger), Ornilhogalum arabicum, Ampelo desmus tenax LK. (Arundo feslucdides Desf. Diss des Arabes). Cheiranthus odora Sw. (Polypodium fragransDesi.), Adianthum nigrum L., var. Virgilii Bory (selon Munby, connu seulement dans la province d'Alger).
Nous redescendîmes du plateau dans la contrée boisée qui l'entoure et nous retournâmes au village de Sainte-Croix à la maison de M. de Loupiac, où nous attendait un déjeuner copieux qu'une course de quatre heures à cheval ne nous fit que mieux apprécier. On nous servit un rôti de porc- épie fort estimé dans le pays et qui, en effet, est un mets fin, et M*0 de Loupiac nous exprima ses regrets de ne pouvoir nous offrir un filet de panthère ou de lion, dont elle nous dit beaucoup de bien ; malheureusement son chef ne se trouvait pas pour le moment en possession de ce genre de gibier, généralement assez commun dans le pays, car M. de Loupiac m'apprit que les deux espèces félines sont fréquentes dans les environs de Bugeaud, et ce qui le prouve, c'est que dans ce village la peau de ces animaux ne coûte que de 80 à 90 francs ; mais à Bone ces mêmes peaux se payent 200 francs la pièce, et sont vendues àParis 500 francs.
Aussi à Bone il y a des agents étrangers chargés d'exploiter cette branche lucrative de commerce; c'est notamment le cas de la maison suisse dont le magasin est très connu dans la ville sous le nom de magasin franco-suisse, et qui achète les peaux de lion et de panthère pour les envoyer en Allemagne.