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SOUVENIR DU DERNIER ROI DE GARTHÀGE

vandal, adressa à ce dernier une lettre empreinte de bonhomie dans laquelle il lui représentait l'inutilité d'une résistance ultérieure^! le conjurait de se confier à la générosité de l'empereur. La lettre commençait par ces mots : « Étant moi-même barbare, sans instruction aucune et complètement étranger au commerce des muses, je viens te dire, cher Gelimer, ce que me suggère le simple bon sens. » Le prince auquel, dit Procope, cette lettre arracha des larmes, remercia son cher Pharas (<p(\t fàpaç) de la sympathie manifestée pour ses souffrances et le pria, comme dernière faveur, de lui envoyer une guitare (xcîa/^a), un pain et une éponge. Pharas s'empressa de satisfaire à cette singulière demande, dont il interpréta le sens en admettant que la guitare représenterait le besoin d'exhaler la douleur par les sons musicaux, le pain la détresse physique et l'éponge les larmes à essuyer. Pharas ne s'était pas trompé; car Gelimer ne tarda pas à se rendre, en exprimant l'espoir qu'il recevrait de l'empereur les témoignages de générosité que Pharas lui avait précédemment assurés. Gelimer fut transporté à Carthage où Bélisaire l'accueillit avec bonté, mais où ce prince ne manqua pas de donner une nouvelle preuve de son étrange prédilection pour les manifestations symboliques, car au moment où il se trouva eu présence de Bélisaire, il partit d'un éclat de rire, ce qui eût pu être considéré comme un symptôme très naturel de folie causée par d'aussi violentes et longues émotions, si les personnes intimes de la suite de Gelimer ne se fussent empressés de déclarer que le roi était en pleine possession de toutes ses facultés mentales, mais que son hilarité inattendue n'était que l'expression de son mépris et de sa parfaite indifférence pour les vicissitudes de la vie humaine, sentiment qu'il éprouvait particulièrement au moment où il se voyait réduit à la captivité et à la misère, après avoir joui de toutes les splendeurs de la royauté.

C'est ce dernier drame d'une royale existence fort aventureuse qui fut joué dans la proximité de Bone.

Nous quittâmes vers le coucher du soleil le toit hospitalier de M. de Loupiac et retournâmes à Bone par le même chemin que

nous avions déjà fait, seulement, comme au lieu de montées nous n'avions presque plus que des descentes, deux heures et demie nous suffirent pour rentrer à notre hôtel.

Avant de prendre définitivement congé de l'Algérie, il nous restait encore une importante excursion à faire : c'est celle aux célèbres sources chaudes de Hammam Meskoutine, situées à 80 kilomètres au sud -ouest de Bone, distance singulièrement raccourcie par le chemin de fer reliant Bone à Guelma (64 kilomètres) d'où il ne reste que 16 kilomètres jusqu'à Hammam Meskhouline; il en résulte qu'on peut faire cette excursion très commodément en deux jours : on va le premier jour à Guelma, de là en voilure aux sources chaudes, et Ton retourne le soir à Guelma pour y coucher; puis, on consacre la journée suivante à visiter la ville et Ton retourne à Bone; le trajet en chemin de fer entre ces deux points était de quatre heures. C'est la tournée que nous nous empressâmes de faire le 22 mai.

Le chemin de fer qui conduit de Bone à Guelma parcourt pendant près d'une heure une surface unie traversée par la Seybouse; ce sont de belles plaines revêtues d'oliviers, des champs de céréales ou de prairies verdoyantes souvent colorées en jauue par le Scolymus grandi florus . Dans les parages de Mondovi, la plaine devient accidentée et peu boisée. Mondovi est un joli village entouré de taillis d'oliviers. En 1849, le maréchal Mac-Mahon essaya d'y établir une colonie irlandaise qui ne réussit point, en sorte qu'au bout de peu de temps les insulaires, complètement dépaysés et déroutés, s'empressèrent de quitter le soleil de l'Algérie pour rejoindre les brumes de leur pays natal, en laissant aux Français le soin de les remplacer, ce que ces dern iers firent très rapidement en s'y adjoignant quelques colons Kabyles. Aujourd'hui Mondovi est en plein progrès, et l'on était en train de moissonner l'orge et de faucher les prés. A mesure que nous remontions la Seybouse en en longeant la rive gauche, la contrée devenait de plus en plus accidentée et pittoresque. Sur plusieurs points, sa charpente solide se manifeste par de nombreuses dénudatious : telles

entre autres dans les parages de Baral, où affleure un grès jaunâtre ou rougeàtre, qui plus loin, entre les stations de l'Oued- Ferrah et Duvivier, forme, le long de la Seybouse, des rochers au pied desquels s'élèvent des dépôts puissants de conglomérats. Duvivier est un petit village situé sur la rive droite de la Seybouse que traverse ici un beau pont en pierre ; la contrée est revêtue de taillis d'oliviers, et ça et là on voyait les tentes

qui existait encore du temps de saint Augustin, et dont les matériaux ont servi à sa construction, Guemla ne conserve que peu de traces de l'antique cité. Les seuls restes du passé se réduisent à ceux des thermes et d'uu amphithéâtre ou

cirque.

Les thermes se trouvent compris dans l'enceinte de la caserne : ce sont deux pans de murs assez considérables, percés chacun d'une porte voûtée ; les murs, pour la plupart dépouillés de leur revêtement extérieur, sont élevés et fort épais, et sur certains points où ce revêtement a encore été préservé, il est composé de belles dalles équarries juxtaposées sans ciment. La roche à laquelle elles ont été empruntées est un calcaire blanchâtre (probablement crétacé), ou un calcaire à alvéoles, contenant encore des restes des coquilles lacustres. Ces pans de mursdéchiquetés, avec leurs portes voûtées découpant l'horizon en ovales gracieux, et le tout revêtu de plantes grimpantes et de mousses, sont d'un effet très pittoresque; mais dans l'état où se trouvent ces débris, il serait difficile de décider s'ils sont les restes d'une citadelle ou de thermes; cependant la dernière supposition paratt la plus probable, surtout quand on considère la fréquence des sources chaudes dans cette contrée et le soin que les Romains ont toujours eu de les utiliser.

Quant à l'amphithéâtre (cirque?), il se trouve à côté du marché aux grains; on y voit encore assez bien indiquées six rangées de sièges pour les spectateurs; malheureusement il faut être doué d'une énorme dose de dévouement archéologique pour vaincre le sentiment de dégoût et même de malaise physique que causent, surtout par uu soleil brûlant, les ordures et immondices de tout genre que les habitants semblent avoir voulu entasser dans cet endroit classique, comme dans l'égout principal de la ville. C'est un acte de vandalisme dont la municipalité de Guelma ne saurait trop s'empresser de faire disparaître les traces, quand ce ne serait que dans l'intérêt de l'hygiène publique, et abstraction faite de tout ce qu'une telle souillure d'un monument antique a de sacrilège et d'indigne d'un peuple civilisé. Il suffirait d'un petit enclos et d'un aver-

PROFANATION DE L'AMPHITH ÉATRE DE GUELMA. 387

tissement de la police, pour protéger ces ruines vénérables de toute nouvelle invasion des barbares.

Du haut de l'amphithéâtre on jouit (autant qu'un tel milieu le permet) d'une magnifique vue sur la plaine, limitée au nord par le Djebel-Deba et le Djebel-Thaya.

Excepté les thermes et l'amphithéâtre, il est juste de mentionner encore les débris empruntés à l'antique Kalama rangés tout autour de la belle place bordée de caroubiers, d'eucalyptus et de genévriers, et au milieu de laquelle jaillit une élégante fontaine.

Parmi le grand nombre de fragments de pierres tumulaires et de statues, de tronçons de colonnes, de bas-reliefs, etc., il en est qui mériteraient une étude approfondie des archéologues ; les inscriptions sont d'une admirable fraîcheur et quelquesunes en langue cuûque et peut-être phénicienne.

Les montagnes autour de Guelma, ainsi que le renflement sur lequel la ville est bâtie, sont composés de grès blanc, à grain fin, très siliceux, rarement alternant avec des marnes schisteuses foncées ou des calcaires marneux jaunâtres; toutes ces roches ont un faciès très pronoucé du terrain crétacé; malheureusement elles ne paraissent pas contenir de fossiles.

En quittant Guelma pour nous rendre àHammam-Meskoutine, nous descendîmes tout d'abord dans la plaine où serpente la Seybouse. Devant nous se dressait le Djebel-Deba et sur Tarrièreplan le Djebel-Thaya, assez distinctement visible de Guelma, et que je saluais chaque fois avec un sentiment de vénération et d'impatiente curiosité, car il me tardait d'aller admirer les trésors paléontologiques qui y avaient été découverts et que M. Bourguignat a décrits dans un savant ouvrage dont j'avais fait l'objet d'une étude particulièrement. La plaine ondulée, çà et là assez bien cultivée, est entourée de tous côtés par des hauteurs considérables. Quoique dans la proximité de ses affluents principaux, la Seybouse y est encore presque à sec, car son large lit hérissé de tamarin ne renferme qu'un mince filet d'eau. Nous traversâmes la rivière sur un beau pont en pierre, tout près de la jonction de l'Oued-bou-Hamdan et de l'Oued-Cherf qui

constituent la Seybouse. C'est dans ces parages que Girard débuta dans sa brillante carrière, et où il tua le premier lion. Depuis l'époque assez récente à laquelle remontent les exploits de ce Nemrod algérien, les lions ont beaucoup diminué en ces lieux, cependant ils s'y montrent encore quelquefois.

Sur les rives de TOued-Cherf on voit effleurer des schistes marneux plongeant au sud-est. Nous suivions d'abord la rive droite de l'Oued-Hamdan coulant dans une gorge, dont les parois sont rayées par les couches verticalement redressées ou diversement ployées des grès et marnes, puis nous montâmes à travers une contrée accidentée, çà et là boisée, et enfin nous descendîmes dans la vallée où se trouvent les bains (Hammam) Meskhoutine, localité qu'on découvre pour ainsi dire, seulement quand on y est déjà, lorsque l'on aperçoit les nombreuses séries de petits cônes simulant de loin comme autant de grosses ruches d'abeilles. Il est vrai, en s'en rapprochant on voit s'élever du sol des nuages de vapeurs, indice d'un sol travaillé par des agents souterrains, mais rien n'annonce la présence d'un établissement balnéaire, le Badeanstalt des Allemands. On aperçoit, en effet, çà et là sur les collines, quelques maisonnettes isolées ou quelques tentes arabes, mais ni baigneurs, ni personnel chargé d'en prendre soin, en sorte que je croyais déjà me trouver sur le théâtre d'un phénomène curieux que j'allais étudier en naturaliste solitaire, lorsque nous vîmes approcher de notre voiture le docteur Rocher, médecin en chef de l'hôpital militaire, qui, prévenu depuis plusieurs jours de notre visite, nous attendait sur la route même conduisant à l'hôpital. C'est donc sous la direction bienveillante de M. le docteur Rocher que nous eûmes l'avantage d'examiner ces localités extrêmement remarquables.

La contrée où se trouvent les sources chaudes est très accidentée, car elle est tour à tour sillonnée de vallées profondes et renflée en coteaux plus ou moins élevés, las uns et les autres revêtus de beaux taillis d'oliviers, de caroubiers, etc., ainsi que d'une luxuriante végétation herbacée. Les sources sont

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