PROPRIÉTÉS MÉDICALES DES EAUX DU HAMMAM
Les eaux d'Haimiiam-Meskoutine sont particulièrement efficaces contre les paralysies, les entorses, les rétractions musculaires et tendineuses, les douleurs rhumatismales, les névralgies, certaines irritations cutanées, etc. Mais si les deux hôpitaux militaire et civil sont très bien organisés pour rendre des services signalés aux habitants du pays, il n'en est plus de même des accommodements offerts aux étrangers, car ceux-là n'ont pour toute ressource qu'une petite auberge composée d'une dizaine de pièces assez mesquines et munie d'une cuisine naturellement très mal approvisionnée, eu égard à la rareté des consommateurs, en sorte que, dans les conditions actuelles, Hammam-Meskoutine n'est guère acceptable pour les étrangers habitués aux conforts européens, surtout ceux qui ont fréquenté les eaux de l'Allemagne, de la Belgique et de la France. Il s'ensuit que, même quand le chemin de fer entre Hamman-Meskoutine et Guelma sera livré à la circulation, on ne pourra compter sur des visiteurs un peu choisis, seulement que lorsqu'il sera permis de leur faire l'accueil auquel ils ont droit de s'attendre, considérant surtout que la saison des bains est assez courte, puisqu'elle dure seulement d'avril jusqu'à la fin de juin, car au mois de juillet les fièvres commencent à sévir. Uue fois la voie ferrée établie et de bons hôtels, comme on sait les faire en Algérie, Hammam-Meskoutine se prêterait parfaitement à une station hivernale, l'hiver y étant très doux et parfaitement salubre.
La constitution géologique du pays est encore trop imparfaitement connue pour qu'on puisse déterminer le terrain dans lequel les sources chaudes ont leur origine; tout ce que l'on sait pour le moment, c'est qu'elles sourdenl au milieu des grès et des marnes probablement crétacés.
La contrée tout autour de Hammam-Meskoutine est assez boisée, souvent fort pittoresque ; le botaniste y trouverait des études intéressantes à faire relativement à l'action des sources chaudes sur la végétation, car, au milieu de tous ces cônes ou le long des sources bouillonnantes et des cascades, on voit de nombreuses touffes de plantes, fleurissant sur un sol plus ou
moins fortement chauffé, ou même humectées par des eaux de 50 à 60 degrés de chaleur. Ainsi, c'est dans de telles conditions que j'ai observé en fleur les plantes suivantes :
Andryala laxiflora Salzm. (rare en Algérie, signalée par Munby seulement dans une seule localité de la province d'Oran), Lotus cytisoides, Scorpiurus sulcata (rare), Hypericum tomentosum, Sedum cœruleum (rare), Umbilicus horizontalis , Lythrum Graefferi Ten. (L. flexuosum Lag.), Campanula dichotoma, Chlora grandiflora Viv. (Chl. perfoliata L., var. grandi flora Griseb.), Stachys kir ta, Micromeria grœca, Ajuga iva, Statice globulariœfolia Desf. (rare), Plumbago europœa humectée par des eaux de 50 degrés de température, et tel est également le cas pour les Adianthum capillus Veneris, Samolus Valerandi, Rumex bucephalophorus , etc.
J'éprouvais beaucoup de regrets de n'avoir pu consacrer à Hammam-Meskoutine le temps qu'exige l'exploration de cette intéressante localité, mais mes regrets devinrent bien plus vifs encore, lorsque je me convainquis que je devais renoncer à mon excursion projetée au mont Thaya et aux tombeaux préhistoriques de Roknia. Comme ces deux points sont à peu de distance de Hammam-Meskoutine, je m'étais figuré qu'une journée suffirait à cette excursion, et je me flattais de l'espoir que les difficultés de la descente dans les cavernes du mont Thaya pouvaient avoir été exagérées par M. Bourguignat, ou bien auraient été aplanies depuis- l'époque où il y avait été; malheureusement les assertions de ce savant me furent confirmées à Hammam-Meskoutine comme parfaitement exactes, et j'appris que la seule visite de la caverne ossifère du mont Thaya exigeait un jour, autant pour voir Roknia, ce qui, avec l'allée et le retour, ferait trois jours. En conséquence, je dus renoncer à ces excursions sous peine de manquer le bateau qui devait nous transporter de Bone à Tunis, et à ajourner ainsi notre départ d'une semaine, ajournement qui, dans la saison où nous étions, présentait de graves inconvénients pour ma femme.
Toutefois, n'ayant pas pu visiter moi-même le mont Thaya