CAVERNES OSSIFÈRES DU MONT TIIAYA
et la splendide nécropole mégalithique de Roknia, je ne puis m'em pécher de vous en entretenir un moment, en choisissant pour guide M. Bourguignat, lequel a décrit dans deux ouvrages étendus les importantes découvertes faites dans ces localités1. Ces ouvrages soûl devenus très rares, et si je n'avais pas eu l'avantage de me les procurer dans la bibliothèque de Bone, qui naturellement ne pouvait se dispenser de les posséder comme ayant un intérêt spécial pour la ville, j'aurais eu probablement beaucoup de difficulté à les trouver ailleurs.
Situé à 35 kilomètres au nord-ouest de Hammam- Meskoutine, le Djebel-Thaya, de forme circulaire, commande par l'altitude de ses quatre arêtes toutes les chaînes environnantes. Du sommet d'une de ces arêtes la plus élevée (1390 mètres), la vue embrasse un immense horizon s'étendant sur Jemmapes, le mont Edough, le lac Fezzara et le golfe de Bone.
Le Djebel-Thaya peut être considéré comme le point central du soulèvement des montagnes environnantes. Son massif est presque entièrement composé d'un calcaire compact appartenant probablement à la série des terrains crétacés, et revêtu sur plusieurs points de dépôts plus récents que M. Bourguignat croit éocènes. Le plongeaient de toutes ces roches est au sud.
Sur le flanc nord-ouest de la montagne s'ouvre une grande caverne, qui n'est qu'un précipice, dans le fond de laquelle on ne peut descendre qu'avec les plus grandes difficultés. Les parois de cette excavation sont recouvertes sur un espace de 10 à 15 mètres d'inscriptions romaines que M. Bourguignat a reproduites et savamment commentées; elles sont toutes ou votives ou mortuaires. Le général Faidherbe avait fait creuser un puits dans le fond de la caverne, c'est à l'aide de ce puits qu'ont été exécutées des fouilles sur un espace d'une trentaine de mètres carrés jusqu'à une profondeur de 2m,20. Sur cette épaisseur on constata trois couches superposées l'uneà l'autre : la couche superficielle, de 5 à 10 centimètres de puissance, est
1. Histoire du Djebel-Thaya et des ossements fossiles recueillis dans la grande caverne de la Mosquée, par J. R. Bourguignat, et Histoire des mo* numents mégalithiques de Roknia, par le même auteur.
composée d'humus ; la seconde, d'une terre noirâtre remplie d'ossements (environ 1 mètre d'épaisseur); la troisième, d'une terre plus jaunâtre et plus argileuse également riche en ossements fossiles. Les deux couches ossifères ont fourni de 200 à 300 kilogrammes d'ossements qui furent envoyés à Paris et soumis aux investigations les plus approfondies de la part de MM. Lartet et Bourguignat, ce qui permit d'y distinguer 21 espèces1 dont (à l'exclusion du bœuf à valeur spécifique douteuse) iO sont nouvelles, les autres n'habitent plus le mont Thaya, mais se trouvent sur quelques autres points de l'Algérie, à l'exception toutefois du Musimon corsicum, exclusivement propre aujourd'hui à la Corse, à la Sardaigne et peut-être à l'Espagne. Parmi toutes les espèces dont les ossements ont été constatés dans la caverne du mont Thaya, ce sont les espèces d ours qui sont les plus fortement représentées et sont les plus remarquables, parce que déjà aux époques d'Hérodote, de Strabon et de Pline, l'ours était très rare en Numidie, et si sa présence a été constatée de nos jours sur quelques points de l'Algérie, M. Bourguignat pense que ce sont là les derniers représentants d'une race qui s'éteint, comme est eu traiu de s'éteindre celle de l'aurochs en Lithuanie 2. Après l'ours c'est le moufflon qui est le plus fréquent dans la caverne. De ces faits ainsi que de celui de l'absence complète de tout ossement humain dans la caverne de Thaya, M. Bourguignat tire les conséquences suivantes : cette caverne a été de tout temps un repaire d'ours, et parmi les animaux dont ils ont fait leur nourriture,
1 . Les espèces nouvelles sont marquées d'un astérisque : Pithecus innus (magot commun), Canis aureus (chacal), * Vulpes atlanticus (renard d'Algérie), Felis leo (lion), Felis pardus (panthère), * Ursus Lartelianus, * U. Letourncuxianus, * U. Rouvieri, * U. Faidherbianus, Susscrofa (sanglier), Equus caballus (cheval), Hystrix wistatus (porc-épic), * Antilope Faidherbi9*A. Rouvieri, *Gazella utlantica, Musimon tragelaphus (moufflon à manchettes), *M. Lartetianus,*M. Faidherbi*M. Rouvieri, M. corsicus, une espèce de bœuf.
2. M.' le docteur Reboud (Excursion archéologique dans les cercles de GuelmayeXc, p. 10) rapporte le témoignage de M. le capitaine Sergent, d'après lequel l'ours était répandu au commencement de ce siècle dans les montagnes situées au nord d'Azeba, mais il y a disparu ; cependant il vit encore dans les montagnes du Maroc.