‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 17 sur 285 · Aboulfeda, loc. cit., t. Il, p. 3iî · texte numérisé non relu

Aboulfeda, loc. cit., t. Il, p. 3iî

2. Dareraberg,* Histoire des sciences médicales, t. I, p. 270.

prédilection nullement partagée par les habitants des autres pays du midi de l'Europe, rappelle l'usage exclusif que font les Orientaux de ce breuvage primitif. En effet, tandis que dans les contrées méridionales de l'Europe, te vin plutôt que l'eau se vend dans les lieux publics, le contraire a lieu en Espagne comme eu Orient, et lorsque, aux stations de chemins de fer ou dans les rues de Séville, j'entendais crier agua, agua, cela me rappelait exactement le cri de soouk-soufaa fraîche), qui retentit dans les rues et les cafés de Constantinople, de Smyrne, du Caire, etc., cafés où, comme dans les maisons des Orientaux, on a l'habitude d'appeler les domestiques en frappant dans les mains, usage commun à l'Espagne, mais à aucun autre pays de l'Europe.

Enfin, l'Espagnol, comme l'Oriental, a dans sa démarche, ses gestes, dans sa manière de se tenir debout ou assis, un air de dignité et de réserve qui contraste fortement avec les habitudes des autres pays, même les plus civilisés, où l'on affecte trop souvent de considérer comme signe de distinction certains airs choquants de laisser-aller et de désinvolture ; ce n'est pas en Espagne qu'on verrait dans les réunions parlementaires les députés prendre de telles poses, que la salle vue d'en haut laisse apercevoir autant de jambes que de têtes placées presque au même niveau. L'Espagnol, comme l'Oriental, a le sentiment inné de la convenance et de la réserve, et l'un et l'autre ne s'en départissent pas plus en public que dans l'intimité de la vie privée.

Il serait aisé de citer bien d'autres traits communs aux Orientaux et aux Espagnols, et si j'en ai mentionné quelquesuns seulement en parlant de Séville, ce n'est pas que les rapprochements de ce genre ne puissent être faits égalemeut dans les parties septentrionales de l'Espagne que je venais de parcourir, mais bien parce qu'à Séville, comme dans l'Andalousie en général, ils se manifestent plus fréquemment et d'une manière plus saillante, la domination des Arabes ayant duré beaucoup plus longtemps dans cette province* que partout ailleurs. Au reste, en dehors des traits qui rappellent l'Orient,

partiraient d'une diligence. Cette habitude de courtoisie n'est point pour l'Espagnol une habitude limitée à son pays, il la conserve et la pratique tout aussi bien à l'étranger. Or, c'est précisément là ce qui distingue les habitudes innées, inaltérables, de celles qui ne se rattachent qu'à un pays et disparaissent aussitôt qu'on l'a quitté. Telle est, par exemple, la différence qui se présente entre le Français et l'Anglais, sous le rapport de la tenue extérieure et de la recherche dans la mise. Le Français tient à être élégant, soit en France ou ailleurs; pour l'Anglais, au contraire, l'élégance est une espèce d'exhibition locale bornée aux rues de Londres, et paraît être pour lui l'une de ces obligations importunes dont il est heureux de s'affranchir du moment qu'il a mis le pied sur le continent, où il se dédommage de la contrainte supportée dans son pays, par les accoutrements les plus disgracieux, les plus excentriques et très souvent les moins convenables. C'est que pour le Français l'élégance est un sentiment inné, comme l'est la courtoisie pour l'Espagnol.

Mais retournons à Séville, qui m'a suggéré cette petite digression.

Pendant les trente années qui s'étaient écoulées depuis ma première visite en Espagne, Séville avait considérablement gagné sous le rapport de la propreté et de l'élégance de la ville.

Une bonne partie des rues ont été pavées en dalles aplaties, à l'instar des grandes villes italiennes, et l'on n'est plus forcé, comme jadis, de se loger dans de misérables auberges ou posada, mais on a le choix entre d'excellents hôtels, tels que, entre autres, l'hôtel des Quatre-Natiom, tout récemment installé, sans compter un grand nombre de logements particuliers. Sous le rapport du mouvement, Séville offre un contraste frappant avec les villes du nord de l'Espagne; rien n'est plus animé que les rues principales et les places publiques, telles que la vaste et belle place de S auto-Fer dinando (autrement appelée Nueva plaza), qui le soir se remplissent d'une foule bruyante, comme les quais et les cafés du Naples, mais d'une Naples orieutale, avec ses

Pilalos, appartenant au duc de Médina di Celi, prouveque l'architecture mauresque avait survécu de longtemps à la domination arabe, parce que cet édifice avait été construit en 1519, sans doute par des architectes arabes imbus encore des traditions glorieuses des grandes œuvres de l'Alhambra. Enfin, il suffira de mentionner la célèbre cathédrale de Séville, pour rappeler un monument que les artistes et les voyageurs de tous oduire et de décrire.

u accidentée et n'a ilquivir présente un le largeur, il est paranimé par un grand quai de la ville, ce B Tamise. Les prolemetit d'un certain 10m de las Delicias ; ,ille, je n'ai puaperreprésentant la belle ilgaires attelés à des aient traînés par des lâchées el munies de

Le caractère original que présente la diversité des costumes nationaux s'efface de plus en plus à Séville, comme dans le reste de l'Espagne, depuis que les femmes quittent la inaulilla et l'éventail pour revêtir le costume cosmopolite. Lorsqu'il y a trente ans je visitai la grande manufacture de cigares, où plusieurs centaines de femmes sont employées à la fabrication de cet important article de consommation, j'étais frappé de l'effet produit par les costumes que portaient les gracieuses ouvrières ; mais cette fois je n'y vis que des femmes vêtuesàla mode des faubourgs de Paris.

Cependant, si d'une parties Espagnols croient se rapprocher davantage des peuples civilisés en renonçant à leur pittoresque costume national, ils n'en ont pas moins conservé certains préjugés que j'avais crus évanouis depuis longtemps, celui, par

CLIMAT DE S.KVILLF.

exemple, qui condamne les femmes à ne pas montrer leurs pieds. C'était là un fait auquel j'aurais refusé de croire, si je ne l'avais pas constaté un jour, lorsque, assis avec ma femme sur un banc dans un des squares de Séville, je vis une vieille dame s'approcher pour lui donner très cordialement un avis charitable, en lui faisant observer, qu'afin d'éviter les remarques indiscrètes des passants, elle ferait bien de dissimuler ses pieds autant que possible. Combien de nos élégantes, habituées à ne rien dissimuler de ce qu'elles croient attrayant, considéreraient comme un arrêt de mort Tordre de soustraire leurs chaussures à l'admiration du public!

Le changement subit de température que nous éprouvâmes à notre arrivée à Séville était aussi brusque que frappant, grâce à la rapidité avec laquelle on dévore aujourd'hui l'espace, h l'aide de la vapeur. Quand, venant de Madrid ou de Tolède, on a franchi la Sierra Morena, pour descendre dans le bassin du Guadalquivir, quelques heures suffisent pour faire parcourir au voyageur les climats les plus divers : ainsi jusqu'à la Sierra Morena nous eûmes un climat septentrional, semblable à celui qu'on a en cette saison dans le nord de l'Allemagne ; à Cordoue, la température était celle de Florence, à Séville celle de Naples ou de Palerme. En été, le thermomètre monte à Séville jusqu'à 40 degrés, a l'ombre. Pendant les huit jours (12-20 octobre) que nous passâmes dans cette délicieuse ville, nous jouîmes d'une moyenne de 20 degrés à l'ombre et de 37 degrés au soleil, bien que, le 19, le thermomètre au soleil montât à 40. L'action de cette température se traduisait d'une manière frappante sur les orangers échelonnés tout autour de la belle place neuve située devant uotre hôtel des Quatre-Nations; car les fruits dont les arbres étaient chargés jaunissaient à vue d'oeil, en sorte que, verts à notre arrivée, ils se trouvaient revêtus d'une teinte dorée le jour de notre départ pour Cadix, départ qui, à notre grand regret, eut lieu le 20 octobre.

La distance comprise entre Séville et Cadix est une grande plaine accidentée çà et là, mais le plus souvent unie, et boisée seulement dans la proximité des villes et des villages. Le

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sol est composé de calcaires blanchâtres et de conglomérats; c'est sur ce sol que croissent les célèbres vignes de Xérès de la Frorïtera, assez jolie petite ville se présentant coquettement avec ses maisons toutes blanches. A Puerto Santa Maria le chemin de fer atteint le littoral de Cadix. Sur tout cet espace, mais particulièrement entre Santa Maria et Fernando, le sol est marécageux et sillonné de lagunes exploitées pour la production du sel; celui-ci est entassé sous forme de pyramides nombreuses, et toutes ces masses blanches à sommets pointus dressées au milieu de la plaine, donnent à cette dernière un aspect particulier qui a son originalité, malgré le caractère de monotonie et d'aridité de la contrée. Le petit ruisseau de Santi Pétri sépare la presqu'île à l'extrémité de laquelle se trouve Cadix, du littoral de la baie et constitue l'île de Léon. Vue à une certaine distance, comme dans son enceinte, Cadix est loin de produire l'impression que fait Séville. Ses maisons sont, à la vérité, de teintes plus variées :car, au lieu d'offrir la blancheur uniforme qu'elles ont dans cette dernière ville, à Cadix les balcons vitrés ou grillés sont généralement peints en vert, et ces saillies, se projetant des deux côtés des rues assez étroites, les abritent contre les rayons du soleil. Cadix présentait, du reste, exactement la même physionomie architecturale lorsque j'y étais il y a trente ans; seulement, au lieu de s'embellir et de se développer, la ville, sous plus d'un rapport, a suivi depuis cette époque une marche rétrograde. Ainsi, les arbres vigoureux qui ombrageaient l'Alameda avaient été coupés, et cette promenade, si belle alors, au bord de la mer, n'est plus aujourd'hui qu'une large et déserte avenue, exposée au soleil en été et aux vents en hiver. La population aussi semble avoir éprouvé une diminution depuis cette époque, à en juger par le peu de mouvement observé dans les rues, qui paraissaient presque désertes, comparées aux rues animées et bruyantes de Séville. D'ailleurs, Cadix n'a point d'importance artistique et ce n'est plus aujourd'hui qu'un port de mer de second ordre, n'offrant aux étrangers qu'un séjour monotone.

LETTRE II

Gibraltar. — Ses inexpugnables fortifications . — Intérêt géologique que présente le rocher de Gibraltar. — Singes sauvages. — Garnison anglaise. — Éléments variés de la population. — Malaga. — Sa température hivernale supérieure à celle des localités les plus favorisées de l'Europe — Défilé pittoresque à travers la Sierra Morena. — Grenade. — Ses magnifiques monuments mauresques. — Grenade sous la domination arabe. — Les Arabes, fondateurs en Espagne de la civilisation, dont les souverains chrétiens furent les destructeurs. — Les riches bibliothèques de Grenade et de Cordoue livrées aux flammes par le cardinal Ximenès. — Carthagène. — Ses mines d'argent. — Exploitation des richesses métalliques de l'Espagne par les Carthaginois et les Romains. — Tableau frappant que trace Slrabon de ces richesses. — Départ de Carthagène pour Oran.

Carthagène, le 17 novembre 1877.

Favorisés par une brise d'automne, nous sortîmes le 23 octobre du port de Cadix et parcourûmes rapidement la vaste et belle nappe azurée à peine ridée, qui se déploie entre la côte d'Espagne et celle d'Afrique, toutes deux parfaitement visibles; la dernière se présente comme fort montagneuse et la première ne le devient que dans les parages de la Tarifa, où Ton voit les flancs des hauteurs presque verticalement rayées par des couches qui plongent vers la mer. C'est dans ces parages que la côte africaine se rapproche le plus du littoral espagnol. L'atmosphère un peu brumeuse ne nous permit point d'apercevoir Tanger, que Ton me dit être visible par un temps serein. La côte africaine continue à se dessiner fort distinctement, jusqu'au cap couronné par les fortifications de Ceuta, puis elle disparaît et l'on voit aussitôt surgir le rocher imposant (te Gibraltar. Après l'avoir atteint, nous entrâmes dans le port.

Comme ce rocher a donné lieu à la fondation de la ville

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