FORTIFICATIONS DE GIBRALTAR
de Gibraltar et qu'il en est pour ainsi dire la raison d'être, je crois qu'il est utile, avant de vous parler de la ville, de vous indiquer aussi brièvement que possible les caractères principaux de ce massif imposant, tels que j'ai pu les saisir pendant mon séjour d'une semaine dans ces lieux.
Le rocher de Gibraltar est un massif calcaire orienté à peu près du nord au sud. Il descentTde tous côtés d'une manière assez rapide et offre des pentes plus ou moins accessibles le long de son versant occidental, tandis que le versant oriental constitue une muraille presque verticale, où l'on ne peut gravir qu'à l'aide de quelques sentiers fort escarpés. Du côté du nord, le rocher deGilbraltar descend, par des surfaces également très abruptes, dans la vaste plaine sablonneuse et aride qui constitue l'isthme par lequel la péninsule se rattache au continent. Enfin, l'extrémité méridionale du rocher s'abaisse plus ou moins rapidement, en formant un plateau à surface tantôt accidentée, tantôt unie, plateau qui s'arrête d'une manière assez brusque à une certaine distance de la mer, dont il est séparé par une plaine terminée, à son extrémité orientale, par une pointe sur laquelle se trouve le phare. Cette pointe porte le nom de pointe de F Europe. La majorité des nombreuses fortifications, dont le rocher de Gibraltar est criblé, se trouve disséminée sur les sommités du rocher et sur les flancs occidentaux, ainsi que le long du plateau représentant l'extrémité méridionale du massif, de même que les points stratégiques se multiplient tout autour de la plaine, terminée par la pointe de l'Europe.
Bien qu'en moyenne l'orientation du rocher de Gibraltar soit du nord au sud, il ne constitue pas une bande droite régulièrement alignée dans cette direction, mais décrit, dans sa parlie centrale, une courbe, de manière à offrir pne échancrure dont la concavité est tournée à Test. Si la nature de la roche était volcanique, on eût été disposé à considérer cette échancrure comme le reste du bord occidental d'un cratère enseveli dans la mer.
Les fortifications de Gibraltar qui, il y a trente ans, lorsque
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je les visitai, n'étaient accessibles qu'à titre de faveur particulière, sont aujourd'hui parfaitement connues, du moins par les hommes spéciaux de tous les pays, et le gouvernement anglais s'empresse de les faire voir à tout étranger qui demande et obtient très aisément l'autorisation du gouverneur. D'ailleurs, ces fortifications ont été l'objet de plusieurs travaux détaillés, publiés par les Anglais eux-mêmes, et entre autres par le capitaine John Drinkwater. dans son histoire du siège de Gibraltar ', travail important, particulièrement sous le point de vue militaire.
La garnison, de même que la ville, reçoivent l'eau à l'aide d'aqueducs qui la puisent dans de nombreuses citernes, suffisamment pourvues par les pluies abondantes, surtout en décembre et janvier. L'aqueduc principal a été construit sous la domination espagnole, et il alimente presque toutes les fontaines de la ville ; l'eau Gltrant à travers le sable acquiert une limpidité parfaite.
L'excellente construction des forls, leur nombre, leur répartition avantageuse et enfin la vigilance avec laquelle ils sont surveillés, excluent toute chance de succès aux tentatives ayant pour but la prise de Gibraltar, soit à l'aide de bombardement et d'assauts, soit par un coup de main inattendu. 11 ne resterait que la réduction de la garnison par la famine, tentative déjà faite sur une échelle comme il n'est guère probable qu'elle puisse se reproduire jamais : le capitaine Drinkwater nous fait assister à tous les incidents du siège mémorable dont Gibraltar a été l'objet pendant quatre années consécutives (de 1779 à 1783) de la part des flottes combinées d« la France et de l'Espagne. Or, ni les bombardements fréquents, ni les mesures les plus rigoureuses prises pour isoler la garnison et la ré* duire à la famine, n'eurent le résultat espéré et laissèrent intacte cette inexpugnable citadelle. Pourtant, à l'époque de cette terrible épreuve, Gibraltar était exposé à un danger qui depuis a disparu, et dont le menaçaient deux forts :