AGE DU SOULÈVEMENT DU SAHARA
route entre Gonstantine etBatna, ainsi que sur d'autres points de l'Algérie, creusés dans des dolomies noirâtres, des marnes multicolores, des gypses et des cargnieuls, ont été primitivement d'eau douce ; mais, comme les ruisseaux qui les alimentent traversent des terrains salifères, et que pendant l'été l'êvaporation dépense une quantité d'eau plus considérable que celle qui leur est apportée pendant l'hiver, il en résulte que les lacs sont mis à sec sur la plus grande partie de leur surface et que le sel y cristallise en masses épaisses.
C'est aussi l'opinion du savant géologue allemand M. Fictz ', relativement à l'origine des steppes salées en général, car il n'admet point qu'elles aient été produites par la dessiccation de l'eau de mer.
De même que M. Coquand, M. Pomel * pense que les sables et détritus qui revêtent le Sahara et dont il rattache la formation à l'action des pluies diluviennes, ne sont l'effet ni du dessèchement d'une ancienne mer saharienne, ni de la désagrégation des roches subjacentes, opérée après le soulèvement du désert. Selon M. Pomel, aucune mer n'avait représenté le Sahara, même à l'époque tertiaire, si ce n'est peut-être dans sa partie orientale, « car, dit-il, les dépôts marneux bien constatés y font défaut, tandis qu'ils sont étendus et variés dans l'Atlas et surtout dans le Tell. Les reliefs de cette région montagneuse, en Algérie, ont été presque en totalité acquis après les dépôts du terrain helvétien (étage moyen miocène de M. Pomel). La mer n'a point envahi le Sahara au commencement de la période actuelle, car elle n'y a point laissé de traces de son passage. Il n'y a pas trace non plus d'une mer quaternaire recouvrant toutes les surfaces sahariennes, car les dépôts de cet âge sont tous de formation continentale. Un cordon presque continu de dépôts cô tiers marins, étendus sur presque tout le littoral atlantique et méditerranéen, prouve qu'à l'époque quaternaire ce littoral était peu différent de ce qu'il
J. Jahrb. der K. K. gêol. Reickianstalt, an. 1877, p. 375. 2. Le Sahara, p. 109.
est aujourd'hui, el infirme toute hypothèse d'émersions considérables depuis cette époque 4. »
Enfin, M. Pomel ajoute aux arguments géologiques une considération puisée dans la géographie botanique, en faisant observer que le caractère spécial de la flore saharienne ne s'accorde point avec une origine aussi récente du désert, car, selon ce savant, si le Sahara avait été occupé au commencement de l'époque actuelle par une mer spacieuse, la flore et la Faune du désert eussent dû être constituées par l'immigration d'espèces venues des deux régions continentales qui bordaient la surface émergée.
Telles sont les considérations développées d'abord par M. Coquand, et ensuite par M. Pomel, pour démontrer que l'émersion du Sahara a dû être antérieure à l'époque actuelle; d'autre part, une opinion diamétralement opposée est soutenue par deux savants également distingués, savoir : M. Desor et M. Charles Martins. Or, en parcourant la partie du désert assez vaguement désignée par le nom de Areg, région essentiellement composée de dunes, dont la large zone touche au point le plus méridional des possessions françaises représentées par la petite ville Ouargla, et s' étendant du côté de l'est jusqu'au golfe de Gabès, M. Desor9 a constaté dans une des vallées creusées dans les dunes, la présence de trois mollusques fossiles parfaitement identiques avec les espèces habitant aujourd'hui la Méditerranée, savoir : Cardium edule, Buccinum gibberrulum et Balanus miser 4
De son côté, M. Charles Martins, qui signale3 les mêmes fossiles au sud du lac Mel-Rir, où « le sable du désert est cou* vert d'innombrables débris du Cardium edule*, n'hésite pas à formuler de la manière suivante son opinion relativement à l'âge du Sahara4: « L'événement est récent géologiquement parlant: il remonte peut-être à cent mille ans seulement. Le