L'AGE DU SOULÈVEMENT DU SAHARA
nombre des années, on ne saurait le préciser, mais l'événement a une date relative, il est postérieur au dépôt des terrains tertiaires. Quand il a eu lieu, la Méditerranée existait déjà, car on trouve dans le Sahara des mollusques qui habitent encore le littoral; le sol est imprégné de sel marin; il est formé de gypse qui se dépose probablement dans les mers actuelles et des sables amenés par les rivières qui se versaient dans le sol saharien. »
On le voit, il est impossible d'opposer à ses adversaires un démenti plus péremptoire; mais cette façon un peu trop sommaire de trancher des questions controversées, s'est déjà produite plus d'une fois dans les fastes de la science, et il suffirait de rappeler la manière dont deux savants de premier ordre ont cru pouvoir s'exprimer sur la véritable patrie de la pomme de terre; car tandis que Humboldt4 déclarait magistralement à Berlin : « la pomme de terre n'est pas indigène du Pérou » , à la même époque, Cuvier * écrivait à Paris : ail est impossible de douter que la pomme de terre ne soit originaire du Pérou » . Il fallut plusieurs années pour décider la question en faveur de Cuvier, et probablement il ne faudra pas moins de temps avant que des explorations étendues et réitérées permettent de déterminer d'une manière positive l'âge du soulèvement du Sahara.
J'ai à peine besoin d'ajouter que mes propres études, beaucoup trop limitées et trop rapides, ne sauraient fournir un nouvel élément à la solution de cette question compliquée, et je me bornerai à quelques observations sur les considérations développées par les savants que je viens de citer.
Ainsi qu'on Ta vu, l'un des principaux arguments invoqués par M. Coquand pour démontrer le soulèvement simultané de l'Atlas et du Sahara, repose sur le fait admis par ce savant que les dépôts à couches horizontales dans le désert sont la continuation des mêmes dépôts à couches redressées dans
1. De Humboldt, Nouvelle Espagne , t. II, p. 400. 2 Cuvier, Hist. des se. naturelles, partie H, p. 180.
l'Atlas. Un tel phénomène ne peut être constaté que de deux manières : ou à l'aide d'un profil naturel faisant distinctement voir cette continuité, ou par la découverte des mêmes restes organiques dans les dépôts à stratification dissemblable. Or, il me semble que, malgré les coupes données par M. Coquaud, la continuité entre ces dépôts n'a pas été suffisant ment démontrée, et que, à défaut de telles preuves, on est naturellement porté à admettre que les dépôts fortement redressés dans les montagnes doivent être antérieurs à ceux qui, à une certaine distance de ces dernières, présentent une stratification horizontale. C'est la conclusion qui me fut suggérée lorsque je visitais les oasis qui, telles que Zadja ou Oukbà, sont situées à une certaine distance des ramifications méridionales de l'Aurès, mais suivant la direction de ces dernières. Les roches que je voyais percer à travers les sables sont tantôt à couches redressées, comme elles sont dans les montagnes limitrophes, tantôt en nappes horizontales, et, dès lors, faute de traces organiques ou de dénudations révélatrices, il m'a semblé que les dépôts horizontalement stratifiés constituent le véritable sous-sol du Sahara, tandis que ceux à strates redressées n'indiquent qu'autant d'affleurements locaux de la roche, composant les montagnes et sur les tranches inclinées de laquelle les premiers avaient été déposés; et comme M. Coquand rapporte le soulèvement de ces montagnes à une époque postérieure à l'âge pliocène (subapennin), les roches horizontalement stratifiées doivent être encore plus récentes, ce qui serait un argument favorable à l'hypothèse d'une mer saharienne dont les montagnes représenteraient le littoral septentrional.
Les arguments invoqués par M. Pomel pour démontrer l'impossibilité d'une mer saharienne quaternaire, laissent également à désirer sous plus d'un rapport, et ne sont d'ailleurs que trop souvent formulés en forme de thèse générale ou d'aphorismes laconiques. Ainsi, il serait peut-être prématuré de dire, comme l'a fait réminent naturaliste, que la mer n'a laissé dans le Sahara aucune trace de son passage, puisque M. Desor a donné des preuves de ce dernier, et que des recher-
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ches ultérieures pourront en faire découvrir également dans les calcaires horizontalement stratifiés revêtant les sables du désert, en sorle que pour le moment on n'a pas encore droit de les considérer coramo de formation continentale, formation à laquelle M. Pomel semble rapporter tous les dépôts quaternaires. De même, il généralise trop peut-être le fait de la stabilité comparative dont le littoral méditerranéen aurait joui pendant l'époque quaternaire, car, même sur le littoral algérien, ainsi que je vous l'ai signalé1, il est plusieurs points où Ton peut constater des mouvements très récents d'éraersion et d'immersion. Enfin, l'argument que M. Pomel puise, contre l'émersion récente du Sahara, dans des considérations de géographie botanique, est fort discutable, car, selon un juge des plus compétents *, les considérations de cette nature sont plutôt favorables à l'hypothèse combattue par M. Pomel; d'ailleurs, en s'appuyant sur les belles explorations de M. Gosson, M. Grisebach ne trouve point que le caractère spécial ou endémique de la flore saharienne soit très fortement accentué.
Le peu que nous savons de la charpente solide du désert est dû en grande partie aux admirables travaux de forages que le gouvernement français ne cesse d'exécuter déjà depuis vingt ans dans la partie du désert de la province de Gonstantine comprise dans la subdivision de Batna. La grande majorité de diverses roches calcaires, gréseuses, marneuses, gypseuses, etc., que les sondages ont traversées, paraissent appartenir à l'époque pliocène (subapennine), de même que les argiles imperméables qui constituent les réservoirs des eaux souterraines. Un fait géologique fort intéressant révélé par ces sondages, c'est le relief extrêmement varié que présente la surface des couches argileuses aquifères. En effet, j'ai déjà fait observer3 que les points où les sondages ont atteint l'eau à des niveaux les plus variés, ne sont souvent séparés les uns des