Lettre XV, p
autres que pur des espaces peu considérables, en sorte que dans de tels endroits au moins, les réservoirs d'eau souterraine seraient autant de bassins Fermés, situés tantôt dans des excavations profondes, tantôt sur des protubérances élevées se rapprochant considérablement de la surface du sol. Les curieuses conditions présentées par les couches imperméables feraient donc supposer que, postérieurement à leur formation, elles auraient été exposées à l'action de puissants agents d'érosion et de dénudation.
Quant à l'origine des eaux souterraines, il serait difficile, dans l'état actuel de nos connaissances à cet égard, de ne pas admettre qu'elles sont le produit d'infiltrations d'eaux pluviales à travers des crevasses, placées en communication avec la surface du sol, et puisque dans une région aussi pauvre en précipitations aqueuses comme l'est le désert, celui-ci ne saurait offrir le contingent nécessaire à l'alimentation de réservoirs souterrains, ce contingent ne peut être fourni que parles montagnes dont les lignes de fracture, traversant les couches inférieures du désert, verseraient les eaux pluviales dans les bassins souterrains. D'ailleurs, l'existence d'orifices propres à maintenir une communication constante entre les eaux souterraines et l'atmosphère, est le seul fait de nature à expliquer le phénomène curieux révélé par les sondages : celui de la présence de poissons et de crustacés dans l'un des puils du désert1. Or, sans l'action directe de l'atmosphère, il n'y a point de vie animale possible, du moins pour les vertébrés.
Je ne voudrais pas quitter le Sahara saus mentionner un phénomène très important auquel le désert paraît apporter son contingent, c'est la chute de poussière rouge ainsi que les brouillards secs qui, sur le vaste espace de l'Atlantique compris entre les îles du cap Vert et l'Amérique méridionale, obscurcissent tellement le ciel que, déjà au douzième siècle, le célèbre géographe arabe Edrisi avait qualifié de mer ténébreuse (Ba/ir el Mecdolim, Mare tenebromm) la mer qui baigne le littoral