Voy. Grisebach, t. H, p. U
vue de la géographie botanique, et Ton pourrait même dire que c'est le trait le plus saillant de cette flore. En effet, sous le rapport de sa richesse et de sa variété, elle ne saurait rivaliser avec certaines contrées privilégiées, telles, entre autres, l'Asie Mineure, où sur une surface à peu près égale à celle de la France, les formes végétales se trouvent agglomérées avec une telle profusion, que j'ai pu y énumérer plus de six mille espèces qui sans doute ne représentent point la totalité de la flore anatolique. En revanche, aucun pays n'offre peut-être autant que l'Algérie de phénomènes intéressants pour la géographie botanique, phénomènes dont je vous ai déjà signalé plusieurs dans mes lettres, mais parmi lesquels il en est deux que je me permetterai de rappeler ici, savoir : la pauvreté de certaines familles végétales, plus ou moins abondantes sur le littoral septentrional du bassin méditerranéen, et la localisation rigoureuse d'autres formes. La première particularité se rattache aux familles des Gupulifères, des Conifères et des Fougères, bien plus faiblement représentées en Algérie que sur le littoral septentrional du bassin méditerranéen, ce qui est surtout le cas pour les Cupulifères, notamment pour le genre Chêne, genre dont l'apparition est comparativement récente dans les annales géologiques de notre globe, puisque parmi les trente-quatre espèces fossiles de chêne signalées par le comte de Saporta1, toutes, à l'exception d'une seule (Quercus primordialis) , ne se sont manifestées que dans le terrain tertiaire, et même dans les étages (miocène et pliocène) les plus récents de ce terrain. Or, l'Algérie ne compte tout au plus que neuf espèces de chênes, tandis que les souches ancestrales de ce genre se sont aussi rapidement que richement développées et différentiées dans la majorité des coutrées du bord septentrional du bassin méditerranéen. Ainsi l'Espagne possède 16 espèces de chêne2, la France 42 espèces », la Grèce
1. Le monde des plantes avant V apparition de V homme y p. 205-378.
2. Willkommet Lange, Prodromus Florœ Hispanicœ, v. I, p. 227-246.