LOCALISATION DU CHÊNE ET DU CÈDRE
11 espèces *, et l'Asie Mineure, où ce genre paraît avoir atteint son maximum de développement, n'a pas moins de 52 espèces, dont 26 exclusivement propres à cette péninsule2.
Quant aux exemples de localisation de formes végétales, le cèdre en offre un bien remarquable, car sur tout le pourtour du bassin méditerranéen, il ne se présente que sur deux poinls : dans quelques localités de la région septentrionale de l' Afrique, notamment en Algérie, et sur la côte méridionale de l'Asie Mineure, où Kotchy et moi nous eûmes le bonheur de découvrir de vastes forêts de cette rare et belle essence, représentée pendant longtemps par les quelques brins rabougris du Liban qu'on s'était trop hâté de qualifier de Cednis Libani 3.
11 est probable que les curieuses anomalies qui caractérisent les deux bords du bassin méditerranéen sous le double rapport du développement et de la localisation des formes végétales, remontent à une époque très reculée, sans qu'on puisse pourtant constater jusqu'à quel point cet ancien ordre de choses a pu avoir été influencé par les modifications climatériques que ce bassin a subies, ainsi que M. Théobald Fischer a cherché à le démontrer dans son important travail sur le climat des contrées méditerranéennes4. En étudiant les changements que ce climat a éprouvés depuis l'époque historique, M. T. Fuchs trouve que des changements de cette nature ne sont guère appréciables dans les régions situées sur le bord septentrional du bassin, et il accepte comme phénomène purement local et exceptionnel les modifications climatériques
1. Sibthorp, Florœ Grœcœ prodromus, v. 11, p. 239-252. Depuis la publication de l'ouvrage déjà assez ancien, le chiffre des chênes de ce pays s'est considérablement accru,
2. Voy. P. de Tchihatchef, Asie Mineure, partie botanique, v. Il, p. 463480.
3. M. Hooker a présenté à la Société Linnéenne de Londres une branche de cèdre, portant des chatons mâles et des cônes, et provenant de l'Ile de Chypre où elle avait été recueillie par Sir Samuel Baker. Cet arbre, dont l'état de spontanéité dans les lieux où il se trouve ne laisse aucun doute, est un fait intéressant, car le cèdre avait été inconnu jusqu'aujourd'hui dans l'Ile de Chypre. (Bulletin de la Soc. bot. de France, an. 1879, t. XXVI, p. 191.)
4. Studien iiber das Klima der Méditerranéen Lànder, dans Petermann's Mittheilungen, an. 1879, Ergànzungsheft, Nr. 58.
que j'avais cru devoir admettre en Asie Mineure; mais M. Fuchs pense qu'il n'en est plus de même des régions situées sur le littoral méridional du bassin méditerranéen, au sud du trente* quatrième parallèle, régions où les précipitations aqueuses sont déjà normalement peu abondantes, en sorle que la moindre réduction de leur valeur suffit pour modifier le climat. Parmi les contrées qui ont été exposées à cette réduction, M. T. Fuchs cite la Syrie et la Palestine, toutes couvertes de traces d'anciens cours d'eau et d'irrigations artificielles qui jadis animaient des contrées peuplées, converties aujourd'hui en déserts arides, non seulement par la faute des hommes, mais encore par l'action des conditions atmosphériques. M. T. Fuchs cite également les. nombreux Wadi qui sillonnent l'Afrique, et selon toute apparence, représentent les anciens lits des rivières, à une époque où l'atmosphère fournissait des précipitations plus abondantes \
Enfin, selon M. F. Fuchs, une preuve de plus de l'augmentation de la sécheresse atmosphérique dans l'Afrique septentrionale, est fournie par la disparition dans ces régions de grands mammifères, ainsi que l'introduction du chameau. Ce dernier animal, si indispensable aujourd'hui pour les communications dans le désert, semble avoir été presque inconnu dans le nord de l'Afrique jusque vers l'époque de l'ère chrétienne. Aucune figure de ce ruminant n'a été découverte sur les monuments antiques de l'Egypte ou de Méroë, et Polybe signale dans la cavalerie carthaginoise des éléphants mais non point de chameaux. H y a déjà longtemps que j'ai insisté sur Tintroduction relativement récente du chameau dans la péninsule anatolique*, en réunissant à l'appui de mon assertion un grand nombre de témoignages, tels que, entre beaucoup d'autres, ceux d'Hérodote et de Xénophon, qui attribuent la victoire remportée à Sardes par Cyrus sur le roi de Lydie, à la présence dans l'armée persane de chameaux, dont l'aspect frappa d'épouvante la cavalerie lydienne. Or, même au sixième
1. Cette opinion avait été également formulée par Lifingstone.
2. Voyez mon. Asie Mineure; Climatologie et Zoologie, p. 757 et suiv.