POSITION DE G1UUALTAR. — SA POPULATION
situés à des niveaux différents : l'un, le plus élevé, est du côlé du nord, et l'autre au sud de ce dernier; ces deux groupes se trouvent reliés par de belles avenues et des promenades pittoresques, parmi lesquelles se distingue surtout celle nommée Alameda.
L'aspect extérieur de Gibraltar n'a absolument rien qui puisse rappeler l'Espagne et encore moins l'Orient : c'est une ville fortement empreinte du cachet britannique. Les rues sont le plus souvent régulièrement alignées, très propres et portant chacune son nom inscrit en caractères qui sautent aux yeux, chose, du reste, çlus Utile aux Anglais qu'aux habitants espagnols ou aux étrangers de race latine, pour lesquels il serait difficile de se rappeler et môme de prononcer des noms comme Governor's Yard Lane ou Churches street.
La population de Gibraltar offre le mélange le plus bigarré de races diverses; l'élément espagnol y domine, à la vérité, mais on y voit figurer également un grand nombre de Juifs et beaucoup d'Arabes marocains, tunisiens et algériens, etc. Les Juifs rappellent singulièrement le type disgracieux de leurs confrères de la Pologne, de la Russie méridionale et des Principautés danubiennes. Malgré les préventions attachées à leur race, ils s'obstinent à la manifester par des dehors traditionnels, les moins attrayants possibles, ce qui n'étonne guère dans les pays musulmans où les Israélites sont condamnés à ne point se servir dans leur habillement de certaines formes ou certaines couleurs (le turban blanc ou vert entre autres) réservées aux seuls vrais croyants, mais paraît fort étrange dans une contrée régie par les lois libérales de l'Angleterre, où rien ne les empêcherait d'imiter l'exemple des Juifs de l'Algérie qui, depuis l'occupation française, se sont empressés de revêtir les plus brillants costumes musulmans, comme pour défier les Arabes, sous la domination desquels ils n'osaient point se permettre cette liberté.
A l'exception de quelques commerçants, l'élément anglais est particulièrement représenté par la garnison et les fonctionnaires militaires oucivilsqui s'y rattachent. Gibraltar doit être,
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pour les militaires anglais, la ville de garnison la plus agréable où ils puissent être envoyés, car non seulement ils s'y trouvent plus près de leur pays que dans toute autre colonie ou possession britannique, mais encore jouissent-ils à Gibraltar d'un beau climat et de toutes les commodités et agréments compatibles avec la fonction du soldat. La garnison qui, à l'époque de notre visite, comptait 5500 hommes, est fort bien logée, et les officiers ne manquent pas de moyens de rompre la monotonie de leur existence officielle, soit par des divertissements sociaux, soit par des occupations littéraires ou scientifiques: car la garnison possède une magnifique bibliothèque créée, maintenue et successivement enrichie, à l'aide de légères retenues faites sur les appointements des officiers. Cette bibliothèque occupe un édifice assez considérable, orné d'un beau jardin. Les ouvrages se trouvent groupés selon les différentes branches de science ou de littérature auxquelles ils se rapportent ; ils n'occupent pas moins de sept salons spacieux, distribués en deux étages; le bibliothécaire m'apprit que le total des ouvrages se monte à 40000 volumes. Bien que la bibliothèque appartienne exclusivement aux officiers de la garnison, le public peut aisément en profiter par l'entremise de ces derniers.
Un très beau modèle en relief qui se trouve dans l'une des salles du second étage, donne une idée précise de la configuration de la montagne, ainsi que de la position de tous les forts et de la ville même. Excepté cette bibliothèque, il y a celle de la ville qui, au reste, est beaucoup moins riche; enfin, il y a un club très bien organisé.
Les promenades et les places publiques se trouvent de temps à autre animées par la musique militaire, généralement excellente; je m'empresse d'autant plus de rendre cette justice aux talents artistiques de la garnison, que je ne puis guère en dire autant de la musique qui chaque soir accompagne la retraite. C'est une formidable explosion de fifres et de tambours, rappelant par leur assourdissante sonorité et leur dissonance la musique turque, sans même posséder le mérite d'un caractère militaire quelconque, car tout ce tintamarre ne reproduit sou-
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vent d 'autre motif que l'air de : Put me in my Utile bed , ce qui assurément doit faire le bonheur des bonnes et des nourrices anglaises de Gibraltar.
Le climat de Gibraltar est fort doux : il résulte des observa-
banc, et occupé à faire un croquis de la vue magnifique que présente ici le golfe : les maisons blanches d'Algésiras. d'un côté, et de l'autre les montagnes africaines bordant l'horizon au sud, montagnes parmi lesquelles se dressent celle des Singes (Ape Mountain), nommée ainsi à cause du grand nombre de ces animaux qui l'habitent. Lord Neaper est un homme à tenue militaire, mais à manières aristocratiques ; il ne parle qu'avec beaucoup de réserve et de modestie de tout ce qui touche à sa longue et honorable carrière militaire.
La veille de notre départ de Gibraltar, des placards affichés dans les rues annonçaient des courses de chevaux. Croyant que c'était là une précieuse occasion de voir réunis les représentants des célèbres races de l'Arabie, de l'Andalousie et de l'Angleterre, je m'empressai de me rendre sur les lieux pour jouir de ce curieux spectacle; mais quel ne fut pas mon désappointement lorsque, après avoir parcouru sous un soleil ardent la grande plaine aride qui constitue le terrain neutre entre Gibraltar et l'Espagne, je ne vis qu'une agglomération de tuniques rouges, surmontées du casque blanc indien , puis quelques tentes, et enfin, un petit nombre de modestes véhicules qui avaient transporté des habitants de Gibraltar, le tout groupé le long d'un espace délimité par deux cordes et où de temps à autre apparaissaient quelques cavaliers revêtus du costume de jockey, mais qui n'étaient que des officiers de la garnison. C'est également à ces derniers qu'appartenaient les chevaux assez médiocres que montaient les prétendus jockey. Évidemment, il ne s'agissait que d'un divertissement de garnison, limité exclusivement à ses membres, à l'exclusion de tout élément étranger; c'était trop anglais pour y laisser voir un caractère local du Midi, et pas assez anglais pour être comparé à des races faites en Angleterre. En un mot, la fête hippique de Gibraltar a été pour moi un complet désappointement, ainsi qu'elle devait nécessairement l'être pour ceux qui, comme moi, s'étaient attendus à une fête internationale, rendue si aisément splendide par les éléments variés dont une telle fête aurait pu disposer.