INTRODUCTION RÉCENTE DU CHAMEAU EN AFRIQUE
siècle de notre ère, Procope signale une impression |sémblable ressentie par la cavalerie romaine à la vue des chameaux qui figuraient dans l'armée des Maures; et ce qui est fort remarquable, c'est que Glycas, qui vivait au douzième siècle, reproduit dans ses Annales les récits d'Hérodote et de Xénophon sur le combat de Sardes, sans la moindre observation relativement à un désaccord' quelconque entre ce fait et les habitudes et mœurs de ces animaux à l'époque 011 écrivait l'annaliste byzantin ; cela semblerait annoncer que , même au douzième siècle, le chameau n'avait pas encore acquis dans l'Orient celte parfaite indifférence qu'il y éprouve aujourd'hui pour les chevaux, avec lesquels il est fréquemment placé dans la même écurie, ainsi que j'ai pu plus d'une fois m'en assurer par ma propre expérience.
M. F. Fuchs cite les témoignages d'Hérodote et de Pline, ainsi que de curieuses sculptures anciennes, pour prouver qu'à une époque historique, le nord de l'Afrique nourrissait des éléphants, des rhinocéros, des girafes et, ce qui est plus significatif, des crocodiles, puisque ces amphibies supposent l'existence d'artères fluviatiles intarissables. La disparition de tous ces animaux ne saurait être attribuée à l'action de l'homme, mais bien à des modifications dans les conditions climatériques, notamment à l'accroissement de la sécheresse atmosphérique, fait qui également peut seul expliquer l'introduction si tardive du chameau dans le nord de l'Afrique, ainsi que la disparition de l'éléphant. Aussi M. Fuchs fait observer qu'aujourd'hui encore, en Asie comme en Afrique, l'extension de l'éléphant exclue celle du chameau et vice versas en sorte que dans la vallée supérieure du Nil, là où l'éléphant prospère, le chameau dépérit malgré tous les efforts 'de l'homme.
Bien que j?aie cru devoir me borner à des considérations très générales sur le caractère végétal de l'Algérie, je ne voudrais pas quitter ce sujet sans vous soumettre quelques observations sur celles des espèces végétales qui ont une importance pratique toute particulière, notamment sur les essences forestières, les céréales, l'alfa, etc.
Malgré les ravages qui depuis des siècles ont dévasté l'Algérie, c'est encore une contrée riche en forêts. M. C. Guy l évalue la surface occupée par les forêts à 2257272 hectares, ce qui représenterait environ la quinzième partie de la surface totale de l'Algérie (34 millions d'hectares). Voici comment, selon M. C. Guy, la surface occupée par les forêts se décompose sous le point de vue des essences :
Pin dWlep 693830 hectares.
Cèdres 31 650 —
Chêne vert 554 655 —
Chêne-liège 483 71 1 —
Chêne Mirbeke^w) 96005 —
Essences diverses 397 403 —
Cette surface boisée est assez inégalement répartie dans les trois départements: celui de Constantine est le pins richement partagé; il compte 1 117 777 hectares, formés surtout par les immenses forêts de la Calle, les bois des Beni-Salak et de l'Edough, les forêts de Batna, de Frudeik et de Djidjilli; vient ensuite le département d'Oran qui en possède 681 580 hectares, et puis le département d'Alger dont la constitution forestière s'exprime par 451 215 hectares9.
Ces chiffres suffisent pour constater l'importance des ressources forestières que possède l'Algérie. Malheureusement, elles se trouvent menacées par un danger sérieux, celui des incendies qui ne cessent de ravager les plus belles forêts du pays et dont j'ai été dans le cas de voir moi-même de nombreuses traces, comme je vous les ai signalées dans mes lettres. Le mal est d'autant plus grave qu'il est difficile d'en constater toujours les auteurs, eu sorte que les mesures em-
1. L'Algérie; agriculture, industrie, commerce, p. 102. L'ouvrage publié sous ce litre à Alger en 1876, est un recueil très important et d'un caractère d'autant plus authentique, qu'en sa qualité de contrôleur des douanes, M. Guy a pu puiser toutes ces données aux sources officielles.