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INCENDIES DES FORÊTS EN ALGÉRIE

ployées par le gouvernement ont de la peine à atteindre un ennemi mystérieux ou insaisissable. Aussi, depuis bien des années déjà, cette importante question est l'objet d'études et d'investigations, tant de la part du gouvernement que de la part des organes de la publicité, au point qu'on pourrait presque composer une petite bibliothèque d'écrits publiés sur ce sujet. Parmi ces nombreux écrits, mérite d'être cité le travail de M. George Gravius1; quoique déjà ancien il renferme beaucoup de données auxquelles la position officielle de l'auteur donne une valeur particulière, car il avait été chef du bureau arabe à Jamappes. Or, il résulte du travail de M. Gravius, que bien des incendies doivent être positivement attribués à la malveillance des Arabes. Il cite à l'appui de son assertion plusieurs incendies portant trop évidemment le cachet d'un plan prémédité pour qu'on puisse en douter; tel fut entre autres l'incendie qui en 1863 détruisit une forêt de chêne-liège ayant de 1000 à 1500 hectares; l'opération s'accomplit en quarantehuit heures, grâce aux habiles dispositions prises par les incendiaires qui eurent soin de répartir les substances combustibles sur différents points de la forêt en établissant deux lignes de bataille, dont l'une était placée sous le vent du sud et l'autre sous la brise de nord-est. M. Gravius rapporte beaucoup d'autres exemples de semblables organisations incendiaires vraiment infernales, qu'il qualifie de batteries incendiaires ayant pour but de produire la combustion la plus rapide et la plus complète des forêts ainsi attaquées. En un mot, M. Gravius démontra par des arguments irréfragables, souvent basés sur les dépositions et les déclarations officielles des kaïds et cheiks, qu'indépendamment des incendies causés involontairement, surtout par la déplorable habitude des Arabes de défricher le sol en brûlant les broussailles ou les herbages qui le revêtent, les incendies prémédités et soigneusement organisés jouent en Algérie un rôle important, en sorte que le gouvernement ne saurait trop faire valoir les mesures préven-

i. Les incendies de forêts en Algérie. Constantine, 1866.

tives et les châtiments légaux applicables aux au leurs convainci s de tels délits1.

Depuis la publication du travail de M. Gravius, les incendies continuèrent leur œuvre destructive, car M. Guy* nous apprend qu'en 1873 pas moins de 177 ont ravagé 75313 hectares de bois, de broussailles et d'oliviers greffés. 11 est vrai qiie la loi du 17 juillet 1874 décréla, entre autres mesures, la responsabilité collective, mesure qui avait déjà été tentée par les Turcs sans avoir jamais eu une application sérieuse, et elle ne parait guère avoir beaucoup plus d'effet sous le régime français ; du moins c'est là ce que semble prouver le rapport3 de la commission nommée par le comice agricole deBone au sujet de la dévastation des forêts de chêne-liège et d'olivier. Ce rapport déclare que plus de la moitié de la surface occupée en Algérie par le chêne-liège a été dévastée soit par les incendies, soit par l'abattage abusif des arbres, uniquement dans le but d'obtenir Técorce mère, soit enfln par la destruction d'une énorme quantité de cette essence en faveur de l'extraction du tannin, industrie qui ne profile même pas à la France, car le tannin d'Algérie est exclusivement exporté en Angleterre et en Italie; ainsi, depuis 1870 jusqu'à 1877, Miilippeville et Bone n'exportèrent pas moins de 43485800kilogr. de tannin, ce qui

1. L'Algérie n'est malheureusement pas Je seul pays où les forêts subissent une effroyable destruction, sinon par la malveillance, du moins par les préjugés, l'incurie ou l'ignorance de l'homme. Ainsi, M, le docteur Arzruni qui vient de visiter (en 1879) la partie centrale delà chaîne de l'Oural (Russie) nous apprend (Verhandl. der Gcsellsch. fur Erdk. zu Berlin, v. VI, p. 373) que souvent les habitants mettent le feu aux forêts, afin d'obtenir un soi plus riche pour l'agriculture ou le pâturage, et il nous rapporte que ce fut de celte manière que dans le seul district de Seyssert disparut tout récemment une forêt qui occupait environ quatre lieues carrées. Au reste, la destruction des forêts s'est pratiquée dans l'antiquité sur une échelle infiniment plus grande que tout ce que nous pouvons voir aujourd'hui. Dans mon édition française de ja Végétation du globe par Grisebach, j'ai réuni dans une note (v. I, p. 450) quelques données curieuses sur les dévastations de cette nature eu Asie Mineure.

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