‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 204 sur 285 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

grenier de Rome; l'engrais était inconnu et l'Arabe amendait le sol en incendiant les broussailles. C'est depuis 1850 que l'Algérie a revêtu le caractère constituant sa véritable physionomie providentielle. Jusqu'à 1840, la culture des céréales avançait lentement, mais à dater de 1844 la marche devint rapidement progressive. Eu 1850 on ne comptait encore que 20142 hectares consacrés aux céréales et plantes potagères ; en 1875 ces cultures occupaient déjà 3 millions d'hectares, c'est-à-dire presque la dixième partie de la surface totale de l'Algérie. Quoique les céréales et les plantes potagères aient commencé à être exportées seulement en 1871, déjà en 1876 l'exportation des céréales seule acquit une valeur de 49177536 francs, celle des légumes et fruits de 6700977 ; en sorte que le total des substances alimentaires exportées représentait une valeur de plus de 75 millions de francs, et parmi ces substances il en est qui dans leur mouvement commercial, ont suivi une marche prodigieusement ascendante; tel est notamment le cas pour les oranges dont Marseille recevait en 1836 8000 kilogrammes, tandis qu'en 1878 l'Algérie lui en envoya 1 650 286 kilogrammes; il en résulte que dans le courant de quarante-deux années l'exportation des oranges algériennes a plus de deux fois centuplé.

Et cependant l'étendue du terrain cultivé aujourd'hui constitue qu'une fraction de celui resté encore intacte et qui, sur plusieurs points de P Algérie, occupe de vastes surfaces, souvent complètement revêtues de touffes de palmier nain, plante qui cessera d'être un embarras pour l'agriculteur, grâce au procédé aussi simple qu'efGcace, découvert par M. Vignan, chef du génie de la division de Tlemcen; ce procédé, comme nous l'apprend M. Gosson1, consiste en copieuses irrigations dérivées des cours d'eau voisins; c'est par ce moyen que dans le territoire des Hadji-Roum, en moins de deux ans, les souches vigoureuses du Palmier naiu ont été détruites et converties en un humus abondant, et le défrichement pratiqué ensuite à peu

1. Cosson, Rapport sur le voyage botanique en Afrique, d'Or an au Chottel-Thangui, p. 38-41 .

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de frais, a converti en terres d'une grande fertilité des terrains qui sans ce moyen n'eussent pu être mis en culture sans dépenses considérables.

La culture de la vigne, de l'olivier et du tabac, indiquée par la nature même du pays, est encore loin de réaliser les conditions favorables qu'il lui offre, car la vigne n'occupe qu'une surface de 20000 hectares et l'olivier de 35000; néanmoins l'un et l'autre ont déjà commencé à fournir leurs contingents à l'exportation, en suivant une marche rapidement progressive. Ainsi en 1871, la première exportation des vins algériens se monta à 1359 hectolitres, tandis qu'en 1874 elle atteignit le chiffre de 13063 hectolitres. L'huile d'olive avait été exportée pour la première fois en 1840 à raison de 3753 kilogrammes, et bien que les années suivantes eussent offert des chiffres très inégaux variant entre 1 et 7 millions de kilogrammes, cependant Tannée 1874 qui compte au nombre des moins productives, avait fourni à l'exportation 1472704 kilogrammes d'huile; il va sans dire que les quantités d'huile exportées constituent une fraction minime de la production totale des olives, car celle-ci était en 1876 de 96 millions de kilogrammes. D'autre part, le tabac dont la culture est encore très peu développée et n'embrasse que 7141 hectares, commence aussi â être exporté, et en 1874 l'exportation fut de plus de 4 millions de kilogrammes.

Parmi les produits végétaux de l'Algérie, la graminée (Stipa ou Macrochloa ienacissima) connue sous le nom d'alfa ou sparte, joue un rôle de premier ordre comme article de commerce. Elle n'occupe pas moins de 14 millions d'hectares et est tellement caractéristique pour la région des hauts plateaux que, comme le dit M. Cosson, l'aspect général du pays constituant cette région est celui d'une immense prairie d'alfa. Déjà les anciens avaient été frappés par l'immense développement qu'offrait cette graminée en Espagne comme en Afrique, et Pline4 qui la désigne sous le nom de Sparia dit qu'elle est em-

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