MARCHE PROGRESSIVE DE L'INDUSTRIE ET DU COMMERCE
tableaux donnés par M. Guy du mouvement commercial depuis 1840 jusqu'à 1874. Or, ces tableaux font voir que, depuis vingtquatre années, l'exportation de tous les articles a décuplé, et dans quelques-uns l'accroissement a été dans les proportions de 1 à 20. Il en résulte que la marche ascendante de l'exportation, ainsi que de l'importation, a atteint des proportions vraiment surprenantes, déjà indiquées par M. Guy et tout récemment confirmées par le général Cbauzy qui, dans son discours prononcé au Sénat (séance du 19 mars 1878), résume ces faits de la manière suivante : « En 1850, l'exportation moyenne était de 3 millions de francs; de 1850 à 1870, elle s'est élevée à 50 millions; de 1870 à 1876, elle a atteint 150 millions; en 1876, l'exportation a été de 166500000 francs, et l'importation de 213 millions. Le total des transactions est donc de 380 millions. Enfin, pour vous fixer par un chiffre d'ensemble qui vous frappera, de 1840 à 1877 les transactions entre la France et l'Algérie se sont élevées à 7 millards 232 millions. » La marche constamment progressive que présentent en Algérie toutes les branches de l'industrie nationale, doit nécessairement faire supposer un développement analogue des travaux d'utilité publique et des mesures tutélaires du gouvernement; car de tels progrès dans le mouvement industriel sont impossibles sans voies de communication, sécurité, garanties de l'indépendance individuelle, multiplication de centres de population européenne et enfin organisation de l'instruction publique. Or, c'est en effet ce qui a lieu, car, sous tous ces rapports, l'Algérie a marché à pas de géant. Au reste, pour le prouver, il suffirait de vous rappeler ce que dans mes lettres j'ai eu si souvent l'occasion de vous dire, en vous signalant le vaste réseau de routes et de ponts embrassant la surface du pays, les nombreuses voitures publiques qui le traversent en sens divers, la parfaite sécurité qui y règne partout et pourrait servir de modèle à bien des pays de l'Europe, tels que l'Italie, l'Espagne et la Grèce, l'application impartiale des lois aux populations de toute race et de toute croyance, enfin le remarquable esprit de tolérance religieuse bien plus largement
et plus rigoureusement exercé que dans la plupart des États européens les plus civilisés. Aussi, sans revenir sur ce sujet, me contenterai-je de reproduire ici quelques chiffres relatifs aux principaux travaux publics exécutés en Algérie par le gouvernement français, chiffres que j'emprunterai aux données officielles contenues dans le discours précédemment mentionné du général Chanzy, ainsi qu'à la brochure récemment publiée par M. E. Neveu-Derotefie sous le titre de Notice sur les fravaux publics de r Algérie. Or, voici comment se groupent ces travaux :
650 kilomètres de chemin de fer en exploitation ; 700 kilomètres en construction ; 2265 kilomètres proposés par la Commission : ce qui formera, dans un avenir peu éloigné, 3615 kilomètres de chemin de fer. Enfin, 7267 kilomètres de routes et chemins de grande communication livrés à la circulation.
Réseau télégraphique de 5600 kilomètres desservi par 216 stations.
15 ponts construits ou en achèvement.
43 phares allumés de Rachgou à la Calle.
Arrosages pratiqués déjà ou en voie d'organisation, sur une superficie de plus de 50000 hectares.
Puits artésiens forés dans le Sahara, faisant jaillir du sol plus de 25 000 mètres cubes par jour.
Plus de 5 millions et demi de francs de dépenses consacrées à l'assainissement des parties marécageuses du territoire.
Fondation de plusieurs villes particulièrement florissantes, telles que Philippeville, Roufarik, Sidi-bel-Abbès, Fort-National, etc. Construction de 504 villages peuplés de colons européens.
Enfin, quant à l'organisation de l'instruction publique, il suffira de reproduire ces paroles prononcées par le général Chanzy devant le Sénat : « Je le dis avec fierté pour l'Algérie, elle occupe déjà (sous le rapport de l'instruction publique) un des premiers rangs parmi les nations les plus avancées de l'Europe, car on compte 3347 élèves européens dans les écoles d'enseignement secondaire, 66 340 dans les écoles primaires; 210 musulmans sont instruits dans les lycées ou collèges, 2130 suivent les cours des écoles mixtes. » Ces chiffres sont, certes, extrêmement satisfaisants, surtout en ce qui concerne la population européenne (353 639), qui, à elle seule, posséderait 69687 étudiants, ce qui donnerait une proportion