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ÉTAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

d'environ 17 pour 100. Il est vrai, la population indigène (2 868977) serait, sous ce rapport, dans des conditions bien moins favorables, puisqu'elle ne posséderait que 2340 étudiants, mais lorsque l'on considère que c'est seulement depuis trente années environ que l'occupation française jouit des bienfaits de la paix et de l'ordre, après de longues luttes acharnées avec une population fanatique, ce chiffre des étudiants arabes, si limité en apparence, doit plutôt paraître comme un témoignage très rassurant de la confiance que les institutions scolaires, dirigées par des chrétiens, inspirent aux Arabes, puisqu'ils consentent à y envoyer leurs enfants; le premier pas était le plus difficile et le plus décisif, et ce pas a été franchi.

Un autre preuve que la population arabe a confiance dans l'état actuel des choses, c'est que, loin de diminuer, elle augmente, car, depuis les recensements faits en 1872 et en 1876, la population musulmane s'est accrue de 335 000 âmes, la population française de 67 740 et la population européenne étrangère de plus de 43000, ce qui donne un accroissement total de 445 740 dans le court espace de cinq années. En 1876, le total de la population (l'armée non comprise) de l'Algérie comptait 2 868977 habitants, dont 353639 Européens.

Le Moniteur de t Algérie du 10 janvier 1877 fournit des données assez curieuses sur la marche suivie pendant la période quinquennale (1872-1876) par la population européenne. Selon ce journal, généralement bien informé, le mouvement progressif de la population européenne étrangère est beaucoup plus rapide que celui de la population française, car, tandis qu'en 1872 la première était numériquement inférieure à la seconde, en 1876 les deux éléments se trouvaient au pair (excepté l'élément juif qui était en décroissance). Le Moniteur fait à cette occasion l'observation suivante : « Si les proportions des augmentations constatées dans les quatre années se maintiennent pendant dix ans, et rien ne doit faire supposer que le contraire arrivera, les Français, en 1887, atteindront le chiffre de 221 000 âmes, tandis que la population étrangère se chiffrera par 250 000 âmes. Cette progression ira toujours en croissant,

et l'on doit prévoir une époque peu éloignée où le chiffre des Français d'Algérie serait dans une fâcheuse disproportion avec celui des résidents étrangers. »

Je ne crois pas que le fait prévu par le Moniteur ail rien de fâcheux. L'Algérie est assez vaste et assez fertile pour admettre une population double et même triple de celle qui l'habile aujourd'hui, et il est indifférent que ses ressources agricoles ou industrielles soient exploitées par des Français ou des étrangers; car, soumis aux mêmes lois et supportant les mêmes charges, ces derniers contribuent autant que les Français au développement des richesses nationales, ^'ailleurs, l'affluence des étrangers témoigne de la confiance que le pays leur inspire et l'on ne saurait que se féliciter de les voir se multiplier, d'autant plus que de tous les pays de l'Europe, la France fournira toujours le contingent le moins considérable aux émigrations dans quelque pays que ce soit, parce que les conditions, exceptionnellement favorables, dont jouissent ses habitants, les rendent peu disposés à chercher ailleurs ce qu'ils trouvent chez eux; tandis que, dans tant d'autres contrées gênées, soit par la surabondance de la population, comme l'Angleterre ou la Suisse, soit par des impositions écrasantes, comme celles qui, en Italie, enlèvent au propriétaire foncier presque la moitié de son revenu, il y aura toujours beaucoup d'individus trouvant tout à gagner et peu à perdre, en mettant leur activité au service d'un pays placé, au seuil de l'Europe, sous un ciel magnifique, riche en terrain vierge, n'attendant que la main de l'homme pour lui offrir ses trésors, et régi par une administration éclairée qui, en retour de son efficace et paternelle protection, ne demande aux citoyens qu'une part très modérée de leurs bénéfices. C'est là ce qui fera toujours affluer vers l'Algérie plus d'étrangers que de Français, et imprimera à cette belle colonie un caractère cosmopolite, pouvant avoir ses inconvénients, mais qu'on est forcé d'accepter comme une inévitable nécessité.

L'ébauche que je viens de tracer de l'état actuel de l'Algérie suffit pour faire apprécier l'importance présentée par bette

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