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South Africa. London

CRITIQUES DE M. ROHLFS. 461

souvent recours, en sorte que, en moins de quatre ans, quarante* sept tribunaux nationaux ont pu être supprimés; il est donc probable que le moment n'est pas éloigné où la législation française sera appliquée sinon à la totalité, du moins à la majorité de la population arabe, qui l'acceptera d'autant plus aisément qu'elle en aura mieux constaté les avantages, car ce que les Arabes apprécient surtout dans la justice française c'est son impartialité et son humanité, qualités qu'ils sont bien loin de prendre pour de la faiblesse, ainsi que le pense M. Rohlfs. Au contraire, on a plutôt reproché au gouvernement français d'avoir traité les Arabes avec trop de rigueur après la répression de l'insurrection en 1871, attendu que, non seulement toute la population indigène a été désarmée avec défense de porter une arme quelconque, ce qui est l'humiliation la plus grande qu'on puisse infliger à des Orientaux, mais encore on leur enleva 370000 hectares des meilleures terres du pays; de plus, les tribus révoltées ont dû payer 36 millions de francs de contribution de guerre; enfin, certaines tribus, auxquelles il a fallu laisser une fraction de leur territoire pour leur permettre de vivre, ont dû racheter ces terrains au prix de soultes qui s'élevèrent à 8700000 francs employés exclusivement au développement de la colonisation; sur cette somme plus de 5 millions ont déjà été versés.

Voilà, certes, de curieux exemples de longanimité et de charité que M. Rohlfs reproche aux Français et qui, selon lui, les discréditèrent aux yeux des Arabes. Mais pour M. Rohlfs, c'est déjà un acte de faiblesse de la part du gouvernement, que de souffrir des tentes arabes aux portes d'Alger et de ne pas refouler les indigènes dans le fond du désert. Au reste, quant aux tentes des nomades qui scandalisent tant M. Rohlfs, j'avoue que je n'ai jamais été dans le cas d'en voir, pas plus autour d'Alger que dans la proximité immédiate d'une ville ou même d'un village algérien quelconque. Presque partout où les Arabes se trouvent à côté des Européens, ils habitent des maisons comme ces derniers, et si parfois on découvre, en dehors d'une ville ou d'un village, quelques huttes ou tentes arabes ou kabyles,

le plus souvent elles ne sont occupées que par les classes pauvres des indigènes qui, n'ayant pas encore les moyens de se procurer l'abri solide d'un toit, se dévouent provisoirement au service des chrétiens en les assistant dans leurs travaux ruraux; ce sont donc des hommes non seulement inoffensifs, mais laborieux et utiles; ils ne rappellent en rien les Indiens dont parle M. Rohlfs, et que, sans doute, les Américains ont raison de ne point souffrir dans leur voisinage, car les aimables habitants des wigwams viennent pour scalper les crânes humains et non pour labourer la terre.

En parlant des Arabes comme d'indomptables sauvages, on oublie trop souvent qu'il s'agit d'une des races les mieux douées et lçs plus susceptibles de civilisation parmi toutes celles qui existent sur notre globe; on oublie que, tandis que les peuples de l'Europe eurent besoin de l'action bienfaisante du christianisme pour entrer dans la voie de la civilisation, les Arabes y ont précédé les chrétiens, à Bagdad, en Sicile et surtout en Espagne, malgré les entraves que l'islamisme semble imposer au développement intellectuel, entraves dont, en effet, il a paralysé tant d'autres peuples soumis à la loi de Mahomet, tels que les Turcs, qui, en tous lieux et toujours, n'ont marqué leur passage que par la destruction et le massacre, et n'ont su régner pendant des siècles sur les régions les plus belles et les plus civilisées, qu'après les avoir converties en ruines et déserts. Il est donc assez singulier qu'on veuille traiter une race qui jadis a civilisé les chrétiens, comme incapable aujourd'hui de s'assimiler à ces derniers, surtout lorsque bien des considérations tendent à prouver que cette assimilation commence déjà à se manifester, ainsi que cela résulte, je crois, des faits nombreux mentionnés dans mes lettres, sans parler des exemples de cette assimilation que présentent quelques pays, où elle s'est développée à la suite d'un contact prolongé entre les chrétiens et les musulmans. Parmi ces exemples, je ne citerai que ceux produits par M. D. Mackensie Wallace dans le remarquable ouvrage qu'il a publié sur la Russie. Or, cet écrivain, aussi bien renseigné qu'impartial, parle avec étonnement de la parfaite

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