CHANCES D'ASSIMILATION DES ARABES
harmonie qui, dans certains villages de cet empire, règne entre les Russes et les musulmans, au point que plusieurs communes placent à leur tête tantôt un Tartar, tantôt un Russe, et il ajoute qu'il avait vu lui-même, dans un de ces villages les ouvriers tarlars prendre une part active à la réparation d'une église russe. Je me rappelle également avoir vu plus d'un fait de cette nature dans certains village de la Sibérie, où les Russes vivent avec les Kirghizes dans une communauté tellement parfaite, qu'on ne se serait jamais douté que ces derniers professent l'islamisme1.
Sans doute, de tels résultats n'ont commencé à se manifester en Russie qu'au bout de plusieurs siècles, et il est donc évident que dans l'Algérie aussi , l'œuvre de l'assimilation est avant tout une question de temps et ne peut se développer que progressivement. Comme ailleurs, elle doit y être la conséquence nécessaire, mais spontanée, de l'action civilisatrice exercée par l'élément chrétien sur l'élément arabe, action favorisée par le contact de plus en plus intime et multiple entre les deux races, aussi bien que par leur conûance dans la stabilité et l'esprit
1. Dans son travail sur l'islamisme, inséré dans les Litterary remains of the late Em. Deutch, le savant israélite fait admirablement ressortir le côté moral du Koran, et démontre que l'islamisme, tel qu'il est formulé dans ce code religieux, et non tel qu'il a élé défiguré par les fanatiques qui prétendaient agir en son nom, n'offre absolument rien d'incompatible avec le christianisme libéral et les principes de la civilisation et de la liberté, il en résulte donc que le contraste entre la haute civilisation des Arabes au moyen âge et la constante barbarie de leurs coreligionnaires ottomans ne tient pas à la religiou, mais est plutôt une question de race. Emmanuel Deutch fait un tableau animé et fort intéressant de l'état où se trouvait l'Espagne jusqu'à la chute de Grenade, c chute, dit-il, qui sera à jamais déplorée dans l'histoire de l'Espagne, sinon dans celle de l'humanité ». De môme, il signale l'ère de civilisation et de richesse qui fut inaugurée en Sicile depuis l'époque (neuvième siècle) de la domination arabe : < l'âge d'or de Hiéron de Syracuse semblait y être revenu ». La transformation opérée dans ce pays fut telle, que longtemps après la conquête de la Sicile par les chrétiens, les nouveaux souverains ne faisaient qu'imiter les Arabes, c Les palais des souverains chrétiens, dit E. Deutch (p. 461), ne furent point inaugurés au nom de la Trinité, mais au nom d'Allah le miséricordieux, le charitable. Le roi Roger était tellement frappé de la supériorité de ses sujets arabes sur ses sujets chrétiens, qu'il défendit aux premiers d'embrasser le christianisme. >
pratique du gouvernement; tout ce qui ébranle cette confiance entrave le mouvement progressif, ainsi que cela eut lieu lorsque, cédant à une utopie généreuse, l'empereur Napoléon III voulut établir son fantasque empire arabe. Les diverses mesures qui, à cette époque, furent successivement prises et révoquées, telles que les décrets qui temporairement affranchirent les tribunaux arabes du contrôle des autorités françaises ou instituèrent et révoquèrent tour à tour le ministère de l'Algérie, marquent dans l'histoire du pays une fâcheuse époque d'arrêt, ou même un mouvement rétrograde. Ce ne fut qu'après cette période malheureusement trop longue de tâtonnements et de tergiversations, que l'Algérie est rentrée dans la voie normale du progrès, dans la voie d'évolution spontanée au lieu d'impulsions factices, et l'administration du général Chanzy a énormément contribué à amener cet heureux résultat. Grâce à son action éclairée et efficace, l'administration de PÀlgérie revêt de plus en plus le caractère du régime civil, en sorte qu'on peut dire qu'aujourd'hui les trois départements qui constituent l'Algérie (Oran, Alger et Constantine) jouissent d'une administration parfaitement analogue à celle des départements français, administration qui tend de plus en plus à embrasser également la partie de la population arabe qui constitue (du moins en grande majorité) ce qu'on appelle les communes mixtes. Or ces communes sont encore provisoirement soumises à l'administration militaire confiée aux généraux commandant les trois divisions, et qui ont auprès d'eux des bureaux civils et des bureaux indigènes, organisation destinée à préparer la population indigène à l'avènement du régime municipal complet, dès qu'elle pourra être annexée au territoire du droit commun. C'est aux autorités éclairées et impartiales à signaler le moment opportun et utile; mais il y aurait du danger peut-être à trop précipiter l'époque où une population indigène d'environ un million et demi, encore placée sous la tutelle militaire, doit passer au régime qui administre les Européens; car malgré toutes les assertions suggérées par la crainte exagérée du césarisme, il est impossible de ne pas se convaincre sur les lieux