AVANTAGES DE L'ADMINISTRATION MILITAIRE
mêmes, que la plupart de ces populations sont loin d'être assez avancées pour accepter avec profit et même avec satisfaction un tel changement. En effet, en visitant plusieurs de ces communes mixtes, surtout celles situées dans la Kabylie, j'ai été frappé de la facilité et de la régularité avec lesquelles fonctionnent les rouages si simples de l'administration militaire, et combien un tel régime répond mieux aux habitudes patriarcales de ces peuples que la machine compliquée du régime civil. Ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, le fort National1, se dressant comme une citadelle au milieu des montagnards kabyles, dont les troupes françaises eurent tant de peine à briser l'esprit belliqueux et les instincts d'indépendance sauvage, ne peut être occupé que par un commandant militaire qui, aidé de son conseil, suffit complètement à toutes les exigences administratives et judiciaires, tout en maintenant ce prestige extérieur auquel sont si sensibles les peuples peu civilisés en général et les Orientaux en particulier. En y multipliant les employés en frac noir et à cravate blanche, on ne ferait que grossir inutilement le nombre des fonctionnaires, dont le chiffre en Algérie n'est malheureusement que trop élevé. Je le répète, ces conditions ne sont que transitoires et destinées à faire place à l'état normal des choses, mais je crois que pendant quelques années encore cet heureux changement ne pourra s'opérer, et ce sera seulement quand la colonie algérienne aura réalisé sa véritable mission providentielle, celle de représenter une association d'éléments chrétiens et arabes, vivant sous la même loi, jouissant des mêmes droits sociaux et politiques et marchant de concert dans la voie de la prospérité nationale.
C'est là sans doute l'idéal que doit se proposer toute œuvre de colonisation. Nous avons vu comment cette œuvre a été inaugurée et développée en Algérie, et, dès lors, il serait intéressant de savoir dans quelle mesure d'autres peuples se sont acquittés de cette tâche difficile. Afin d'avoir un terme de comparaison placé assez haut pour qu'il y ait mérite à l'égaler et rien de dé-
i. Voy. Lettre X, p. 175.
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courageant à demeurer au-dessous, je choisirai le peuple le plus renommé pour son esprit de colonisation, créateur de la plus vaste colonie qui jamais ait été possédée par une nation quelconque, notamment de la colonie des Indes britanniques. S'il y a des contrées difficiles à étudier, faute de renseignements suffisants, le contraire a lieu pour les Indes britanniques, car ici c'est l'abondance et surtout la diversité des matériaux qui embarrassent l'étude. En effet, non seulement les ouvrages qui ont paru dans toutes les langues et dans tous les pays sur cette intéressante contrée sont tellement nombreux, que la vie d'un homme suffirait à peine pour les connaître tous, mais encore plusieursdesdocuments publiés par le gouvernement britannique ont été l'objet de tant d'appréciations divergentes, selon les partis, politiques des appréciateurs, qu'il n'est pas toujours aisé d'en dégager des résultats positifs. Quoi qu'il en puisse être, on n'a aucune raison de ne pas accepter avec confiance les rapports présentés annuellement au Parlement sur les progrès moraux et matériels de l'Inde (Annual report on the moral and material progrès of India). Or, chacun de ces rapports, et notamment celui du 12 octobre 1876 embrassant la période comprise entre 1874-1875, prouve la marche rapidement progressive des populations indiennes. On peut admettre, en général, que depuis la révocation de la Compagnie, la machine administrative, les travaux et l'instruction publics y ont fait d'immenses progrès, grâce surtout aux lords Cornwallis et Dalhousie. Ce dernier organisa l'instruction publique dans un esprit éminemment européen, car, non seulement l'étude de l'anglais fut introduite dans les établissements supérieurs, mais encore les trois universités de Calcutta, de Bombay et de Madras furent établies sur le même plan que l'université de Londres, et chargées de la direction des collèges et des écoles inférieures. Aussi, en 1874, l'Inde britannique comptait plus de 40000 écoles, avec une population scolaire de 1 280 940 enfants ; et le budget de l'instruction publique qui, en 1853, ne dépassait guère 200000 francs, déjà, en 1856, s'élevait à 2 500000 francs et atteint aujourd'hui au delà de 20 millions de francs. Les tra-