PROGRÈS ACCOMPLIS DANS LES INDES BRITANNIQUES
vaux publics ont suivi la même marche progressive, et, selon M. W. Thornton (Indian public works, London, 1875), en vingt-quatre années on leur avait consacré 4 milliards de francs. Le rapport officiel sur les chemins de fer dans l'Inde pour l'annéel875, nous apprend que le réseau mesure 6273 milles, soit environ 10000 kilomètres, et l'ensemble des capitaux consacrés à ce réseau par les différentes compagnies s'élève à près de 2 milliards et demi. Le total des intérêts que l'État a dû payer en raison de sa garantie, dépasse actuellement 40 millions de francs.
Enfin, les derniers rapports du gouvernement indien constatent un accroissement rapide dans la production des minerais de fer et de la houille. Le district de Raueegung est tellement riche en houille que le rapport officiel dit : « 11 n'existe peutêtre point de localités dans le monde entier qui possède des dépôts de houille d'une telle puissance.» Déjà environ 44 mines sont en pleine exploitation dans ce district.
De plus, la culture du colon, du cinchona et du thé présente également des résultats très satisfaisants : ainsi le Times du 4 avril 1877 fait observer qu'il y a vingt ans les Indes britanniques ne possédaient que trois moulins à coton appartenant aux indigènes; aujourd'hui il y en 31 seulement dans l'Ile de Bombay [Bombay Island) et sous peu la présidence de Bombay possédera 50 moulins travaillés par mille ouvriers indigènes, en sorte que les Indiens sont à la veille de faire une sérieuse concurrence à Manchester.
Il y a trente ans, la culture du cinchona dans les Indes n'était encore que rêvée par Royl et Falconer ; aujourd'hui les Nilgherrees et Sizzim sont revêtues de forêts de cinchona. En 1850, la Compagnie des Indes commençait timidement quelques tentatives de culture de l'arbuste à thé, aujourd'hui l'Assam et autres parties des Indes menacent la Chine de la remplacer dans la production du thé. De même, les provinces anglaises de Birmah promettent une production illimitée d'excellent tabac.
Voilà le côté brillant de la médaille, mais en voici le revers,
preuve qu'un pays peut être doté de toutes les ressources de la civilisation moderne, posséder des tribunaux équitables, des fonctionnaires intègres, des chemins de fer, des manufactures, des écoles, elc, et malgré cela se trouver dans les conditions les moins satisfaisantes de prospérité réelle, et même, en dépit de ses richesses naturelles, être réduit à un véritable état de pauvreté. En effet, dans un travail remarquable sur les conditions financières de l'Inde ', M. le professeur Henry Fawcett trace un tableau bien sombre des ressources matérielles de l'Inde, en faisant observer que sous ce rapport l'Angleterre avait été pendant longtemps dans une funeste erreur, car elle s'était imaginée que l'Inde possédait des richesses inépuisables, tandis qu'une tardive expérience lui a fait enfin découvrir que c'est un pays extrêmement pauvre (an extreemely poor country), et dont la grande majorité de la population se trouve dans un tel état d'épuisement, que le gouvernement aurait à lutter avec des obstacles presque insurmontables, s'il devenait nécessaire d'augmenter le revenu par de nouvelles impositions.
Après avoir soumis à une critique approfondie les données officielles relatives aux recettes et aux dépenses annuelles du pays, M. Fawcett croit pouvoir admettre en moyenne une dépense annuellede 37 à 38 millions deliv.st. (925 à 950 millions de francs), à peine balancée par la recette ordinaire qui laisse annuellement un déficit d'environ 1 million de liv. st. (25 millions de francs). Les dépenses exceptionnelles sont causées particulièrement parles famines et les guerres. Dans le cours de douze années, il y eut quatre famines sérieuses qui, entre 1873 et 1878, ont coûté 16 millions de liv. st. (400 millions de francs), sans parler du chiffre des victimes humaines, chiffre qui paraîtrait fabuleux s'il n'était pas basé sur des données officielles, tel entre autres celui de 6 millions d'individus enlevés dans une seule année, et seulement dans les provinces de Mysore, Bombay et Madras, c'est-à-dire dans une contrée n'ayant à peu près
1. Fawcett, The financicU conditions of India, dans The Nineteenth century, an. 1879, p. 193.