GORGE HOYA. — PLAINE DE GRENADE
lieu de taillis d'orangers entremêlés de quelques dattiers, mais cette végétation tropicale disparatt près de la station Bogantès, où Ton entre dans uue magnifique contrée montagneuse.
C'est une succession de pics s'élançant comme des flèches, et des gouffres au fond desquels tantôt on aperçoit le Guadalquivir sous forme d'un ruban étincelant, tantôt on entend bouillonner les ondes du torrent invisible. Cette remarquable gorge, connue sous le nom de Hoya (gouffre, abtrae), constitue le défilé à travers la chaîne rattachant le massif de la Ronda à la chaîne d'Antiquerra , chaîne, qui est la prolongation occidentale de la Sierra Nevada. Le défilé de la Hoya offre une réunion de tableaux alpestres uniques en Espagne et même en Europe peut-être, car, s'il rivalise, sinon en altitude et en étendue, mais assurément en beauté et en hardiesse, avec les sites les plus grandioses de la Suisse, du Tyrol, de la Bavière, etc., il a sur ces derniers l'avantage d'être revêtu de tous les prestiges du ciel du Midi : point de solitudes glacées, point d'images de la nature morte ou languissante, car ici, dans le fond des vallées, on aperçoit l'olivier, et, à la hauteur considérable du défilé, la température était si douce, malgré la saison très avancée, que nous parcourûmes tous ces sites alpestres, les fenêtres de notre wagon largement ouvertes.
Après avoir franchi ce long défilé par des ponts et des tunnels nombreux, nous descendîmes à Bobadilla, et traversâmes une plaine où les oliviers ne tardèrent pas à reparaître. Nous fîmes d'abord quelques légères montées dans une contrée assez montagneuse mais peu boisée, puis nous parcourûmes une vallée où sur le sommet du massif montagneux qui la borde au nord, on aperçoit pittoresquement assise la petite ville de Loja entourée d'oliviers. C'est dans ces parages que nous vîmes pour la première fois les sommets blancs de la Sierra Nevada se projeter sur l'horizon, et ce beau massif devenait de plus en plus imposant à mesure que nous avancions.
Près d'illara (à un quart d'heure de Grenade) , on descend dans
la belle plainodeGrenadeproprementdite. Cette magnifique surface presque horizon taie, célèbre sous\enomdeVegadeGrenada, est trèsbien cultivée et ça et là revêtue de beaux taillis d'oliviers, parmi lesquels on aperçoit (quoique rarement près des villages) quelques orangers. Le sol noir est partout irrigué par les saignées fréquentes faites au Xenil, ainsi que par plusieurs ruisseaux.
là panorama de Grenade, avec la Sierra Nevada, se dessinant majestueusement au fond du tableau, a vraiment quelque chose de prestigieux, et cette impression produite par l'ensemble du tableau ne fait que se développer à mesure qu'on en découvre les détails, en gravissant la hauteur où domine l'Alhambra situé à un quart d'heure de marche de la ville. Aussi, ce n'est point dans cette dernière que les étrangers descendent, bien que les hôtels n'y manquent pas, c'est à l'Alhambra môme qu'ils se font transporter au sortir de l'embarcadère, et se hâtent de s'installer dans l'hôtel de Siete Suelos, ou dans celui de Washington, placés sur le seuil de l'Alhambra, comme des sentinelles vigilantes prélevant leurs droits sur les visiteurs du célèbre monument.
Nous choisîmes le premier de ces deux hôtels où j'avais déjà été il y a trente ans, et qui continuait à jouir de sa légitime renommée. Grâce à son admirable position, il nous sembla que les dix jours que nous l'habitâmes furent autant d'heures passées dans le féerique palais des Abencérages.
Cependant malgré ces études réitérées, mais qui me parurent toujours nouvelles, je ne vous fatiguerai point par la reproduction de détails tant de fois décrits, et, cette fois encore, je me bornerai à quelques impressions exclusivement personnelles, en commençant par vous donner une idée générale de la position topographique de l'Alhambra, telle qu'elle m'apparut du sommet d'une hauteur dominante.
Les groupes d'édifices de toute espèce, plus ou moins bien conservés, qu'on désigne par le nom collectif d'Alhambra, se trouvent dans une enceinte murée, occupant la surface très accidentée d'une hauteur presque isolée, à peu de distance au