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ALHAMBRA

sud de la ville de Grenade proprement dite. Cette hauteur est séparée par des ravins tantôt boisés, tantôt arides, des deux massifs beaucoup plus élevés de la Sierra del Soles et de la Si lia del Moro. L'Alhambra, entourée de ses murs, forme un ovale allongé de 0. N. 0. à E. S. E.; l'extrémité orientale se trouve marquée par l'hôtel de Siete Suelos, l'extrémité occidentale par la tour de la Vêla.

Les monuments les plus beaux de l'architecture mauresque n'occupent qu'une fraction de l'enceinte comprise dans les anciennes murailles; toute la partie E. S. E. de cette enceinte est une vaste surface tau tôt vide et hérissée d'Opontia, les restes peut-être d'anciens jardins, tantôt encombrée de débris de toute espèce et de tout âge, ou bien occupée par des maisons modernes qui constituent presque un petit village habité par les classes pauvres. Parmi ces constructions modernes figurent l'église de Saint-Martin et le couvent de Saint- François, bâtis avec les matériaux enlevés aux anciens édifices arabes. Ceux-ci, comme je l'ai dit, ne se présentent qu'à l'extrémité occidentale de la grande enceinte; c'est là où se trouvent groupés les restes splendides de chefs-d'œuvre que la barbarie et le fanatisme ne sont pas parvenus à faire disparaître complètement, et qui ne redoutent pas la comparaison avec les plus beaux monuments de l'antiquité classique, en tant qu'il s'agit d'élégance et de grâce. Malheureusement ce que le fer et le feu n'ont pu détruire a été profané par le goût si souvent barbare du moyen âge, car c'est précisément aux murs mémçs de l'incomparable cour des Lions que Charles-Quint eut l'audace d'accoler son disgracieux palais, dont l'architecture massive et lourde contraste de la manière la plus accablante avec les fantastiques constructions arabes, les écrase et en masque la vue. On s'étonne de voir un tel acte de barbarie commis par un souverain qui s'était montré si respectueux pour les beaux restes de l'architecture arabe, à l'occasion du fameux chœur (coro) élevé par Tévèque Àlonso Maurisque, dans l'ancienne mosquée de Cordoue, convertie en église, construction qui, bien que discordant avec le caractère de l'architecture arabe, ne manque

pas d'avoir une grande valeur artistique; or, lorsqu'en 4 526 Charles-Quint visita la cathédrale, et y vit la nouvelle construction ajoutée par l'évêque, il adressa à celui-ci ces paroles sévères : a Vous avez construit ici ce que vous, ou tout autre, eussent pu construire partout ailleurs ; mais vous avez détruit ce qui était unique au monde. » Certes, il serait difficile de trouver un exemple plus frappant que celui que nous fournit Charles- Quint, de la prétention singulière de condamner chez les autres ce qu'on pratique soi-même.

Le palais de Charles-Quint, adossé à la cour des Myrtes {patio de los Myrtes) 9 communique avec l'intérieur de cette cour par un escalier qui conduit au vaste cirque (faisant partie du palais) destiné au combat des taureaux; c'est peut-être le monument le plus ancien en Espagne de ce divertissement barbare, et il est surprenant de voir un souverain chrétien l'introduire le premier, car aucune trace de ce genre ne se trouve, que je sache, parmi les anciennes constructions arabes.

En revanche, ces dernières nous fournissent des souvenirs d'une civilisation antérieure à la nôtre, c'est le cas de citer notamment les établissements balnéaires. En effet, des chambres élégantes et commodes, destinées aux bains, sont nombreuses dans le palais de l'Âlhambra, dont les habitants considéraient l'usage des bains comme condition indispensable au bienêtre de la vie humaine ; pratique qui n'était pas exercée seulement par les classes supérieures, mais aussi parle peuple :car, selon Âboulfeda1, on ne comptait dans la ville de Cordouepas moins de neuf cents bains publics, tandis que les établissements balnéaires ne furent introduits en Europe que beaucoup plus tard. Il est certain qu'au treizième siècle aucun souverain chrétien ne possédait dans sa royale demeure des bains tels que ceux de l'Alhambra. Cela est tellement vrai, qu'après la conquête de Grenade un moine espagnol, ainsi que le rapporte Hufeland*, prêcha avec véhémence contre l'usage des bains mauresques et

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