CRITIQUES DIRIGÉES CONTRE LES INDES BRIT
Maintenus dans la jouissance de leur souveraineté absolue, et n'ayant presque rien à payer pour la conservation de leur indépendance politique, que F Angleterre se charge de défendre, il est naturel que les princes indigènes apprécient leur position exceptionnelle et sachent gré à l'Angleterre de l'immense service qu'elle leur rend; de là les témoignages de fidélité et de loyauté dont ils s'empressent d'entourer un suzerain aussi généreux. On aime toujours les maîtres qui laissent tout faire, et Ton tient d'autant plus à ne pas les perdre, qu'ils pourraient avoir des successeurs moins indulgents. Et c'est ainsi qu'à l'ombre du drapeau britannique, tous ces potentats barbares surgissent au milieu de nombreuses populations régies par la loi libérale anglaise, comme autant de citadelles pétrifiées du despotisme oriental, défiant insolemment la civilisation européenne.
Dans l'aperçu que je viens de tracer des conditions où se trouvent aujourd'hui les Indes britanniques, j'ai tenu à ne m'appuyer que sur l'autorité d'écrivains tels que M. Fawcelt, sir David Wedderburn et M. Hyndman ayant puisé leurs renseignements aux sources officielles, et ayant pu sortir triomphants des attaques dont ils ont été l'objet de la part des organes du gouvernement, comme de raison alarmé par de semblables révélations '• On peut donc admettre que le tableau
1. A ces importantes révélations, il n'y a eu jusqu'à présent que trois réponses faites par des autorités officielles, savoir : par M. JohnJMorley, ayant à sa disposition les documents qui lui avaient été fournis par sir John Strachey, ministre des finances ; par sir Erskine Ferry, membre du conseil indien, et enfin par un écrivain anonyme, mais évidemment officiel, dont le travail parut dans le Fortnightîy Review. Or, M. Hyndman (The Nineteenth century, an. 1879, p. 433), en discutant les plaidoyers de ces avocats officiels, a prouvé qu'ils n'avaient point répondu à aucune des graves questions qui leur avaient été posées ; cependant M. Hyndman fait observer que M. Morley (l'interprète du ministre) se trouve forcé d'avouer que « la nécessité de pourvoir aux exigences des famines qui se renouvellent périodiquement impose au gouvernement une charge permanente, ce qui semble justifier M. Hyndman, lorsqu'il dit : c 11 y a de bonnes raisons pour admettre que dans plusieurs districts des Indes, le sol subit une détérioration progressive due à des causes très diverses. Ainsi donc, les chances des famines augmentent, tandis que les moyens d'y
tracé par ces auteurs est exact, et comme il est déjà assez sombre, ses teintes n'ont pas besoin d'être renforcées, ainsi qu'il eût été aisé de le faire en citant d'autres autorités respectables, à la vérité, mais qu'on serait presque disposé à taxer d'exagération, telle que la célèbre miss Florence Nightingale, auteur d'un travail intéressant sur la population indienne, travail (également appuyé de documents officiels) et qui commence par ces paroles désolantes : a Quel est le spectacle le plus affligeant qu'on puisse voir dans l'Orient ou plutôt dans le monde entier? C'est le spectacle que présente le paysan dans notre propre empire oriental1. »
Au reste, en reproduisant les cris d'alarme poussés par les publicistes anglais au sujet des Indes, je dois également signaler les quelques lueurs d'espérance et de consolation qu'ils croient découvrir. Ainsi, l'infatigable Henry Fawcett vient de publier* un nouveau travail dans lequel il exprime sa satisfaction de voir le gouvernement britannique décidé à aviser aux moyens pour prévenir la crise qui menace les Indes. Or, lorsqu'on examine ces moyens que M. Fawcett passe en revue avec sa sagacité ordinaire, on aperçoit tout d'abord que, parmi les réductions budgétaires praticables, il en est beaucoup qui causeront des souffrances plus ou moins graves et des mécontentements plus ou moins légitimes, tels, entre autres, la suspension de plusieurs travaux publics dont l'arrêt jettera sur le pavé une
résister vont en diminuant. Il en résulte que la sécheresse qui jadis produisait des souffrances locales, aujourd'hui enlève en bloc (wholesale sacrifice) les populations et les animaux. »
i. The people oflndia, dans le Nineteenth century (année 1878, p. 193). Le même excellent recueil périodique de Tannée 1879 (p. 443) contient le travail publié par H. Hyndman sous le titre de Bankrupcy of India dans lequel il s'efforce de prouver, qu'à moins d'une réorganisation complète de l'ordre actuel des choses, cette banqueroute est inévitable. M. Hyndman confirme toutes les assertions de N. Fawcett et ajoute aux tristes révélations faites par ce dernier, des révélations plus désolantes encore. Il termine son travail par ces paroles : c Si nous ne pouvons conserver les Indes qu'en infligeant à une population croissante un appauvrissement perpétuel et une destruction certaine par la famine, nous ne saurions quitter la contrée assez promptement. >