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SUPÉRIORITÉ DE LA COLONIE FRANÇAISE

vite. Et c'est ainsi que, tôt ou tard, la population indigène entière se trouvera intéressée au mouvement de progrès, propre à amener l'assimilation entre l'élément arabe et l'élément chrétien, perspective qui ne se trouvera nullement atténuée par les quelques mouvements insurrectionnels pouvant de temps à autre se produire ça et là, car, non seulement de telles tentatives locales seront toujours rapidement et efficacement réprimées, mais encore est-il probable qu'elles seront dirigées moins contre l'autorité du gouvernement français que contre celle de leurs propres chefs, ce qui contribuera à discréditer ces derniers aux yeux des Arabes, et à faciliter l'introduction de l'administration française, sans intermédiaire de fonctionnaires nationaux.

4° De toutes les considérations suggérées par la comparaison entre les Indes britanniques et l'Algérie, il résulte nécessairement ce fait, que l'espèce de marasme qui paralyse la colonie anglaise et la condamne à un état stationnaire ne permet guère de prévoir l'époque où cette colonie pourra jouir d'une complète autonomie. Greffée sur la métropole comme un gigautesque parasite, n'ayant d'autre suc nourricier que celui de l'arbre vigoureux qui le supporte, l'Inde britannique continuera indéBniment cette végétation d'emprunt, et tant que dureront de telles conditions, rien n'annonce qu'elle puisse jamais entrer dans une nouvelle phase d'existence. Il en est bien autrement de sa jeune sœur africaine, car celle-ci a toute chance de venir un jour occuper sa place dans la graude famille des États indépendants, vivant de leur propre vie et n'ayant pas besoin de protection étrangère.

LETTRE XX

Arrivée à Tunis. — Impression que produit cette ville. — Les deux lacs entre lesquels Tunis est situé. — Le lac El-Bahira ainsi que le canal de la Goulette, creusés de main d'hommes, selon Edrisi. — Physionomie de l'intérieur de Tunis.— Costume bizarre des femmes. — Mosquées. — Dar-el-Bey, palais d'hiver du bey. — Curieuses séances publiques où le ey bprononce en personne sur toutes les questions litigieuses. — Palais de Bardo. — Magnifiques restes de l'acqueduc d'Adrien, qui pourvoyait d'eau la ville de Carthagc. — Massif montagneux de Zaghouan. — Sources qui alimentaient l'acqueduc d'Adrien. — Beau travail hydraulique exécuté par M. Collin, ingénieur français, pour diriger l'eau de ces sources à Tunis, à l'aide de conduits souterrains.— Constitution géologique et végétation du mont Zaghouan. — Excursion aux ruines d'Utica. — Serpent gigantesque de la rivière Medjirda, le Bagrada des anciens. •- Les ruines d'Utica situées aujourd'hui à 10 kilomètres du littoral, tandis que du temps des Romains la ville était sur le bord de la mer et possédait un port. — Explication de ce curieux phénomène. — Eaux minérales de Hammam-el-Enf. — Mont Bou-Kournein. — Sa constitution géologique et sa végétation.

Tunis, le 1* juin 1878.

Nous voilà enfin en dehors de l'enceinte de cette belle Algérie, où nous avions passé plus de sept mois écoulés avec une désespérante rapidité.

Ce fut le 25 mai que nous nous embarquâmes à Bone et fûmes le lendemain à quatre heures du matin en vue de la rade de Tunis. Noire traversée, peu agréable à cause de l'état houleux de la mer, offrit encore un autre inconvénient, celui d'un ciel brumeux qui rendait les approches de la rade assez dangereuses, car elle est hérissée d'écueils et la côte n'a point de bons phares; aussi attendîmes-nous avec impatience les premières lueurs du jour avant de jeter l'ancre.

Quand on arrive à Tunis directement de l'Europe (Marseille, Naples ou Palerme) sans avoir jamais vu l'Orient, l'impression

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