INTÉRIEUR DE LA VILLE. COSTUME DES FEMMES
baleaux à vapeur, doivent jeter l'ancre à environ i kilomètre de distance de l'embouchure du canal, daus le vasle golfe de Tunis, exposé en plein aux venls du nord. Le nom de Goulette s'applique également à un groupe de maisons siluées sur le bord septentrional du canal, et composé non seulement de la douane, mais encore d'un édiBcc spacieux servant de palais au bey, qui y vient passer une partie de l'été.
On n'a plus l'inconvénient, comme jadis, de traverser en petit bateau le lac Ël-Bahira pour se rendre à Tunis, puisque maintenant on fait ce trajet en vingt minutes en chemin de fer, qui, de la pointe méridionale de la Goulette, longe la rive sud* ouest du lac, en traversant une contrée sablonneuse et aride. Nous fûmes heureusement dispensés de tous les embarras que les voyageurs ont à subir de la part de la douane en débarquant à la Goulette, car le vice-consul de France, M. Joseph Cubisol, eut la bonté de nous y attendre, muni d'ordres nécessaires pour laisser passer notre bagage sans visite, ce qui nous permit de nous transporter à Tunis immédiatement.
Quand on parcourt celte ville, on traverse de plain-pied les différents quartiers, qui ne sont pas, comme dans d'autres villes orientales, groupés à des niveaux divers d'après la nationalité de leurs habitants, mais se suivent les uns les autres, alignés sur la même surface presque horizontale. On traverse ainsi tour à tour les quartiers arabe, juif, maltais, etc., sans apercevoir rien qui les distingue les uns des autres. Pourtant les rues du quartier arabe sont généralement moins étroites que celles du quartier juif, et Ton peut y circuler en voiture, avantage que ce dernier quartier n'offre pas partout. Au reste, l'usage des voitures est bien plus répandu à Tunis que dans toutes les autres villes soumises au régime musulman, où l'on ne voit nulle part, pas même à Constantinople, autant de véhicules de louage, fait qui, en partie, tient aux conditions topographiques. Malgré l'influence progressive des institutions européennes, l'éclairage au gaz est encore inconnu à Tunis, et même celui à l'huile est assez défectueux, en sorte qu'on est forcé de se munir d'une lanterne lorsque
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à la nuit tombante, on a une course un peu lointaine à faire. A huit heures du soir, les portes de la ville sont fermées, mais il est aisé de s'y faire admettre à l'aide d'un ordre obtenu par l'un des consuls.
La physionomie de la ville, en tant qu'elle est exprimée par le costume des habitants, est un mélange d'éléments arabes et turcs. Comme dans tous les pays musulmans, les juifs portent le costume oriental, mais avec interdiction d'employer dans leurs turbans les teintes vertes ou blanches, réservées aux seuls vrais croyants; c'est en Algérie seulement que les Israélites se permettent cette liberté, ce qui, jadis, scandalisait beaucoup les Arabes; à la longue, ils s'y sont résignés comme à tant d'autres choses. Quant au costume des femmes, il est tellement anormal que je n'en avais pas encore vu de semblable dans aucun pays musulman. Les tuniques et vestes qu'elles portent ne vont pas jusqu'aux genoux, en sorte que toutes les parties supérieures et inférieures de la jambe n'ont pour vêtement qu'un pantalon collant comme celui de nos danseuses de ballet. Lorsque, en entrant à Tunis, j'aperçus dans les rues des femmes ainsi vêtues ou plutôt ayant l'air d'être si peu vêtues, je pensai qu'elles appartenaient à cette classe de femmes qui, en Europe, se permettent quelquefois de faire valoir d'une manière trop saillante le genre d'industrie qu'elles pratiquent, et je ne m'expliquai point comment un tel cynisme fût toléré parmi les musulmans; mais ma surprise fut à son comble lorsque je m'assurai que c'était là le costume national, usité même dans les harems des personnages les plus considérés, aiusi que ma femme a pu s'en convaincre en allant, conduite paf lady Wood, visiter ces dames dans leurs riches demeures. Comme elles étaient toutes plus ou moins jolies et jeunes, ces indiscrètes révélations trouvaient leur excuse dans le fait, qu'elles ne se faisaient qu'au profit de leur mattre et seigneur et non du public, aux regards duquel les habitantes du harem se trouvent soustraites; mais il n'en est plus de même des femmes du peuple et de toutes celles qui circulent à pied dans les rues, car celles-là, surtout lorsqu'elles sont d'un certain âge