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POPULATION. CONSULS

et d'une forle corpuleuce (à laquelle les Tunisiennes échappent rarement), produisent sur l'Européen qui les voit pour la première fois une impression tout à la fois comique et blessant les convenances.

La population de Tunis peut être évaluée à environ 70000 âmes, dont plus de 30000 juifs et 12000 chrétiens, parmi lesquels dominent les Maltais et les Italiens, car les premiers comptent 5000 et les derniers 4000; les Français sont comparativement peu nombreux (environ 1200) et les Anglais encore moins. L'élément italien paraît augmenter progressivement; aussi, parmi toutes les langues européennes, c'est l'italien qu'on entend le plus souvent dans les rues, l'anglais fort peu. L'exiguïté de l'élément anglais se manifeste surtout dans les hôtels, car, tandis que dans ceux d'Alger on croit être, pour ainsi dire, en Angleterre, dans les hôtels de Tunis, notamment dans celui de Paris, où nous passâmes treize jours, on n'entendait que l'italien et le français. Il est vrai, l'Angleterre s'y trouvait avantageusement représentée par M. Davis, le savant explorateur de Carthage, que nous eûmes le plaisir de voir quelquefois.

Les consuls forment à Tunis de véritables puissances diplomatiques et rappellent les ambassadeurs à Conslanlinople, lorsqu'on les voit précédés de leurs spahis, en costume bien plus élégant que les Kavas turcs. Parmi les consuls, ceux de France et d'Angleterre jouent le rôle principal. M. Roustan, consul géuéral et chargé d'affaires de France, a sur son collègue britannique, sir Richard Wood, l'avantage de suivre une politique clairvoyante et d'autant plus profitable au pays qu'il représente, qu'il sait en apprécier les intérêts eu les envisageant avec sagacité, non au point de vue du moment seulement, mais dans leurs rapports avec l'avenir; ce qui, malheureusement, n'est pas le cas avec sir Richard Wood, qui ne cède que trop souvent aux impressions d'idées préconçues, quelquefois empruntées à un passé qu'il s'obstine à mettre à la place du présent. Vrai anachroniste diplomatique, il voit encore la France et l'Angleterre telles qu'elles

étaient à l'époque de Jeanne d'Arc, et la Turquie telle qu'elle se présentait sous Soliman le Grand. Aussi croit-il de son devoir de traiter comme préjudiciable à Y Angleterre tout ce qui peut être avantageux à la France, et de considérer la Turquie comme l'empire impérissable par excellence. Ce fut ainsi que, lors de la dernière lutte entre la Russie et la Turquie, sir Richard Wood s'imaginait le moment venu de saluer le relour triomphant du drapeau de Mahomet, et il s'efforça de pousser le bey à se ranger sous ce drapeau, et à envoyer à Constantinople les quelques pauvres Tunisiens qu'il pourrait réunir, pour prendre part à l'œuvre de la grande restauration de l'islamisme. Heureusement M. Rouslan, qui voyait bien plus loin, eut le temps d'éclairer ce prince sur ses véritables intérêts, en lui épargnant ainsi les conditions ruineuses dans lesquelles il allait se placer, le jour très prochain où sonnerait pour la Turquie le quart d'heure de Rabelais, le moment de la liquidation. Cette fatale tendance rétrospective du consul général d'Angleterre a rendu sa position complètement impossible à l'égard de son collègue de France, et Ton regrettera sans doute la retraite de sir Richard Wood, puisque tout le monde rend justice aux qualités qui le distinguent : à sa vaste instruction, sa longue expérience et l'aménité de son caractère; on regrettera surtout lad y Wood, femme des plus distinguées et des plus aimables, qui est très appréciée ici et qui ne peut manquer de l'être partout ailleurs.

Les maisons des consuls sont généralement spacieuses et élégantes (surtout celle du consul de France), mais sans offrir cetle belle architecture mauresque qui, à Alger, caractérise les habitations non seulement des représentants étrangers, des fonctionnaires, français ou même les édifices destiués au service public, mais encore la demeure des simples particuliers. Au reste, bien que dans le quartier chrétien de Tunis il y ait plusieurs belles maisons construites à l'européenne, la majorité des maisons est tout à fait dans le style oriental: à toit plat et à fenêtres grillées. Parmi les édifices les plus remarquables de Tunis, figurent au premier rang les mos-

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