‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 226 sur 285 · MOSQUÉES. DAR-EL-BEY · texte numérisé non relu

MOSQUÉES. DAR-EL-BEY

quées et le palais du prince connu sous le nom de Dar-el- Bey.

Les mosquées sont très nombreuses et plusieurs à aspect assez imposant, mais comme l'entrée en est interdite aux chrétiens, et que pour les visiter il faut une autorisation spéciale, qui, au reste, n'est pas difficile à obtenir, je n'ai pas voulu me soumettre aux délais causés par ces formalités, parce que je préférais profiter du peu de temps qui était à ma disposition, en faveur de courses dans les environs de Tunis. D'ailleurs, après les mosquées de Constantinople, du Caire, de Damas, etc., je ne devais guère m'atlendre à trouver ici rien de plus remarquable dans ce genre, bien que j'aie regretté de n'avoir pu observer les nombreux débris des ruines de Carthage, qui, à ce qu'on m'a assuré, figurent dans plusieurs mosquées sous forme de colonnes, corniches, sculptures, pierres tumulaires, etc.; c'est surtout la grande et belle mosquée dite aux oliviers [Djamaai-ez-Zaitoana) qui paraît être richement pourvue de ces précieuses reliques d'antiquité.

Quant au palais d'hiver du prince désigné par le nom do Dar-el-Bey, que nous visitâmes le 27 mai, c'est un édifice à architecture complètement européenne, situé entre le bazar et une belle place ornée d'un square verdoyant. L'intérieur de l'édifice n'est guère plus remarquable que son extérieur, à l'exception toutefois de magniGques ciselures en stuc ornant le plafond et les murs de quelques pièces, et souvent égalant en finesse et en élégance tout ce que les travaux de ce genre en Espagne, notamment dans l'Alhambra, offrent de plus exquis. Seulement il est bien à regretter que ces petits chefsd'œuvre d'architecture mauresque (datant à peine d'un siècle) soient profanés par l'association choquante de meubles et d'ornements européens, car toutes les chambres sont meublées de fauteuils, de tables, de lits, etc., plus ou moins de mauvais goût, et surtout de fleurs artificielles abondamment répandues, mais qui seraient à peine admises dans la maison d'un riche fermier d'Angleterre ou de France. Le nombre total des pièces grandes ou petites du palais ne se monte guère au delà de qua-

rante; dans quelques salons on voil des colonnes en marbre et en granité enlevées aux ruines de Carthage.

Située dans une plaine sablonneuse, entre les deux lacs d'EI-Bahira et de Sebkha-el-Sedjoum, Tunis n'a point dans l'intérieur de la ville des promenades publiques variées, ni de ces ed virons pittoresques qui, à Alger, à Bougie, à Bone et dans tant d'autres villes de l'Algérie, peuvent servir de but à des excursions de quelques heures. La promenade principale, qualifiée de promenade de la Marine, est une avenue parfaitement exposée au soleil, le long de la rive occidentale fort aride du lac El-Babira.

Cependant les environs de Tunis ne sont pas aussi désolés que plusieurs voyageurs les ont dépeints; car quelle que soit la direction dans laquelle on s'avance, en sortant de Tunis, soit au nord pour aller à Biserta,soit au sud ou au sud-est pour se rendre aux montagnes de Zaghouan ou à Hamam-el-Enf, soit enfin à l'ouest pour gagner Medjez-el-Bab, nulle part on ne se trouve réduit à des surfaces exclusivement sablonneuses et arides. Au contraire, presque partout les plaines, souvent herbeuses, alternent avec des collines çà et là revêtues de beaux taillis d'oliviers, arbres qui à Tunis frappent par les torsions singulières de leur tronc, souvent composé de deux individus soudés ensemble, ainsi que par la position des racines courbées en arcs et en voûtes au-dessus de la surface du sol.

Parmi les sites les plus gracieux (sinon pittoresques) de ce genre, figure la plaine très accidentée (au nord de Tunis) au milieu de laquelle se trouve le village Ariana et contenant un grand nombre de villas verdoyantes. 11 est vrai, celle localité est trop éloignée pour les piétons qui, comme je l'ai dit, n'ont à Tunis d'autre promenade que la monotone avenue de la Marine et quelques allées autour de la ville où certains points présentent des échappées plus variées. Grâce à l'obligeance de lady Wood, qui voulut bien nous faire faire (le 28 mai) dans sa voiture une intéressante excursion dans la plaine d'Ariana, nous pûmes visiter plusieurs de ses villas. Quoique le nom à9 Ariana siguifie en arabe inculte,

ARIANA. VILLA HAM IDA-BEN-A YAD. 487

désert, ces parages ne méritent guère cette qualification, car les villas des riches habitants de Tunis leur donnent une certaine animation.

Parmi ces villas, Tune des plus belles appartient au général Hamida Ben-Ayad. J'eus le temps de l'examiner à loisir, car j'ai dû y passer une heure, en attendant le retour de ma femme, qui, avec lady Wood, était allée visiter le harem du beau-fils de Hamida, situé à une certaine distance de là. Malheureusement le général, qui était resté avec moi dans sa villa, ne put répondre que très imparfaitement aux nombreuses questions que j'avais à lui adresser, parce qu'il ne parle le turc qu'avec beaucoup de difficulté et ne s'exprime dans aucune langue européenne, bien qu'il ait séjourné quelque temps à Paris et à Londres ; et quant à moi, voué à des voyages dans l'empire ottoman je n'avais pas eu occasion ni éprouvé le besoin d'apprendre l'arabe, ce que dans ma présente excursion en Afrique j'ai vivement regretté. Au reste, l'ignorance du turc m'a toujours frappé à Tunis ; car, malgré la longue domination ottomane, l'arabe a tellement remplacé cette langue, qu'à l'exception du prince la parlant fort bien, il est excessivement rare de rencontrer, même parmi les hauts fonctionnaises tunisiens, quelqu'un se rappellant encore la langue des anciens maîtres de la contrée.

La villa du général Hamida-Ben-Ayad contient une belle maison servant d'habitation à son propriétaire et sa famille; située au milieu d'un frais jardin, elle est composée de trois étages dont les chambres, bien que meublées à l'européenne, n'en offrent pas moins plusieurs traits de l'élégante architecture mauresque, sous forme de sculpture en stuc, de majolica à teintes variées, etc.

Malgré les conditions administratives assez défectueuses où se trouve la Tunisie, la sécurité dont on jouit non seulement dans la ville, mais encore à des distances considérables de cette dernière, est un fait qui a lieu d'étonner; car sous ce rapport, ce pays, encore si peu avancé, est cependant très supérieur à plusieurs contrées de l'Europe, notamment à

l'Italie, où la Sicile et même quelquefois les environs de Naples sont encore privés des premières conditions d'une société civilisée, en tant qu'il s'agit de la sécurité publique. C'est un avantage que la Tunisie doit, en partie, aux mesures énergiques prises par le bey actuel, ainsi que par son prédécesseur, sans que cependant le soi-disant système de réformes qu'on prétend introduire en Turquie fût adopté en Tunisie; car bien que les brillants manifestes réformateurs successivement proclamés à Constantinople aient été publiés également à Tunis, de telles mesures u'ont toujours été que des témoignages de courtoisie et de déférence pour le vénérable mais impuissant représentant du prophète, qui eut beau décréter des chambres représentatives et des ministères responsables, sans que jamais ces innovations aient été prises au sérieux à Tunis. Comme par le passé, le pouvoir y est resté concentré entre les mains du bey, et par conséquent ce pouvoir est humain et libéral, ou oppressif et cruel, selon les qualités personnelles de celui qui en est le dépositaire. Pour le moment, l'usage qu'en fait le souverain actuel n'est pas défavorable au pays, il le régit d'une manière assez paternelle, mais tout en restant fidèle aux anciennes formes administratives et judiciaires.

L'un des exemples les plus frappants de la vitalité que possèdent les formes traditionnelles, c'est la manière dont le bey rend justice lui-même, à l'instar des anciens patriarches. Aussi m'élais-je empressé (le 1er juin) d'aller assister à la séance publique tenue parle bey chaque samedi dans son palais'de la Goulette, pour juger les questions litigieuses qui lui sont soumises par ses sujets, et quelquefois même par les Européens. La séance s'ouvre à huit ou neuf heures du matin et dure rarement au delà de deux heures. Les spectateurs indigènes y sont admis avec uti certain choix, et les Européens seulement avec l'autorisation du ministre des affaires étrangères, auquel le premier drogman du consulat de Frauce, M. de Sommaripa, eut la bonté de s'adresser pour m'assurer une bonne place dans la salle, sans que j'eusse pu y faire admettre ma

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