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LIONS ET PANTHÈRES EN TUNISIE

porta à Rome en une seule fois 420 panthères, Pompée 400 et Scaurusl50. Comme toujours, partout où ces animaux sont fréquents, ils deviennent l'objet d'assertions les plus exagérées, et M. Temple fait observer, qu'il eût pu remplir des volumes entiers d'anecdotes merveilleuses qu'on ne cessait de lui débiter sur les lions et les panthères, et propres à faire pâlir toutes celles rapportées par Aristote et Pline. Cependant, comme dit le proverbe vulgaire : « On ne prête qu'aux riches », le voyageur anglais admet à ce sujet plusieurs faits assez extraordinaires dont il a été à même de constater l'exactitude ; ainsi, entre autres, il nous apprend que le plateau sur lequel est située la petite ville Kazerin (l'emplacement de l'ancienne Colonia Scillitana ou Cilio) était revêtu d'épais buissons d'opuntia, détruits peu de temps avant son arrivée en ces lieux par une forte gelée, qui fut pour les habitants un bienfait providentiel ; car elle les délivra des hôtes féroces auxquels ces fourrés servaient de repaire, et parmi lesquels figurait un énorme lion, qui, pendant quatre années , avait répandu une telle terreur dans la contrée, que les habitants se préparaient déjà à quitter la ville, après avoir échoué dans toutes leurs tentatives dirigées contre ce terrible voisin ; une seule nuit de gelée avait suffi pour les en libérer, car il disparut aussitôt avec tous ses complices.

L'excursion à Zaghouan, exécutée par une chaleur accablante, eut malheureusement pour ma femme le résultat que j'avais toujours tant appréhendé, car il ne lui fut plus possible de continuer cette vie de fatigue qu'elle avait supportée pendant plusieurs mois avec autant d'énergie que de bonheur; une fièvre violente lui imposa la nécessité de garder le lit puis la chambre, jusqu'au moment où elle put s'embarquer pour l'Europe. Privé d'un compagnon de voyage dont la présence est pour moi une condition indispensable de bonheur dans toutes les circonstances de ma vie, je fus contraint de faire seul les quelques excursions qu'il me reste encore à vous raconter.

J'en avais d'abord projeté une à Biserta , mais comme elle ne pouvait s'accomplir en un jour, et, que, dans l'état où était ma

femme, je tenais à rentrer le soir, je pris le parti de me borner à visiter les ruines d'Utique, situées à mi-chemin de Tunis et de Biserta.

Nous sortîmes (le 2 juin) par la Porte-Verte, et nous longeâmes les murs du fort, en suivant une belle avenue bordée de robinia et d'opuntia {Opuntia ficus indica). A notre droite s'élevaient les vastes casernes de l'artillerie et devant nous l'aqueduc de Charles-Quint, construction très inférieure sous tous les rapports à l'aqueduc d'Adrien ; il est assez bien conservé et j'y ai compté plus de cent arcs intacts. Nous passâmes sous l'un de ces arcs et nous entrâmes dans une belle plaine parfaitement unie, où à notre droite on voyait le palais du Bardo, se présentant comme un petit village, tandis qu'à notre gauche se dessinaient sur l'horizon lointain les massifs montagneux, échelonnés le long de la rive occidentale du Medjerdah. A côté du Bardo, et séparé de celui-ci par une belle avenue bordée de Phytolacca dioica, se trouve un autre château nommé Saïd où le bey vient quelquefois passer une partie de Tété ; tout autour de cet édifice, on voit dans la campagne de nombreuses villas habitées par les fonctionnaires du prince.

Après avoir parcouru presque pendant deux heures une plaine, tantôt ondulée, tantôt horizontale, tour à tour ornée de quelques taillis d'oliviers, de caroubiers et de buissons de jujubiers, ou bien parfaitement aride, nous vtmes la contrée se déployer en une surface unie jusqu'à la mer (parages de Porto Farina) que cependant on n'apercevait pas. Malgré l'aridité de cette surface, se présentaient çà et là quelques champs d'orge, envahie par le Mentha pulegium L. très abondant dans toute cette contrée, de même que le vigoureux Thapsia garganica. Nous franchîmes enfin la rangée de collines qui longent du nord-est-nord au sud -ouest-sud la rive droite du Medjerdah (Bagrada des anciens) et nous descendîmes vers ce cours d'eau si célèbre dans l'antiquité par la curieuse légende s'y rattachant, légende qui ne mériterait peut-être pas beaucoup d'attirer l'attention à cause de ses prodigieuses exagérations, si elle n'avait pas été reproduite par la majorité des historiens au-

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