‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 234 sur 285 · IV · texte numérisé non relu

IV

qu'ils reposent sur une longue série de témoignages. Or, le mythe du serpent prouve, une fois de plus, combien ces témoignages no sont quelquefois que la reproduction servile d'uu fait signalé d'abord par une seule autorité, et puis répétée à l'infini par ceux qui n'ont pu le constater eux-mêmes, mais se sont bornés à copier leurs prédécesseurs. C'est là l'origine de bien des choses sanctionnées par certaines traditions, auxquelles on s'obstine d'attacher une importance historique.

Le célèbre Bagrada, qui a ses sources en Algérie au milieu des ruines de Thubursicum numidarum, est une rivière de grandeur très médiocre, et à l'époque où je m'y trouvais^ l'eau était peu profonde, mais son lit doit être beaucoup plus large dans la saison des pluies et inonder les marécages qui le bordent; les rives sont sablonneuses et dépourvues de végétation» Nous franchîmes le Medjerdah par un long pont à pentes assez rapides, puis nous laissâmes la rivière à notre droite et nous traversâmes une plaine horizontale blanchie par le Thapsia gar~ ganica; la plaine est çà et là cultivée et sert de pâturage à de nombreux troupeaux de moutons à queue grasse mais bien moins longue que cellecles moutons d'Asie. Parmi les plantes croissant dans la plaine j'observai : Louas inodora^ Erythrœa pulchella% Rapistrum Linnœanum et Qthonna cheiri/blia, toutes espèces rares en Algérie. Bientôt se dressèrent devant nous dans le lointain deux édifices blancs couronnant une hauteur peu élevée, les Arabes les qualifient de deux frères et désignent par le nom de Buchater cette hauteur ainsi qu'une autre située à côté, comme aussi quelques huttes répandues tout autour; ces parages représentent l'un des points principaux de l'emplacement de l'ancienne Utique. Avant d'atteiudre cette hauteur, nous traversâmes par un pont en pierre un petit affluent du Medjerdah, à eau limoneuse, dont les bords marécageux sont hérissés de Cypéracées et de Graminées parmi lesquelles je mentionnerai les Juncus acutus, L. et maritimus L., Scirpus holoschœnus L., Cyperus badius Desf., Hordeum maritimum With., Polypogon monspeliense Desf., Avena sterilis L., Phalaris paradoxa L. et Festuca inteirupta Desf. Nous fran-

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chtmes par des pentes très douces une rangée de collines, çà et là revêtues de champs d'orge, et enfin nous montâmes la hauteur de Buchater1 le terme de mon excursion. Elle avait duré environ quatre heures.

Je descendis chez M. Smith auquel j'avais été gracieusement adressé par lady Wood : c'est un jeune agronome anglais, fort intelligent, qui possède une jolie petite maison sur la colline même. M. Smith m'accueillit avec un bienveillant empressement et s'offrit de me guider à travers le labyrinthe de débris, représentant la célèbre cité qu'il connaissait par* faitement, habitant depuis plus de trois ans cette classique et mystérieuse enceinte.

Immédiatement au sud-est de Buchater on voit les citernes composées aujourd'hui de six excavations maçonnées, dont trois parfaitement intactes et les trois autres en partie dégradées, de manière qu'on peut encore constater l'existence de six vastes constructions souterraines, ayant pour toits des coupoles voûtées à une hauteur peu considérable au-dessus de la surface du sol ; les trois citernes bien conservées ont été converties par M. Smith en étables, écuries et magasins.

Âpeudedistance(ausud)dessixciternes,setrouventlesdébris assez peu reconnaissables d'un aqueduc; du moins c'est ce que pourrait faire supposer la manière dont sont disposés ces débris sur une longue ligne dirigée de sud-est au nord-ouest. Selon toute apparence, cet aqueduc conduisait à Utique l'eau de quelques sources, situées dans le Djebel-Kochbata qui limite la plaine du côté de nord-est. Au reste, il serait difficile de décider si l'aqueduc débouchait dans les citernes, car il paratt les dépasser et s'avancer dans la grande et profonde excavation située à peu de distance au sud-ouest des citernes.

Cette excavation en forme d'un gigantesque entonnoir semble trop vaste et trop profonde pour avoir servi d'amphithéâtre, bien qu'à en juger par quelques débris, ses parois internes paraissent avoir été revêtues de maçonnerie, et que sur les bords de l'excavation se trouve une porte arrondie conduisant dans cette dernière; il est plus probable que cette vaste

excavation fut dostinée à des jeux nautiques, et que, par conséquent, elle a dû avoir été remplie d'eau qui peut-être aura été amenée par l'aqueduc dont les débris aboutissent en effet au bord sud de cette espèce de naumachie. D'ailleurs, son enceinte intérieure contient comparativement peu de débris; le fond et les parois sont envahis par les plantes, parmi lesquelles on voyait se balancer gracieusement les beaux épis de l'acanthe (Acanthus mollis) , tandis qu'au milieu des débris je remarquai un grand nombre d' Hypericum crispum L. Au sud-est de la naumachie se trouve une autre excavation, , beaucoup plus étendue et de forme non circulaire mais ovale, étant dirigée de Test-nord-est à l'ouest-sud-ouest. A son extrémité ouest-sudouest, la dépression a 5 mètres de profondeur sur une longueur d'environ 200 mètres; les parois intérieures paraissent avoir été revêtues de maçonnerie. Au milieu de l'excavation se trouve un exhaussement tout couvert de débris; ce monticule ne représenterait-il pas un îlot, et la vaste dépression au milieu de laquelle il surgit, l'ancien port d'Utique?

C'est à peu de distance à l'ouest de l'excavation (que j'ai provisoirement qualifiée de naumachie) que s'élèvent les deux monticules séparés l'un de l'autre par un ravin peu profond, qui de loin déjà m'avaient été désignés sous le nom de Deux frères, et dont l'un porte deux marabouts nommés SùU Buchater. Les sommets aplatis de ces deux monticules sont encombrés de débris, qui, eu égard à la position dominante de ces hauteurs, représentent peut-être remplacement de la citadelle de la ville.

Au pied du revers occidental de la hauteur couronnée par les deux marabouts, on voit les débris d'un édifice semblant avoir été un établissement thermal ou balnéaire, et à peu de distance au sud-ouest de là, les restes de citernes, dont une oifverture laisse entrevoir, comme dans un puits profond, une nappe d'eau.

A proximité des deux collines (au sud-ouest de ces dernières), on voit une énorme accumulation de tronçons de belles colonnes en granit gris à gros cristaux de feldspath ; aucun de

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