ENVIRONS DES RUINES D'UTIQUE
ces tronçons n'est debout, mais ils sont assez régulièrement alignés et pourraient bien représenter les débris d'un temple, tandis que d'autres tronçons de colonnes, mais eu position verticale, percent à travers les marécages remplissant le fond d'une dépression circulaire située à peu de distance au sud-ouest des colonnes couchées; l'enceinte intérieure de cette dépression paraît avoir été maçonnée, et, de plus, on y constate les restes de gradins, l'emplacement d'un amphithéâtre.
Enfin, plus loin dans la plaine, à environ 1 kilomètre au sudouest de la colline de Bucbater, on voit, au milieu d'un marais, sourdre une source dont la température est peu supérieure à celle de l'air ambiant, du moins dans la saison d'été (2 juin, à deux heures après midi), car elle était de 31 degrés; à l'exception d'un léger arrière-goût de cuivre, l'eau dégustée ne recèle la présence d'aucune substance acide ou alcaline.
De la hauteur des deux marabouts, dont l'altitude au-dessus de la plaine n'est que d'une vingtaine de mètres, on voit, dans les directions de l'est et du nord-est, la plaine s'étendre en surface complètement horizontale jusqu'à la mer; je ne pouvais cependant la distinguer, peut-être à cause du ciel un peu brumeux; de même, on aperçoit la ligne sinueuse indiquant le cours du Medjerdah sans pouvoir l'embrasser tout entier.
Dans toute la partie de la plaine où se trouvent les ruines d'Ulique, comme sur l'espace compris entre ces dernières et Tunis, la plaine est plus ou moins revêtue d'une couche de terre végétale qui paraît être très fertile; je n'ai pu y constater d'autre affleurement de dépôts plus anciens que celui d'un calcaire grisâtre, avec des conglomérats et des sables rouges horizontalement stratifiés. Ce sont probablement les mêmes dépôts dont on voit de belles dénudations le long du bord sud-ouest de la grande dépression (naumachie?) située non loin de la colline de Bucbater : on y aperçoit de puissantes assises de sables et conglomérats, passant localement à un grès tantôt friable, tantôt très solide, à grain fin, et renfermant çà et là des lits ou des nids d'une argile plastique blanche dont les Arabes se servent pour la confection de poteries grossières.
L'impression produite sur moi par les restes d'Utique tels que j'ai pu les voir, très rapidement, à la vérité, mais cependant sous la direction d'un excellent guide, fut lout aussi vive que celle éprouvée à l'examen des restes de Carthage, en ce sens que, dans les deux localités, les souvenirs du passé sont également effacés (à Utique, peut-être, un peu moins qu'à Carthage), en sorte que remplacement des deux célèbres cités mérite le même degré d'intérêt, et offre aux explorateurs futurs les mêmes chances (bonnes ou mauvaises) de succès, d'autant plus que les lieux immortalisés par l'antique capitale de Didon ont été mieux étudiés que ceux où florissait jadis sa rivale.
La constatation définitive de l'emplacement d'Utique est due à M. À. Daux, bien que des explorations importantes y aient été failes également par d'autres savants, parmi lesquels figure au premier rang M. Davis, qui a publié les résultats des fouilles qu'il y avait faites*,
. Les travaux exécutés par M. Daux constituent un exemple curieux d'une exploration entreprise et conduite à bon terme, malgré toutes les raisons qui pouvaient la condamner d'avanco comme complètement illusoire. Aussi M. Daux* exprime- t-il vivement l'impression que firent sur lui ces plaines sablonneuses, lorsqu'il y arriva à la recherche de la célèbre cité décrite par les anciens comme située au bord de la mer. En gravissant la colline de Buchater, qu'on lui avait dit contenir beaucoup de débris, il ne pouvait guère admettre qu'ils fussent 'ceux d'une ville maritime, puisque la colline est à plus de dix kilomètres du point le plus voisin de la mer, et qu'à peu de distance d'Utique s'élevait le promontoire Cornelia qu'on chercherait en vain en plein continent. Malgré de telles objections, l'intrépide archéologue ne recula point devant une tâche en apparence aussi ingrate, et il passa plusieurs mois dansées lieux déserts et fiévreux à fouiller la colline de Buchater et ses envi*
1. Voyez le chapitre XXII de son important ouvrage intitulé : Carthago and her remains. London, 1861.
2. Beekerchâs sur l'origine et l'emplacement des empurium phéniciens.