‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 236 sur 285 · UTIQUE JADIS UN PORT DE MER · texte numérisé non relu

UTIQUE JADIS UN PORT DE MER

rons, jusqu'à ce qu'enfin il fût parvenu à constater que dans ces parages se trouvait, en effet, l'antique cité phénicienne, où Galon avait accompli son sublime suicide.

La constatation de la position d'Utique a non seulement une importance archéologique, mais encore un grand intérêt géologique; elle prouve, en effet, que, depuis l'ère chrétienne, celte partie du littoral africain a subi des modifications très considérables, car la côte occidentale du golfe de Tunis s'est accrue d'une vaste surface de terrain de plus de 10 kilomètres de lar~

geur de l'ouest à l'est.

Ce remarquable phénomène est sans doute dû, en partie, à l'action du Medjerda, dont les dépôts, même aujourd'hui, continuent à ensabler la baie connue sous le nom de Porto- Farina (Ghar-el-Melah), dans laquelle il débouche et ne communique avec la mer que par un canal étroit. Il y a environ deux siècles, cette baie était considérée comme un excellent port ayant en moyenne de 40 à 15 mètres de profondeur; aussi, en 1655, le capitaine Black y fit entrer toute la flottille britannique placée sous son commandement et composée de neuf vaisseaux de guerre. Aujourd'hui, la baie de Porto- Far ina n'a qu'un demi-mètre de profondeur, et probablement le temps n'est pas éloigné où elle sera convertie en terre ferme.

Cependant, malgré la part incontestable exercée par le Medjerda dans l'accroissement successif de cette partie du littoral tunisien, il est impossible de ne pas admettre que cette action est de nature locale, et que le phénomène dont il s'agit tient à une cause beaucoup plus générale, puisqu'il se reproduit dans les endroits placés complètement en dehors de l'influence de cette rivière.

En effet, au sud-ouest-sud de la ville de Biserta se trouve le lac Gharat-DjebeUchkul (lac du mont Ichkul, lac Sisarga des anciens), nommé ainsi parce que le mont Ichkul (Kima mons de Ptoléniée) forme sur la côte sud-ouest du lac un promontoire escarpé de 565 mètres d'altitude; or, selon l'importante observation du UeutçnauL Spralt, citée par. le colonel

Playfair', ce mont a été d'abord une ile située au milieu du lac, n'ayant plus aujourd'hui que de 0",6 à 2m,5 de profondeur, et se trouve bordé à Test par des écueils remplis de Cardiwn fossiles, preuve que ce vaste bassin lacustre, riche en poissons et en mollusques d'eau douce, tels que Clupea finta et Unio, aura été formé à la suite du soulèvement de cette partie du fond de la mer.

Des soulèvements semblables ont été constatés sur toute la ligne littorale comprise entre les parages limitrophes de Porto- Farina et le golfe de Gabès, où M. Barth a trouvé, près de la ville de ce nom, les ruines d'une ville beaucoup pi us ancien ne qu'il croit être Tascape, mais qui, selon les écrivains grecs e romains, aurait été située au bord de la mer et possédait un port, ce qui n'est plus le cas pour la ville moderne de Gabès. D'ailleurs, sir Granville Temple a cru pouvoir reconnaître les traces d'une ancienne baie s'étendant de Gabès dans l'intérieur, et le soulèvement de cette partie de la côte a pu faire disparaître la communication entre Gabès et l'ancien Palus Tritonis, comme le fait observer le Dr Théubald Fischer, dans un travail intéressant sur les changements éprouvés par le niveau du littoral de la Méditerranée2.

Sur la carte accompagnant ce travail, le savant allemand a marqué par trois teintes différentes les surfaces créées par les alluvions, celles en voie d'immersion, et enfin celles en voie d'émersion. Un coup d'œil sur cette carte fait voir qu'à la première catégorie se rattachent les régions où se trouvent les bouches du Rhône, de l'Àrno, du Tibre, du Pô, du Méandre (Asie Mineure), du Djihon (id.), etc.; que dans la deuxième catégorie figurent une grande partie de la côte de la Dalmatie, le littoral de la Lycie(Asie Mineure), l'extrémité orientale de Ttle de Crète, les bouches du Nil et le littoral de la Cyrénaïque; enfin, que le phénomène d'un soulèvement séculaire a été constaté sur tout le littoral de la Tunisie, depuis les parages de

i. Travels in the fooisteps of Bruce, p. lii.

% Zeitschrift der Gesellsch.fur Erdk. zu Berlin, an. 1 878, t. XIII, p. 151 .

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