PHÉNOMÈNES DE SOULÈVEMENT ET D'IMMERSION
Porto-Farina jusqu'à l'extrémité de la petite Syrte, sur presque tout le littoral de la Sicile, sur la côte méridionale de la Sardaigne, la côte orientale de la Corse, sur plusieurs points du littoral occidental de l'Italie, sur les côtes de la Phénicie et de la Cilicie, sur la côte occidentale de l'île de Crète, enfin sur la côte occidentale de l'Asie Mineure *.
Lorsque l'on considère le mode de répartition du curieux phénomène dont il s'agit, tel que M. T. Fischer l'a représenté sur
1. En parlant de l'Asie Mineure, où depuis bien longtemps déjà j'avais signalé des nombreux faits de ce genre, M. T. Fischer, ainsi que M. Credner dans les Mittheilungen, Ergànzungsheft 56, an. 1878, citent le soulèvement récent observé par moi près de Smyrne. C'est une attention dont j'ai été assez rarement honoré depuis que maints auteurs ont mentionné, sans en indiquer la source, des faits consignés dans mon Asie Mineure. Malheureusement ces genres d'emprunts deviennent aussi aisés à opérer que difficiles à découvrir, lorsqu'il s'agit d'ouvrages ayant pour objet des contrées lointaines, et qui, en raison de leur nature spéciale, mais surtout de leur prix élevé, n'ont de place que dans les bibliothèques publiques, ces sanctuaires où bien des graines et des fruits se récoltent et se moissonnent, sans qu'on se rappelle toujours le terrain qui les a produits. Au reste, si je m'étais parfaitement résigné aux emprunts de cette nature, j'ai dû être fort étonné de me voir un jour adresser le reproche de les commettre moi-môme, lorsque je croyais pouvoir reproduire mes propres écrits. C'est ce qui m'arriva à l'égard du New quarterly Magazine, quand, en 1876, j'offris à son directeur un travail sur la constitution physique de l'Asie Mineure. M. Craufurd m'exprima son regret de ne pouvoir pas l'accueillir, par la raison que le New quarterly Magazine n'admet que les travaux originaux, et que c les renseignements, m'écrivait-il, que vous donnez, tout intéressants qu'ils sont, peuvent être compilés dans divers ouvrages t. Or, l'honorable directeur, qui, sans doute, n'est pas obligé de connaître l'Asie Mineure, aura pu penser que mes renseignements étaient trop nombreux et surtout trop précis pour que, à moi seul, j'aie pu les recueillir sur les lieux sans les emprunter à un autre. 11 ne se doutait pas que cet autre ne pouvait être que moi-même, puisqu'en effet j'avais déjà, en 1866, fait connaître dans mon Asie Mineure, mais sous une forme rigoureusement scientifique, ce que j'offrais aux lecteurs du New quarterly Magazine sous une forme populaire; en tout cas, j'avais été le premier à faire et à publier ces observations, qui étaient, par conséquent, aussi originales que possible, en sorte que si M. Craufurd avait eu l'occasion d'en lire de semblables dans un ouvrage quelconque, c'est qu'elles m'avaient été empruntées. La divertissante confusion commise par M. Craufurd prouve donc une fois de plus que les auteurs qui n'écrivent pas pour la foule, non seulement sont peu connus, mais encore risquent de passer pour plagiaires ou compilateurs lorsqu'ils s'avisent de reproduire leurs propres travaux.
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sa carte, on aperçoit que les mouvements d'émersion ou d'immersion du sol alternent plusieurs fois sur une môme ligne, soit droite, soit courbe, en sorte que cette ligne subit un mouvement de bascule. Ainsi, il y a émersion sur les côtes de la Tunisie, immersion dans la Cyrénaïque et dans la région comprenant les bouches du Nil; puis encore émersion sur les côtes de la Phénicie et de la Cilicie, et immersion en Lydie, et enfin de nouveau émersion sur le littoral occidental de l'Asie Mineure ; de même, dans Me de Crète, l'extrémité occidentale se relève et l'extrémité opposée s'abaisse.
Les oscillations de la surface terrestre de l'ancien monde ne sont pas étrangères au nouveau monde. Dans un travail intitulé Sinken die Andes? (Les Andes s'abaissent-elles ?), M. W. Reiss 4 a réuni uu grand nombre- de faits très curieux à cet égard, parmi lesquels figurent ceux observés par Agassiz, qui a trouvé que le littoral oriental de l'Amérique s'abaisse sur une étendue considérable, tandis qu'un mouvement opposé se produit sur le littoral occidental, en sorte que le continent de l'Amérique subirait un déplacement de l'est à l'ouest. Les phénomènes signalés par MM. Fischer et Reiss se rattachent intimement à la formation des deltas; c'est ce que le DrG. Rudolphe Credner a démontré dans son remarquable travail publié dans les Mittlieilungen sous le titre de : Délias,, leur configuration, extension géologique et origine *. Parmi les cartes qui accompagnent ce travail, il en est deux dont l'une indique les points de notre globe caractérisés par les exhaussements ou abaissements séculaires du sol, et l'autre par les cours d'eau munis de deltas plus ou moins étendus. En examinant ces deux cartes, on est frappé de la connexité intime entre ces deux genres de phénomènes, car on voit les cours d'eau ne posséder des deltas que sur les points où le soulèvement ou l'émersion des côtes ont été constatés. C'est un fait complètement élucidé dans le travail du savant allemand à l'aide de nombreux documents
1. Verhandl. der Gesellsch. fur Erdk: zu Berlin, an. 1880, t. VII, p. 45.
2. Voy. Mittheilungen de M. Petermann, 1878, Ergànzungsheft, n° 56, avec trois cartes coloriées.