‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 238 sur 285 · FORMATION DES DELTAS · texte numérisé non relu

FORMATION DES DELTAS

authentiques, et dans lequel, après avoir passé en revue toutes les conditions physiques qui peuvent déterminer la formation des deltas, il fait voir que leur présence ou leur absence sont complètement indépendantes de ces conditions. M. Credner résume ainsi (p. 74) les résultats définitifs de son travail : « Le transport des sédiments par les rivières, la rapidité du cours d'eau de ces dernières, les profondeurs de leurs embouchures, et enfin l'action mécanique de la mer, n'exercent qu'une influence locale sur la formation des deltas, mais ce sont le soulèvement séculaire des lignes littorales et l'abaissement du niveau de l'eau dans les bassins intérieurs, qui sont cause que les alluvions des rivières, même en dépit des autres conditions peu favorables, constituent des deltas élevés au-dessus de la surface de l'eau, tandis que, au contraire, l'abaissement des côtes marines et l'exhaussement du niveau de l'eau dans les bassins intérieurs, empêchent la formation des deltas le long des côtes de la mer, ainsi que de celles de plusieurs bassins intérieurs, et font disparaître sous les flots les deltas précédemment formés. C'est donc à de tels changements de niveau qu'il faut rattacher en première ligne la répartition géographique des deltas. »

De toutes ces considérations on a parfaitement droit de conclure que le refoulement d'Utique dans l'intérieur du continent ne résulte pas seulement de l'action du Medjerda, mais tient à un phénomène beaucoup plus général et infiniment plus puis* sant, phénomène de nature encore assez mystérieuse, mais dont la constatation, sur tant de points de notre globe, représente, sans doute, l'un des traits les plus saillants de la physique terrestre.

Le lendemain de mon retour à Tunis, j'allai (le 4 juin) visiter les eaux minérales de Hamniam-el~Euf, à environ deux heures de marche à l'esl-sud-est de la ville, près du littoral méridional du golfe de Tunis.

Nous sortîmes par la porte de la Forteresse et longeâmes le cimetière situé au pied du mont Sacré composé de calcaire blanc, plongeant légèrement au sud-est. Nous parcou-

rûmes ensuite une plaine presque unie, se déployant d'un côté (au nord-est) jusqu'au lac El-Bahira et n'offrant du côté opposé que quelques hauteurs peu considérables; devant nous se dressait le massif de Djebel-Bou-Kournein, se terminant par deux sommets pointus (de là son nom qui signifie montagne à deux cornes) el se rattachant par son extrémité sud-ouest au massif de Reças qualifié de montagne de plomb (à cause de ses mines) ; enfin, au sud de ces groupes montagneux, on en voyait plusieurs autres se dessiner à l'horizon lointain, notamment les f contours gracieux du Zaghouau.

Après avoir franchi une rangée de collines dirigées de nordest au sud-ouest et revêtues çà et là d'oliviers, nous descendîmes dans la vaste plaine assez bien cultivée, se déployant jusqu'à Hammam-el-Enf et arrosée par l'Oued-Miliana, que nous traversâmes, et nous atteignîmes aussitôt le palais du bey, à côté duquel se trouvent les thermes {Hammam).

I^e palais du bey se rattache à un groupe de maisons formant le village Hammam-el-Enf, habité par des Arabes et des Juifs. Les piscines dans lesquelles l'eau des sources est recueillie constituent quatre petits bassins, dont trois en dehors du palais et un dans son enceinte intérieure, étant réservé à l'usage exclusif du prince. Les trois petits bassins extérieurs que j'ai visités, ont chacun une profondeur de 70 à 80 centimètres et la température de l'eau est de 35 à 40 degrés; le goût de l'eau est un peu salé ; elle est considérée comme très efficace contre les rhumatismes et les affections cutanées; on la boit également, et elle a un effet légèrement purgatif.

Désirant obtenir une idée générale de la composition géolo* logique et de la végétation du Djebel-Bou-Kournein, situé à peu de distance au sud de Hammam-el-Enf, je gravis le versant nord-est du massif, en longeant un ravin profond, parfaitement déboisé comme le reste de la montagne. Sur les bords du ravin j'observai un grand nombre de Statice sinnata, belle et rare espèce, et, en m'élevant davantage, des petits buissons de Callitris quadrivalvis % tfEbenuspinnata, de Passerina hirsuta et de Rosmarinw officinalis abondamment revêtu

Page 1