THERMES D'ENF. MONT BOU KOURNEIN
de Cuscuta planiflora, tandis que, dans les Assures des rochers et au milieu des blocs et des sables, on voyait : Sedum altissimum, Thymus capitatus, Atractylis cancel/ata, Drachipodium phœnicoides Rœm. et Sch., etc., cette dernière Graminée passablement répandue dans le midi de l'Europe, mais rare en Algérie.
Le ravin, à pente assez rapide, est creusé dans des dépôts puissants de sables et de matières détritiques, parmi lesquels figure une immense quantité de blocs qui rendent la marche peu agréable, sur des surfaces abruptes et arides frappées en plein par le soleil et sous une température de 35 degrés. Aussi, après avoir gravi péniblement pendant plus d'une demi-heure, nous ne nous étions pas encore élevés au delà de 200 mètres. Toutefois, à cette hauteur, je pouvais déjà embrasser distinctement les sommets de la montagne qui paraissaient composés exactement de la même roche qui constitue les régions inférieures, et comme ces sommets, d'environ 500 mètres au-dessus de l'endroit où je me trouvais, étaientcomplètement nus, je ne pouvais guère espérer y trouver rien de particulièrement remarquable sous le rapport des plantes herbacées ou fructescentes ; en conséquence, je me décidai à ne point continuer cette ascension très fatigante et à descendre par un autre ravin également assez abrupte, situé au nord-est de celui par lequel j'avait fait l'ascension; je regagnai ainsi Haramam-el-Enf où j'avais laissé ma voiture qui me reconduisit à Tunis.
Le coup d'œil dont on jouit du point de la montagne où j'étais arrivé ?st fort beau. On voit au nord et au nord-est le golfe de Tunis, limité à l'est par des massifs montagneux, séparés du Djebel-Bou-Kournein par une plaine où scintillaient au soleil les maisons blanches de la petite ville de Soliman.
La partie du Djebel-Bou-Kournein que j'avais visitée est composée d'un calcaire gris, souvent cristallin, traversé de veines de kalkspath blanc devenant plus bas un peu marneux; le plongement le plus fréquent parait être au sudest; dans la région inférieure de la montagne, ces calcaires sont masqués par de puissants dépôts de sables, hérissés de
blocs, dépôts sillonnés du nord au sud par de profonds ravins.
Je n'ai pu trouver dans ces calcaires aucun indice organique, mais M. S tache1 y a constaté des traces d'hippurites.
Le Djebel-Reças, situé à peu de distance au sud-ouest du Djebel-Bou-Kournein, forme en quelque sorte une ramification méridionale de ce dernier. M. Stache, qui a visité les mines de plomb et de zinc qu'on y exploite, doune sur ces dernières des renseignements bien plus complets que sur les conditions géologiques de la montagne. Il signale sur son versant septentrional des marnes gris foncé se séparant en masses tantôt globulaires, tantôt fibreuses, et plongeant d'une manière abrupte vers la montagne (conséquemment au sud-est), plongement que j'avais observé également sur le Djebel-Bou-Kournein; plus à Test, se présentent des calcaires et des dolomies; les minerais se trouvent dans ces calcaires où M. Stache a observé des traces de gastéropodes et de coraux, les uns et les autres indéterminables; enfin, il croit que le faciès des roches rappelle quelquefois le trias, mais le plus souvent les terrains paléozoïques, notamment le terrain dévonien, auquel il est disposé à rattacher également le Zaghouan ; ce qui ne serait pas le cas pour le Djebel-Bou-Kournein, où la présence des hippurites lui donne un âge beaucoup plus récent, l'époque crétacée. Quant aux minerais de plomb et de zinc du Djebel- Reças dont M. Stache donne des analyses chimiques, il les croit formés à la même époque tertiaire, à laquelle M. Coquand rapporte les mines de plomb et de zinc de la province de Constantine.
Il ne me reste plus qu'à vous rendre compte de ma dernière excursion, à l'emplacement de Carthage, je me propose de le faire dans ma prochaine lettre.