‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 240 sur 285 · Loc. cit., an. 1878, p · texte numérisé non relu

Loc. cit., an. 1878, p

LETTRE XXI

Ruines de Carthage. — Chapelle de saint Louis. — Citernes. — Les traces de Carthage plus complètement effacées que celles de toute autre ancienne cité. — Explication de ce phénomène par les phases exceptionnelles qu'a traversées Carthage. — Ninive, Jérusalem, Athènes et Rome. — Description émouvante que fait Appien de la prise de Carthage par Scipion. — Passages curieux de Tacite et de Procope. — Monuments que possédait encore Carthage au douzième siècle, d'après Edrisi. — La majorité de ces monuments n'existait plus du temps de saint Louis. — Nouvelles dilapidations commises par Charles-Quint. — Projet d'une mer intérieure proposé par le commandant Roudaire. — Résumé des discussions dont cette importante question a été l'objet. — Lac de Biserte. — Facilité de le convertir en un excellent port. — Étonnante fertilité de la Tunisie. — Témoignages curieux des auteurs anciens à cet égard. — La Tunisie physiquement et politiquement inséparable de l'Algérie. — Importance de l'annexion de la Tunisie par la France, sous le double rapport des intérêts français et des intérêts de l'humanité. — Départ de Tunis pour Naples.

Tunis, le 8 juin 1878.

On se rend aujourd'hui très rapidement aux ruines de Carthage par le chemin de fer traversant dans toute sa longueur (du sud au nord) l'isthme par lequel se termine le bord septentrional du canal de la Goulette, et l'on arrive ainsi à une demiheure de distance de la colline qui porte la chapelle de saint Louis, colline comprise dans l'enceinte de l'antique cité dont le nom seul plane sur ces lieux solitaires : Stat magni nomims umbra.

Comme notre voilure nous attendait à la station, nous nous transportâmes immédiatement au pied de cette colline que beaucoup d'archéologues (entre autres Beulé, mais non Davis) considèrent comme remplacement de Byrsa^ citadelle de Carthage. Elle avait été cédée en 1830 par le bey de Tunis au roi Charles X, en souvenir de saint Louis qui y était mort en 1270,

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lors de sa désastreuse croisade, dernier effort de la chrétienté impuissante contre l'islamisme triomphant. La colline est enfermée dans l'enceinte peu étendue d'un mur et couronnée par la chapelle érigée par le roi Louis-Philippe à la mémoire de saint Louis, édifice qui ne frappe que par sa mesquinerie, et Ton a peine à comprendre comment le premier roi des Français, ainsi que Louis-Philippe est qualifié dans l'inscription placée à l'entrée de la chapelle, n'ait pas été mieux inspiré par la grandeur du souvenir historique et la dignité de la nation à laquelle il se rattache. L'espace assez considérable compris entre le mur et le pied de la colline est ombragé par de beaux Phytolacca dioica (en fleur le 1er juin), tandis que la chapelle est entourée d'une galerie contenant un petit musée, où se trouvent entassés une foule de fragments d'antiquité dont plusieurs, munis d'inscriptions puniques, ne sont pas sans intérêt; on y voit également une collection d'anciennes monnaies représentant assez bien les principales époques (phénicienne, grecque, romaine, etc.), à l'exception toutefois de l'époque vandale. De plus, dans l'enceinte inférieure de la chapelle se trouvent quelques tronçons de belles colonnes ainsi qu'une dalle ornée d'une élégante mosaïque représentant des poissons et autres animaux marins.

Nous fûmes surpris de jouir sur le sommet de la colline de Saint-Louis d'une température contrastant fortement avec celle de Tunis où la chaleur était étouffante, aussi les frères nous apprirent que pendant l'hiver ils étaient quelquefois dans le cas de se plaindre d'un excès de fraîcheur. Ces frères ne sont qu'au nombre de quatre, commodément logés dans la galerie qui entoure la partie méridionale de la colline. Ils appartiennent à la congrégation de Notre-Dame d'Afrique et portent en conséquence le costume arabe.

Du haut de la chapelle on a une vue magnifique sur la mer et sur la vaste plaine accidentée qu'occupait autrefois Carthage, mais où Ton ne voit plus que des monceaux de blocs informes, séparés çà et là par de larges espaces où les débris sont dissimulés par des villages arabes et par les maisons d'été du bey,

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