EMPLACEMENT DE CARTHAGE
de ses ministres ou des consuls européens. Ce qui attire particulièrement les regards dans le solennel panorama qu'on embrasse du haut de la colline de Saint-Louis, ce sont les deux bassins creusés au sud-ouest-sud de cette dernière, le long du littoral, et dont l'un (le septentrional) est considéré comme l'ancien port civil de Carthage, tandis que l'autre, qui communique avec le premier, mais a une forme beaucoup plus allongée, représente, à ce qu'on prétend, le port militaire; à son angle méridional s'élève une petite villa d'un ministre du bey, villa dont la fraîche verdure se reflète gracieusement dans ces deux nappes d'eau qui, au reste, ont été introduites tout récemment dans les deux bassins artificiels, demeurés à sec pendant des siècles.
Sur le versant sud-ouest de la colline de Saint-Louis (mais en dehors de ses murs), on voit de vastes dénudations de maçonneries souterraines, considérées comme les restes du temple d'Esculape.
Le seul monument d'antiquité encore reconnaissable que présente l'emplacement de Carthage, consiste dans les citernes situées au sud-est de la colline de Saint-Louis, et celles qui servent de fondement au village arabe Maalaka. Les premières, non loin de la mer, forment de gigantesques couloirs dont plus de dix-sept encore debout, avec leurs voûtes supérieures, munies d'ouvertures probablement destinées au puisement de l'eau ; plusieurs de ces constructions souterraines, ainsi que les puits qui les accompagnent, contiennent encore de l'eau bourbeuse. Quant aux nombreuses citernes voûtées du village Maalaka, situé à peu de distance au nord de la colline de Saint-Louis, elles servent non seulement de fondements à ce village, dont les maisons reposent sur les voûtes, mais encore de demeure aux habitants ; les murs des maisons, comme ceux qui entourent le village, renferment des dalles et de nombreux débris antiques.
Entre les citernes voisines de la côte et celles du village Maalaka 3e trouvent les murs d'un édifice assez considérable, dont l'enceinte intérieure n'est accessible que par une pente abrupte
hérissée de blocs; cette enceinte est divisée en plusieurs compartiments ou chambres, et l'édifice passe pour représenter les bains de Didon.
Il est probable que dans les citernes de Maalaka débouchait jadis le grand aqueduc de Zaghouan construit par Adrien, car à l'extrémité du village se rattache une longue traînée de blocs et de décombres alignés sur un espace considérable et s'étendant à travers toute la campagne du sud-est au nord-ouest; cependant on n'y aperçoit aucun arc debout.
A Maalaka, on jouit d'une belle vue sur la vaste plaine qui se déploie au nord-est jusqu'à la mer et où apparaissent çà et là de nombreux bouquets d'arbres; ils masquent les villas qui, à ce qu'on prétend, occupent la place des anciens quartiers de Carthage nommés Marsa et Megara. De Maalaka où se trouve un château du bey, un chemin de fer conduit à Tunis. Enfin, à droite de Maalaka, on voit des blocs et des débris dont la position en demi-cercle semblerait indiquer l'emplacement d'un ancien amphithéâtre.
Au milieu de tous ces décombres, il y a peu de place pour la végétation, cependant j'y ai observé : Euphorbia serratay Hypericum crispum, Andryala integrifolia et Chrysanthemum coronarium. Les deux premières espèces sont intéressantes sous le rapport de la géographie botanique, parce qu'elles marquent les stations les plus occidentales qu'elles occupent sur le littoral méridional de la Méditerranée, tandis que sur le littoral opposé elles sont beaucoup plus répandues et ont une aire bien plus vaste de l'est à l'ouest. Ainsi, V Euphorbia serratay commun en France et en Italie, est rare en Tunisie où il n'avait été constaté qu'à Sfaa et à Djerba, deux localités auxquelles j'ai pu ajouter une troisième (celle de Carthage); de même, en Algérie, ou ne connaît cette Euphorbiacée que sur les hauteurs de Mustapha près d'Alger, et dans les environs de Nemours, dans la province d'Oran. Quant à Y Hypericum crispum, il ne paraît môme pas pénétrer dans l'Algérie et ne se présente que çà et là dans la Tunisie, mais il est déjà moins. rare dans la Cyrénaïque, tandis qu'il est répandu en Asie Mineure,