DESTRUCTIONS SUCCESSIVES DE JÉRUSALEM
rappellerait donc singulièrement Tune des légendes les plus anciennes mentionnée par les historiens, laquelle attribue à Didon un stratagème analogue, dont cette princesse se serait servi pour acquérir le terrain sur lequel elle bâtit Carthage.
Quoi qu'il en puisse être de toutes ces traditions ou des identifications entre les descriptions des poètes et les lieux qui en sont l'objet, il ne s'agirait toujours que de réminiscences relatives aux conditions physiques de la contrée, mais nullement à des monuments historiques de l'ancienne Carthage ; en sorte qu'on peut dire, sans préjuger les découvertes futures, que, aujourd'hui, ce qu'il y a de plus remarquable en ces lieux, c'est l'absence de presque toute trace du passé.
La disparition complète de Carthage constitue un phénomène unique, que ne présente aucune des autres célèbres cités de l'antiquité, évanouies aujourd'hui, telles que Ninive, Jérusalem, Athènes et Rome, dont on admire encore les splendides monuments, bien que toutes ces cités aient été plusieurs fois détruites, surtout Jérusalem et Rome, ces deux immortels phénix de l'histoire.
En effet, selon Joseph Flavius1, Jérusalem avait été saccagée six fois avant d'avoir été prise par Titus, après 2177 années d'existence. Témoin oculaire de la terrible catastrophe, dont Tacite2, ennemi acharné des Juifs, parle également, mais sans jamais citer son éminent prédécesseur, Joseph Flavius décrit en détail les splendeurs de cette immense cité. Il trace un tableau effrayant de ses souffrances et des massacres commis par les Romains, et porte3 à 600000 le nombre d'habitants morts de faim ou de peste, et à 1 100000 ceux qui périrent dans les combats, sans compter 97000 prisonniers. Titus n'épargna que quelques tours et la muraille de la partie occidentale de la ville, « afin, dit J. Flavius4, de faire voir à la postérité quelles formidables fortifications possédait la cité qui