SIERRA NEVADA
drie, il y avait huit siècles, rien de semblable n'avait souillé les annales du monde, et certes, le célèbre cardinal peut réclamer la palme sur son prédécesseur musulman, lorsque Ton considère que l'horrible auto-da-fé de Grenade a été célébré non par un barbare illettré, mais par un savant prélat, non au milieu des ténèbres du moyen âge, mais à l'aube du seizième siècle et au milieu d'une nation cultivée, redevable de sa propre civilisation h ces mêmes trésors de la science aiusi détruits \
Grenade est, à peu de chose près, entourée de tous côtés par des montagnes plus ou moins élevées. Au nord, s'étend presque en demi-cercle la Sierra Susana, en se rattachant par son extrémité occidentale à la Sierra Tejeda; celle-ci s'élève (en moyenne de l'ouest à Test) au sud de la ville, en simulant également la forme d'un croissant; enfin à l'est et au sud-est se dresse le massif imposant de la Sierra Nevada, dont le point culminant représenté par l'Atcazaba atteint, selon M. de Drasche, une altitude de 3545 mètres. Ce n'est qu'entre ce massif et l'extrémité orientale de la Sierra Susana, par conséquent à l'estnord-est de Grenade, que la contrée n'est pas franchement montagneuse. Une foule de ruisseaux descendent de la Sierra Nevada et viennent déboucher pour la plupart dans le Xenil, qui traverse la partie méridionale de la ville, tandis que son affluent, le Darro, longe la muraille septentrionale de l'Alhambra, et opère sa jonction avec le Xenil à côté de la promenade d'Alameda, après avoir parcouru une partie de la cité sous des voûtes sou terrai nés.
Malgré les beaux travaux de mon regrettable et savant ami M. de Verneuil, qui a si fructueusement exploré l'Espagne, la constitution géologique de la Sierra Nevada est encore bien moins connue que sa flore, examinée par MM. Boissier et Willkomm. Il est vrai, la nature des roches et surtout l'absence de toute trace organique ont présenté jusqu'à présent les plus grands obstacles à l'étude de la charpente solide de ce remarquable groupe montagneux. L'exploration la plus récente qui en a été
1. Prescott, History of thereign of Ferdinand and lsabella, t. II, p.396«
TCHIHÀTCBEF. 4
faite par M. le docteur Richard von Drasche1, complète, tout eu les modifiant considérablement, nos connaissances à cet égard. Ainsi, les granités, gneiss et schistes amphiboliquesqui y avaient été signalés quelquefois, feraient complètement défaut à la Sierra Nevada, dont les éléments constitutifs consistent, selon M. de Drasche, principalement en argilo -micaschiste {Thonglimmerschiefer) , contenant des nids de micaschiste normal et de talcschiste, avec dépôts locaux de calcaires. Malheureusement toutes ces roches, le plus souvent désagrégées ou d'une nature friable, ne fournissent guère de base suffisante à la détermination de leur âge ; aussi, M. de Drasche n'ose-t-il se prononcer à cet égard, malgré les opinions diverses d'autres géologues qui les out rattachées, tantôt au terrain paléozoïque, tantôt au terrain triasique.
On n'a plus les mêmes difficultés à surmonter, relativement aux vastes dépôts de conglomérats situés dans la proximité de Grenade. Ceux que M. de Drasche qualifie de formation de blocs {Block formation) sont caractérisés par des fossiles miocènes. Le savant géologue autrichien n'admet point que l'immense agglomération de blocs que présentent ces dépôts, entre autres dans la vallée du Xenil, ait une origine glaciaire, comme le pensent Gastaldi et Ramsay, car il fait observer que la provenance de ces blocs de la Sierra Nevada et surtout leur stratification régulière excluent complètement une semblable hypothèse. Sur ces conglomérats miocènes reposent en couches horizontales d'autres conglomérats, mais d'un âge beaucoup plus récent; ils forment une ceinture autour des lisières nord-est, est et sud-ouest de Grenade, où j'ai eu fréquemment l'occasion de les signaler (Silla delMoro, Alhambra, Generalife, Albacin, etc.). M. de Drasche croit que ces conglomérats, dont la puissance dépasse i 00 mètres et qu'il qualifie de conglomérats d Alhambra, ont été déposés par des torrents descendant de la Sierra Nevada, à une époque où les torrents
1. Jahrbuch der k. k. geol. Rcichsansi., an. 1879, t. XXIX, p. 93. Cet important travail du savant géologue autrichien est accompagné de cinq planches.