‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 256 sur 285 · Roudaire, Ibid., an. 1874, t. LXXIX, p. HO et · texte numérisé non relu

Roudaire, Ibid., an. 1874, t. LXXIX, p. HO et

DISCUSSl'ON DU PROJET ROUDAIRE. 543

moins considérable présentée par certaines parties de la Libye; mais il fait observer qu'à peu de distance de l'oasis de Sivah, le niveau du désert commence à se relever. En discutant la question de la mer intérieure proposée par M. Roudaire, le savant allemand arrive à cette conclusion, que cette mer n'aurait d'autre effet que de produire des dépôts de sel et des marais salés.

Au reste, M. Roudaire a répondu d'une manière satisfaisante aux objections fondées sur l'action érosive des eaux du canal, ainsi que sur l'accumulation du sel dans les lacs, car il fait observer que dans les conditions les plus défavorables, la vitesse du courant qui s'établirait dans le canal de communication, serait inférieure à 1 mètre par seconde, tandis que, selon M* de Lesscps, le courant qui se produit entre Suez et les lacs Amers est de 1 mètre et souvent au delà, sans que ce courant ait jamais dégradé les berges du canal de Suez ni gêné le travail ; et en ce qui concerne l'encombrement de la mer intérieure par des dépôts des sels résultant de l'évaporation, le capitaine Roudaire rappelle que les mêmes objections avaient été faites à M. deLesseps, auquel on annonçait la transformation graduelle des lacs Amers en un immense bloc de sel, prédiction nullement réalisée et réfutée d'avance par cette considération, qu'il se produisait des courants inférieurs allant des lacs Amers vers la mer Rouge et la Méditerranée, où ils conduisaient les résidus des sels en même temps que les matières tendant à se déposer au fond du canal ; et c'est ce qui aura nécessairement lieu dans le canal de Gabès. D'ailleurs, M. de Lesseps1 a communiqué à l'Académie les résultats des nouveaux sondages exécutés dans le canal de Suez; ils ont prouvé que dans le bassin des lacs Amers, le banc de sel, qui avait 10 mètres d'épaisseur, est aujourd'hui en complète dissolution, ce qui a déterminé une augmentation de profondeur dans ces parages. M. de Lesseps ajoute avec beaucoup de raison, que l'exemple des lacs Amers fait justice de l'opinion

i. De Lesseps, Comptée rendus, an. 1878, U LXXXV1I, p. 142.

d'après laquelle l'exécution du projet Roudaire n'aurait pour effet que de former une immense saline.

Tout récemment M. Balland * a fait valoir une autre cause probable de l'encombrement de la mer intérieure, c'est le transport par les courants d'eau, de terre et de sable, ainsi que le déplacement de ces derniers par l'action des vents. Pour donner une idée des proportions énormes que peuvent atteindre en Algérie les substances détritiques entraînées par les cours d'eau, M. Balland rapporte l'exemple du Chéliff qui, en 1878, roulait dans l'espace de vingt-quatre heures, et avec un débit de 1448 mètres cubes à la seconde, jusqu'à 3 777 894 tonnes de • matières terreuses, masse qui, répartie d'une façon uniforme sur une surface de 300 hectares (3 kilomètres carrés), donnerait une couche de près de 1 mètre. M. Balland se demande donc si, même en admettant avec M. Roudaire l'existence d'un contre- courant en Ire la Méditerranée et la mer projetée, ce contre-courant pourra s'opposer à uu ensablement plus ou moins partiel. « Il est permis d'en douter, répond M. Balland, quand on voit, sur nos côtes, avec quelle étonnante rapidité les eaux douces se dépouillent de leurs matières terreuses au contact de l'eau de mer, et quand on songe qu'un grand lac couvrait autrefois l'emplacement deschotts, et que l'Egypte actuelle a été un golfe comblé peu à peu par les alluvions du Nil. »

D'autre part, tout en admettant l'action neutralisante des contre-courants inférieurs, M. Cari Ochsenius* pense qu'il serait très difficile, pour ne pas dire impossible, de créer artificiellement un canal, étant non seulement assez large pour faire entrer dans les lacs la quantité d'eau capable de les remplir et de conlre-balancer les effets de l'énorme évaporation, mais encore assez profond pour laisser place au contre-courant inférieur de nature à déterminer l'écoulement en sens inverse des eaux salines concentrées.

Quant à la question relative à l'ancienne communication du

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