‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 259 sur 285 · Comptes rendu*, an. 1879, t. LXXXVHI, p · texte numérisé non relu

Comptes rendu*, an. 1879, t. LXXXVHI, p

nappe d'eau de 13 280 kilomètres carrés. Comme M. Angot, ils croient qu'à Biskra et à Toogourt les vents dominants soufflent du nord et, par conséquent, emporteraient vers le désert les vapeurs produites par cette mer; enfin, ils citent l'exemple des mers intérieures, telles que la Caspienne et l'Aral, dont les alentours sont « des steppes célèbres par leur sécheresse » .

D'autre part, M. de Lesseps1 a communiqué à l'Académie les observations qu'il venait de faire lui-même, de concert avec le capitaine Roudaire, le long du golfe de Gabès, en remontant la rivière Melah jusqu'à une quinzaine de kilomètres; les bords de ce cours d'eau sont de sables agglutinés et non de roche solide. La marée, dans le golfe de Gabès, s'élève à 2m,50; c'est un phénomène déjà signalé par le capitaine Roudaire et par l'amiral Mouchez, fait d'une nature exceptionnelle, puisqu'on avait cru jusqu'à présent que dans la Méditerranée la plu» forte marée était celle de Venise, s'élevant à 0m,50.

Dans une lettre du 28 juin 1879, adressée à M. de Lesseps par le capitaine Roudaire, celui-ci annonce que les sondages à 10 mètres de profondeur, effectués près de l'Oued Melah, n'ont rencontré que des sables et des argiles marneuses; c'est seulement dans les sondages entrepris au sommet du Seuil, que, à 40 mètres de profondeur, on a rencontré un banc peu puissant de calcaire, mais déjà, à 1200 mètres au sud de cet endroit, le banc a été atteint à 28 mètres. Au sommet du Seuil fut creusé un puits où l'eau potable a été trouvée à 4 mètres au-dessous du sol, fait sur lequel M. de Lesseps insiste avec raison, puisque, comme il le dit, lors du percement de l'isthme de Suez, il a fallu d'abord employer 2000 chameaux pour l'approvisionnement de l'eau à fournir aux travailleurs, et amener ensuite l'eau du Nil par un canal ayant sa prise d'eau à 30 lieues de distance.

On conçoit qu'une polémique ayant pour objet une question d'un si grand intérêt pour la France et dans laquelle le rôle principal est joué par les savants français, ne pouvait tarder

4. De Lesseps, Comptes vendus, an. 1878, t. LXXXV1I, et 1879, t. LXXXVHI.

à être portée devant le tribunal de l'Académie; c'est ce qui eut lieu, en effet, en 4877, en sorte que, dans les séances du 7 et du 21 mai, la commission, composée de MM. Dumas, Daubrée, les amiraux Jurien de la Gravière et Paris, le général Favé et Yvon-Villarceau, présenta ses rapports1. Celui qui concerne les travaux géodésiques et topographiques exécutés par le capitaine Roudaire en Algérie, n'a pu être que l'expression unanime de la haute valeur scientiûque qu'ils possèdent. Quant au rapport relatif à la possibilité et aux chances de succès que présente l'exécution du projet, le rapport se termine par les conclusions formulées en ces termes : a En résumé, l'eau ramenée, par quel moyen que ce soit, dans les chotts qu'elle a autrefois occupés, près du versant sud de l'Aurès, exercerait, sans nul doute, une très favorable influence sur de vastes contrées actuellement presque désertes; elle ferait pénétrer graduellement la civilisation européenne vers le centre d'un continent livré à la barbarie. »

Assurément, c'est là un jugement très favorable au projet Roudaire, mais il a le défaut de manquer de base solide, car il suppose comme prouvé ce qu'il s'agissait avant tout de démontrer par une discussion approfondie, ce qui n'a pas été fait ou, du moins, n'a pas été porté à la connaissance du public. D'ailleurs, les juges eux-mêmes furent loin d'être d'accord, car deux parmi eux, MM. Dumas et Daubrée, firent des réserves expresses sur la convenance, l'utilité et la possibilité d'une mer intérieure dans les chotts. Selon ces deux savants, le projet peut rencontrer des graves obstacles sur lesquels M. le rapporteur (général Favé) n'insista pas assez, car ils ne pensent pas qu'il soit bien prouvé qu'une mer intérieure communiquant avec la mer par des coupures comparativement étroites, ne se dessécherait pas, ni qu'au lieu de profiter à la contrée voisine, les vapeurs d'eau ne seraient pas emportées dans un autre sens par les vents, « Ce sont là des hypothèses, disent MM. Dumas et Daubrée, qui, dans l'état actuel de la question, ne leur ont

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