‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 261 sur 285 · LAC BISERTA ET SON AVENIR · texte numérisé non relu

LAC BISERTA ET SON AVENIR

sieurs des objections que ce projet soulève sont basées sur des faits irrécusables. C'est dans ce nombre que figure au premier rang l'objection formulée par M. Cosson, d'abord devant l'Institut, et tout récemment dans sa conférence très instructive de l'Association scientifique de France du 3 avril 1879 l. Or, lorsque M. Gosson démontre l'action fatale que la mer intérieure doit exercer sur la culture du dattier dans la région saharienne, où cette culture constitue et probablement constituera toujours la base de l'existence d'une population considérable, l'éminent botaniste signale la nature et l'étendue de l'inévitable sacrifice que la création de cette mer imposera à l'Algérie, sacrifice trop sérieux pour qu'il soit permis, en présence d'un fait positif, d'accepter à titre de compensation, des promesses et des espérances plus ou moins douteuses.

Quel que soit le sort réservé à cet ingénieux projet, les conditions physiques de la Tunisie sont telles, que ce pays n'a pas besoin d'attendre son salut de la réalisation d'entreprises hypothétiques ; car il suffit d'y accomplir certains travaux d'une exécution facile et d'unô utilité incontestable, pour élever la Tunisie au rang des régions les plus importantes du bassin méditerranéen et peut-être de quelque partie du monde que ce soit. Au nombre de tels travaux, figurerait la conversion eu un port de premier ordre, du lac de Biserta [Tinga des Arabes), situé à environ 50 kilomètres au nord-ouest- nord de Tunis.

Ce lac {Hipponitis Palus des anciens), d'une forme ovale, allongée de Test à l'ouest, a dans cette direction pas moins de 12 kilomètres sur 8 kilomètres de largeur (du nord au sud). A son extrémité nord-est, il se trouve relié à la mer par un canal naturel d'environ 6 kilomètres de longueur et près de 800 mètres de largeur. Dans les parages de la ville de Biserta que traverse le canal, celui-ci n'a que de 9 décimètres à 3 mètres de profondeur, mais à mesure qu'il s'avance vers le lac, il s'élargit et acquiert une profondeur égale à celle du dernier, laquelle est de 5 à 8 mètres.

1. Cette conférence a été publiée sous le titre de : Le Règne végétal en Algérie.

« Entre les mains d'une puissance européenne, dit M. Playfair ', le lac de Biserta deviendrait l'un des ports les plus beaux et l'un des points stratégiques les plus forts du bassin méditerranéen. Une dépense comparativement peu considérable suffirait pour créer ce port admirablement abrité, et contenant une surface de 80 kilomètres carrés d'ancrage pour les gros vaisseaux. »

Aujourd'hui le lac de Biserta n'offre d'autre avantage au gouvernement tunisien, que le produit de la pêche, qui, à la vérité, est assez importante, puisqu'elle donne un revenu annuel de 180000 piastres.

Un autre trait heureux dans la physionomie physique de la Tunisie, c'est la configuration de ses lignes littorales qui se creusent en golfes profonds et constituent, surtout dans la Tripolitaine, les points maritimes les plus avancés dans l'intérieur de l'Afrique, en sorte que des lignes droites tirées de ces points vers le golfe de Guinée, forment les lignes les plus courtes par lesquelles on puisse franchir de nord-est au sud-ouest cette partie du continent africain. Aussi, c'est cette région que M. G. Rohlfs (qui l'a explorée) considère comme indiquée par la nature elle-même, pour l'établissement de la voie ferrée la plus directe entre la Méditerranée et l'intérieur de l'Afrique. Selon l'éminent explorateur africain, aucun autre chemin de fer n'opérerait cette jonction plus avantageusement que celui qui aurait pour point de départ Tripoli, en se dirigeant à Moursouk et de là au lac Tchad. M. Rohlfs discute à fond la question et s'efforce de démontrer la supériorité qu'aurait cette ligne sur celle proposée entre Alger et la Sénégambie, en pas* sant par Tuât et Tumbouktou. Il est difficile de ne pas apprécier comme elles le méritent les savantes considérations qu'il développe3, mais qui me conduiraient trop loin si je voulais m'en occuper ici.

Enfin, parmi les conditions physiques si avantageuses de la

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