‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 27 sur 285 · IRRIGATIONS ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

IRRIGATIONS ARTIFICIELLES

faites pour l'obtenir à l'aide de puits artésiens ont échoué, car on n'obtient l'eau pure qu'à des profondeurs considérables, tandis que l'eau fournie par les puits ordinaires est légèrement saumâtre. Cependant, bien que quelques propriétaires possèdent des citernes, la majorité de la population n'a d'autre eau que celle des puits ordinaires. On en voit un grand nombre dans les environs de Garthagène où, à cause de la sécheresse du climat, l'irrigation artificielle devient une question de vie pour la culture. Cette irrigation est pratiquée en introduisant dans les puits une roue munie d'une série de vases en bois, qui successivement se remplissent d'eau et la versent dans un bassin d'où plusieurs canaux la conduisent dans les champs et les jardins. La rotation de la roue est effectuée à l'aide d'un pivot dont l'extrémité supérieure porte des ailes tendues de toile que le vent gonfle, mettant ainsi en mouvement tout l'appareil. Celte opération primitive, mais pratique et peu dispendieuse, donne lieu à des abus malheureusement tolérés par les autorités locales, qui ne font rien pour empêcher les propriétaires des champs et des jardins de sillonner les voies publiques par une foule de rigoles, souvent assez profondes, que les voitures ont peine à franchir, ainsi que nous pûmes en faire l'expérience, en mettant près d'une heure à parcourir avec des cahots épouvantables l'espace compris entre la ville et la propriété de M. Spijarno, trajet qui n'exigerait qu'une quinzaine de minutes par une route convenable ; et pourtant cet espace avait été jadis traversé par la voie romaine allant de Carthagène à Saguntum (Murviedro), mais il y a longtemps déjà qu'ont disparu toutes les dalles composant cette ancienne route, eu sorte qu'aujourd'hui il n'en reste plus la moindre trace.

L'absenceou l'insuffisance de voies de communications constitue un obstacle sérieux au développement industriel de Carthagène qui, par sa position maritime et les richesses minérales renfermées dans son sol, eût pu acquérir une importance qu'elle est loin d'avoir. Ainsi, le défaut de communication directe par voie ferrée, entre Cordoue et Carthagène, a pour

conséquence de forcer les dépôts de houille, situés dans les environs de la première ville, à fournir ce combustible à Carthagène, en faisant l'immense détour par Alcazar; or les frais de transport par cette voie sont supérieurs à ce que revient le transport par voie de mer effectué directement d'Angleterre, et comme les opérations métallurgiques de Carthagène consomment plus de 150000 tonnes de charbon par an, c'est en Angleterre que l'Espagne va chercher ce qu'elle eût pu trouver chez elle à meilleur compte.

Les gîtes métallifères les plus importants, exploités dans les environs de Carthagène, se trouvent dans le massif montagneux, qu'on peut considérer comme un prolongement oriental de la Sierra Nevada, se terminant par le cap de Palos (à l'est-nord-est de Carthagène) et se dirigeant en moyenne de l'ouest à l'est. Le nombre des mines s'y monte à plus d'un millier; la plupart des travaux souterrains atteignent peu de profondeur, et aucun n'a dépassé 200 mètres.

J'ai visité Tune des mines les plus importantes près du village Unione, relié à Carthagène par un chemin de fer qu'on parcourt en une demi-heure. Le village est exclusivement habité par des ouvriers mineurs dont le chiffre n'est guère inférieur à 40000. Je fus frappé de la propreté et de l'air d'aisance que respire leur demeure. D'ailleurs, ce grand village d'ouvriers est pourvu de presque toutes les ressources d'une petite ville ; car il possède non seulement une jolie église, mais encore de nombreuses boutiques, une bonne pharmacie et même un casino. Aussi, l'Unione n'a rien de cet aspect sinistre et enfumé qui, en Angleterre, en Allemagne, eu Belgique et ailleurs, caractérise les grands centres des travaux miniers. C'est qu'ici la fumée des hauts fourneaux est dissipée aisément au milieu d'un ciel azuré dont elle ne saurait ternir l'éclat, tandis que dans nos villes du Nord elle ajoute de nouvelles teintes foncées à un ciel naturellement gris ou nuageux; d'ailleurs, tout en étant situé au milieu de montagnes arides et nues, le village jouit de la vue d'une plaine baignée par une mer bleue comme le ciel.

Aussi, lorsque l'on considère les ouvriers exposés à respirer

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