‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 31 sur 285 · RICHESSE MÉTALLIQUE DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

RICHESSE MÉTALLIQUE DE L'ESPAGNE

dans aucun pays au monde il n'a encore été trouvé de l'or, de l'argent, du cuivre et du fer, ni en aussi grande quantité, ni de qualité aussi supérieure ; » et pour citer un exemple de l'abondance des métaux précieux dans cette région, Strabon rapporte que lorsque Barcas conduisit les Carthaginois dans le pays des Turdetans, il y trouva les objets les plus communs, tels que crèches, tonneaux, etc., faits en argent. L'or y était obtenu parle lavage, et les sables aurifères contenaient quelquefois des pépites pesant une demi-livre. Strabon décrit la prodigieuse activité des mineurs épuisant l'eau à l'aide de pompes égyptiennes, et il dit que les minerais de cuivre et d'argent de cette contrée étaient tellement productifs, que dans les premiers, le quart du minerai contenait du cuivre pur, et que les minerais argentifères fournissaient au bout de trois jours de travail un talent d'argent pur; or, en comptant le talent en raison de 5750 francs, cela donnerait 54106 francs par mois, et conséquemment 649 272 francs par an.

En présence de telles richesses, l'Espagne d'aujourd'hui doit paraître bien pauvre, malgré toutes ces belles mines qui ne rappellent le passé que par quelques noms curieux et quelques réminiscences plusieurs fois séculaires. En effet, au nord des riches mines de Linarès, existent d'anciens puits désignés parle nom de puits d'Ànnibal (pozos di Annibal), exactement comme du temps de Pline, les puits des mines de la nouvelle Carthage portaient encore les noms d'ingénieurs carthaginois. l)e même, non loin de Linarès, se trouvent des ruines qu'on croit être celles de Castulo, ville dans la proximité de laquelle Strabon (1. III) signale de riches mines ; or, c'est encore le nom d'Ànnibal qui y surgit, car, selon une tradition populaire, ces ruines contiendraient les restes du palais de Himilce, femme d'Ànnibal; et c'est ainsi que ce nom prestigieux s'est conservé en Espagne, comme celui d'une divinité tutélaire, qui révéla à ce pays ses trésors souterrains. Au reste, il paraîtrait» d'après un passage de Polybe1, que la découverte des célèbres

i. Hw*.,l. X, il.

mines d'argent remonte à une époque antérieure à celle d' Annibal, car en décrivant la nouvelle Carthage, Polybe fait observer que parmi les collines qui entourent la ville du côté du nord, Tune porte le nom d'Aletès, auquel est attribuée la première découverte des mines. C'est la seule mention que fasse Polybe de ces dernières, et dont la description se trouvait sans doute parmi les nombreuses parties perdues de son grand ouvrage. En revanche, nous possédons1 les renseignements intéressants qu'il nous fournit sur la ville et le port de la nouvelle Carthage, à l'époque où, pendant les guerres puniques, elle fut prise par Publ. Corn. Scipion. 11 décrit la ville comme située dans un golfe dont la largeur (à son extrémité intérieure) est d'environ 40 stades (4850 mètres) et la profondeur d'envirou 20 stades. A l'entrée même de la baie, s'élève une tle ne laissant des deux côtés qu'un passage étroit dans l'intérieur du golfe; il en résulte que les vagues se brisent contre l'île; aussi toutes les fois que le vent ne souffle pas du sud-ouest , l'intérieur de la baie jouit d'un calme parfait. La ville est située sur un isthme élevé s'avançant de l'intérieur du golfe, et se trouve ainsi entourée par la mer des côtés de l'est et du sud, et du nord-est par une lagune. II parait qu'à l'époque où Scipion s'empara de la ville, celle-ci avait déjà beaucoup perdu de son importance, car Polybe dit que si jadis la ville avait une circonférence de 40 stades, elle ne la possédait plus à cette époque. La ville était entourée de murailles élevées que l'armée romaine ne put franchir, et ce ne fut qu'en attaquant la ville à l'aide de la flotte et au moment où la marée avait mis à sec la lagune, que Scipion parvint à assaillir la ville de ce côté et à y pénétrer. Tout en livrant la ville au pillage, Scipion la ménagea et conserva intacts les édifices. Ce qui prouve l'opulence dont la nouvelle Carthage jouissait à cette époque, c'est que le général romain trouva dans le trésor public au delà de 600 talents, somme supérieure à celle apportée de Rome par Scipion pour faire

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