L'ALGÉRIE DÉFAVORABLE A CERTAINES ESPÈCES DE COTONNIERS
à celles de V Hibiscus esculentus et à tige non ramifiée, mais simple, filant droit jusqu'à 2 mètres et au delà et donnant à l'aisselle de chaque feuille une à quatre capsules. Il résulte de cette modification de port, que les plantes gagnent en hauteur ce qu'elles perdent en largeur, et qu'on peut en cultiver un beaucoup plus grand nombre que de la variété buissonnante sur une même étendue de terrain, surplus évalué à un tiers par les cultivateurs égyptiens. Quant à l'espèce botanique à laquelle appartient le cotonnier Bahmié, c'est le Gossypium barbadense de Linné et de Parlatore (G. maritimum, Todaro), connu plus généralement sous le nom de Sea-Island ou coton longue soie; c'est aussi l'espèce la plus estimée, mais elle est une de celles demandant le plus de chaleur. Elle a été cultivée avec un certain succès dans les provinces napolitaines et en Sicile, mais seulement au voisinage de la mer et dans les localités les plus chaudes. Ainsi, grâce à M. Naudin, nous savons maintenant à quoi nous en tenir relativement au cotonnier Bahmié dont on a tant parlé; ce n'est point une nouvelle espèce, c'est une variété du Gossypium barbadense, mais une variété très remarquable et pleine d! avenir, dont M. Naudin recommande chaudement l'introduction et surtout la culture raison née dans l'Algérie. Au reste, quelles que puissent être les chances d'avenir que le Bahmié présente en Algérie, l'Italie ne paraît guère lui être très favorable.
C'est ce qui résulte du travail publié par M. le professeur Agostino Todaro, directeur du Jardin botanique de Palerme, sur la culture du coton en Italie1. Dans ce travail qui, avec celui précédemment publié par F. Parlatore,. constitue l'ouvrage le plus complet que nous possédions sur ce sujet, M. A. Todaro donne un intéressant' résumé historique de la culture du coton en général, et démontre que depuis l'introduction de cette espèce aux Etats-Unis, cette partie de l'Amérique ne tarda point à fournir aux marchés européens des qualités de coton bien
i. Betazione tuUa cuttura dei cotoni in IUUia, seguita da unà monografia del Génère Gossypium. Roma e Palermo, 1878-1879.
supérieures à tout ce qu'on avait obtenu ailleurs, en sorte que si les autres pays du monde essayèrent de faire concurrence aux États-Unis, ils n'y parvinrent que dans les circonstances où cette importante branche d'industrie se trouvait temporairement paralysée dans la République américaine. Ainsi, lors du blocus continental, mais surtout à l'époque de la guerre civile aux États-Unis, plusieurs pays du midi de l'Europe et du nord de l'Afrique tentèrent de combler le vide causé sur les marchés européens par l'absence des importations américaines, en se livrant avec énergie à la culture du coton, et ce fut alors que non seulement l'Egypte, mais encore l'Italie et l'Algérie, crurent devoir conquérir sous ce rapport une position stable, de nature à la conserver même en présence des États-Unis; mais toutes ces espérances s'évanouirent aussitôt que ces derniers eurent repris leur ancienne place. Aussi M. Todaro pense que l'Italie n'a guère de chances à entrer en lice avec les États- Unis, et est d'avis qu'elle devra se borner à la culture des Gossypium herbaceum et G. hirsutwn, tandis que la culture du G. bar baderne et de fsa magnifique variété le Bahmiè n'y serait jamais rémunératrice, en sorte qu'après tout, les États-Unis resteront la terre classique du coton et semblent être destinés à jouir d'un monopole qu'il sera bien difficile de leur disputer. C'est un fait très intéressant pour la géographie botanique, puisqu'il s'agit d'une plante non originaire en Amérique, et cependant y acquérant un développement et des propriétés qu'elle ne possède pas ailleurs au même degré.
Le barrage du Sig se trouve à 3 kilomètres au sud du village, distance que nous parcourûmes dans une charrette assez cahotante louée à Saint-Denys; ce véhicule devient particulièrement incommode dans la contrée fort accidentée, mais assez pittoresque, que nous traversâmes. Les montagnespeu boisées, à contours arrondis, étaient revêtues de buissons de Physalis fruticosuSy Atriplex halimus, etc. , et composées de calcaire blanchâtre siliceux, à couches fortement redressées. On aperçoit le barrage d'assez loin. C'est une muraille en belles pierres de taille, d'environ 9 mètres de longueur. Les eaux du Sig,